‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 282 sur 356 · I«' DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

I«' DÉCEMBRE

Le premier jour de décembre de l'an 1581, moururent glorieusement par la main du bourreau, sur le gibet de Tjburn, les deux premiers martyrs de la Compagnie en Angleterre, le Bienheureux P. Edmond Campion, dont l'interrogatoire et les tortures arrachèrent, dit-on, plus de quatre mille âmes à l'hérésie, et le Bienheureux P. Alexandre Briant, qui venait de faire son noviciat dans les cachots de la Tour de Londres, et de prononcer ses premiers vœux entre les tourments du chevalet et ceux de l'échafaud. Depuis qu'il s'était arraché, à l'âge de trente ans, aux séductions des hérétiques, le P. Edmond Campion comptait seulement huit années de vie religieuse dans la Compagnie, et il enseignait depuis cinq ans la rhétorique et la philosophie dans notre collège de Prague,

lorsqu'il fut appelé à la gloire de travailler à la conversion de l'Angleterre, et de l'arroser ensuite de son sang ; grâce que la très sainte Vierge avait daigné lui promettre à Brûnn pendant son noviciat. Dès lors en effet, sa ferveur, son humble et laborieux dévouement, lui avaient mérité les deux noms d'ange et de martyr, et ce dernier nom fut même inscrit sur sa porte avant son départ de Prague pour l'Angleterre.

A peine le P. Campion eut-il reçu du P. Everard Mercurian et du Souverain Pontife Grégoire XIII la sainte et périlleuse mission d'aller exposer sa vie pour le salut de ses frères, qu'il se mit en route sous la conduite du P. Persons, avec une petite troupe de futurs apôtres. Après avoir, grâce à la prudence du P. Persons et à la protection divine, traversé sain et sauf l'Allemagne, l'Italie, la Suisse et la France, il parvint à rentrer dans sa patrie, malgré la multitude d'espions, qui l'attendaient jour et nuit sur le rivage, et la précaution que l'on avait prise sur toute la côte d'afficher aux portes des villes son nom et son portrait avec ceux du P. Persons. Bientôt son défi solennel à tous les ministres d'Angleterre, ses Dix Raisons en faveur de la foi romaine adressées aux universités d'Oxford et de Cambridge, et que Muret appelait un livre d'or écrit du doigt même de Dieu, l'ébranlement et le retour ou la fermeté toute nouvelle d'une multitude d'âmes chancelantes, excitèrent une telle fureur parmi les défenseurs du protestantisme, que l'Angleterre fut en quelque sorte bouleversée tout entière, pour le découvrir et l'arrêter. Un traître et un apostat, rongé plus tard tout vivant par les vers, le livra enfin, et alors commença entre le martyr et ses juges, ce grand et magnifique combat, dont l'ambassadeur de Philippe II écrivait à son maître, « qu'il ne con-

Page 1