‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 276 sur 356 · XXVIII NOVEMBRE · texte numérisé non relu

XXVIII NOVEMBRE

' Le vingt-huitième jour de novembre de l'an 1614, le P. Olivier Manare, de Douai, mourut en odeur de sainteté, au noviciat de Tournai, après avoir eu la consolation de vénérer sur les autels notre Bienheureux Père Ignace, qui l'avait reçu soixante-quatre ans auparavant dans la Compagnie. Il était déjà prêtre depuis quelque temps et venait de quitter Louvain pour se perfectionner dans l'étude des sciences sacrées à l'université de Paris, lorsque la sainte vie de nos premiers Scolastiques, envoyés de Rome au collège des Lombards, lui inspira le désir de faire durant trente jours les Exercices sous la direction du P. Everard Mercurian. Or, une nuit qu'il priait plus instamment Notre-Seigneur de lui faire connaître son bon plaisir, il entendit très distinctement par trois fois cette réponse : «. N'es-tu pas bien ici ? pourquoi ne te décidestu pas à y demeurer » ? En même temps, il vit la volonté de Dieu sur lui d'une manière si distincte, que dès le matin pendant qu'il tenait entre ses mains le corps de Notre-Seigneur au saint Sacrifice, il s'engagea par vœu à entrer dans la Compagnie.

Nommé par saint Ignace, moins de trois ans après son noviciat, premier Recteur du collège de Lorette, le P. Manare y donna l'exemple des plus rares vertus et particulièrement d'une charité, qui le faisait regarder dès lors comme le modèle des supérieurs. Ainsi

les démons s'étant acharnés durant plusieurs mois, par des apparitions effrayantes, à empêcher cette nouvelle fondation, qui devait procurer tant de gloire au Sauveur et à sa sainte Mère, le bon Recteur, afin de calmer l'épouvante des siens, veillait et priait jusqu'au matin en se promenant près de leurs chambres, pour les rassurer du moins par sa présence ; et lorsque épuisé par la fatigue, il fut tombé malade, il ordonna à tous les membres de sa communauté de lui envoyer au nom de Dieu les démons qui essaieraient encore de les tourmenter. Ce fut aussi vers le même temps que, pour s'opposer aux désordres du carnaval, le P. Manare imagina les prières solennelles des Quarante-Heures, adoptées depuis par toute l'Eglise, et « qui ont apporté et apportent tous les ans tant de dommage au diable », selon la naïve expression du P. Pierre d'Oultreman.

Sous le gouvernement des Pères Lainez, François de Borgia, Mercurian et Aquaviva, le P. Manare ne cessa de remplir les premières charges de la Compagnie ; il fut Assistant et même Vicaire- Général ; il organisa les Provinces de France, d'Allemagne, d'Autriche et des Pays-Bas, avec une sagesse admirable, sans autre secret, disait-il, que de se demander avant chaque détermination, ce que saint Ignace aurait décidé dans des circonstances semblables. La voix publique assurait que Dieu ne refusait rien à ses prières. 11 inculquait à tous les Nôtres cette doctrine, dont sa propre expérience l'avait lui-même profondément pénétré, que Dieu n'abandonne jamais ceux qui comptent sur lui seul, et qu'il aime particulièrement à se servir des âmes toujours prêles, non pas tant à faire des œuvres éclatantes, qu'à beaucoup se fatiguer et à beaucoup souffrir pour lui.

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