‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 286 sur 356 · III DÉCEMBRE. P. WILLIBRORD VAN DER HEYDEN · texte numérisé non relu

III DÉCEMBRE. P. WILLIBRORD VAN DER HEYDEN

rent presque éclater les os du crâne et jaillir les yeux de leur orbite.

Toute la vie du P. Jean Percy ne fut jusqu'à la fin qu'une perpétuelle alternative de missions, d'emprisonnements et d'exils, sans que rien pût jamais l'empêcher de revenir à son troupeau, dès qu'il en retrouvait l'occasion. Même quand il était dans les fers, il soutenait encore les catholiques et convertissait les protestants en grand nombre. Le roi Jacques I*''", surpris de ce qu'on lui racontait de ce saint homme, le fît amener en sa présence, et l'interrogea sur la doctrine de l'Eglise catholique romaine ; il lui rendit ensuite la liberté à la prière du duc de Buckingham, dont le P. Jean Perc}^ entre autres conquêtes, avait ramené la mère à la vraie foi. Ce généreux disciple de Jésus-Christ mourut à l'âge de soixante-treize ans, dont il avait passé quarante-sept dans la Compagnie.

JuvENCius, Histor. Societ.^ part. 5a, lib. 13, p. 189. — Morus, Histor. Provinc. Angl., lib. 8, n. 20, p. 378. — Tanner, Societ. Jesu opostol. imitatr., p. 701. — Sotuellus, Biblioih., p. 487. — Sommervogel, Biblioth.^ t. 3, p. 759, art. Fisher. — Patrignani, Meiiol., 3 dic.^ p. 41. — Drews, Fasti, 3a dec, p. 474. — Foley, Records, t. 1, p. 521-542 ; t. 7, p. 585. — Oliver, Collections, p. 91.

* Le troisième jour de décembre de l'an 1638, mourut à Leeuwarden, épuisé par douze années d'apostolat en Frise et par ses fatigues au chevet des pestiférés, le P. Willibrord van der Hey- DEN, né au village de Middelbeers, dans la Campine. Arrêté, sur la dénonciation d'un traître, au moment où il débarquait à Flessingue

pour se rendre dans sa mission, il fut jeté dans un étroit et infect cachot avec les malfaiteurs et les prisonniers de guerre. II y languit quatre mois entiers et faillit y périr de misère. Cependant dès qu'il eut été remis en liberté et eut recouvré quelques forces, il s'empressa de reprendre le chemin de sa mission.

A peine y fut-il arrivé, qu'il se jeta à genoux et baisa cette terre, arrosée autrefois par les sueurs de saint Willibrord, son patron et l'apôtre de la Frise, et conjura ce grand serviteur de Dieu de lui obtenir la même flamme de zèle. De Leeuwarden, centre de son apostolat, le P. Van der Heyden étendait son action dans toute la province. Il allait toujours à pied, sans souci de la difficulté des routes ni de l'intempérie des saisons, fortifiant les catholiques et ramenant nombre d'hérétiques dans le sein de la véritable Eglise.

C'est dans la contagion, qui à deux reprises différentes ravagea ce pays, que le P. Van der Heyden déploya surtout les merveilles de sa charité. Il accomplit seul, dit l'annaliste, le travail de six ouvriers, tellement il se multipliait pour ne laisser aucun malade paraître devant Dieu sans avoir reçu les derniers sacrements. Attaqué lui-même une première fois par le terrible mal, il supporta ses souffrances avec un invincible courage et revint à grand'peine à la vie. Quand le fléau, après quelques années, se déchaîna de nouveau, le P. Van der Heyden descendit avec la même intrépidité dans la périlleuse arène, et n'en sortit que pour mourir. Il était âgé de quarante-quatre ans, et en avait passé vingt-quatre dans la Compagnie.

Summar. vitae defunct. Provinc. flandr.-belg. (Archw. Rom.). — Pa.tri- GNANi, Menol., 3 die, p. 40. — Alegambe, Heroes et Victimas..., p. 410.

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— Societ. in Neerland. Histor. Compend., p. 29. — Histor. Provinc.

flandr.-belg. ann. 1638 a P. Waldack edit., 1867, p. 96. — Ménol. holland.^ 3 décemb.

* Le troisième jour de décembre de l'an 1659, mourut à Tournai, dans la soixante-et-onzième année de son âge le P. Pierre MourcouRT, entré à trente-huit ans dans la Compagnie, après avoir rempli les fonctions du saint ministère. 11 parut se plier comme sans effort au joug de la règle, et se montra dès le premier jour homme de prière, de zèle apostolique et d'obéissance. Plusieurs années avant les révélations faites à la bienheureuse Marguerite-Marie, le P. Mourcourt se signalait déjà par une ardente dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Une de ses aspirations familières était celleci .• Jesii hone, cor meum intra Cor tuum reconde, ut et Cor tuum sit meum. A l'imitation de ce divin Cœur, il ne pensait qu'à se sacrifier, et il eût sans hésiter donné sa vie, disait-il, pour chacune des âmes qui étaient alors en état de péché mortel.

Mais sa vertu de prédilection, c'était l'obéissance. Il recevait comme tombant de la bouche même de Dieu toute parole exprimant un ordre ou un simple désir des supérieurs. Chaque mois, il se présentait devant eux et se déclarait prêt à tout, même à monter dans la chaire la plus illustre sans préparation. Il devait à cette obéissance une paix profonde et comme la certitude de son salut. Il n'avait pas été sans connaître les troubles et les agitations de l'âme; l'obéissance les avait dissipés. Voici les dernières lignes qu'il traça dans son journal intime, deux mois à peine avant sa mort : « A présent, je suis libre de toute inquiétude sur ma vie

passée. Je jouis d'une grande paix, d'un calme profond. Qui me rend si tranquille? Jésus et Marie par mes supérieurs».

Sumniar. vitsc defunct. Provinc. gall.-belg. (Arch. Rom.).

' Le troisième jour de décembre de l'an 1678, mourut à Londres dans la prison de Newgate, le Vénérable P. Edouard Mico, d'une noble famille catholique du comté d'Essex. Élève du collège anglais à Rome, il se signalait déjà par sa piété, sa dévotion à la Reine des anges, et une si parfaite observation de toutes les règles, que ses condisciples le regardaient comme un novice de la Compagnie et lui en donnaient Te nom. La suite ne démentit pas de si beaux commencements. Après son sacerdoce et quelques années de régence, le P. Edouard Mico, brûlant de la flamme du zèle apostolique, obtint de passer en Angleterre. Sa prudence, son activité, son entente des affaires le firent bientôt choisir pour compagnon par le Père Provincial. Il remplit cet important office sous trois Provinciaux successifs, les PP. Georges Gra}^ Richard Strange et le Vénérable Thomas Whitbread ou llarcourt.

11 revenait avec ce dernier de faire la visite des maisons de la Province situées en Belgique, lorsque la persécution se déchaîna plus violente que jamais contre les catholiques et la Compagnie, à la suite du prétendu complot imaginé par Titus Oates. Les deux •religieux, malades l'un et l'autre, avaient reçu un asile chez le comte d'Egremont, ambassadeur d'Espagne, dans les dépendances de son hôtel. C'est là qu'ils furent arrêtés par Titus Oates lui-mê-

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me, brutalement frappés et meurtris à coups de crosse de mousquet par ses satellites. Sans l'intervention énergique et menaçante de l'ambassadeur, le traître les eût fait arracher de leurs lits et jeter en prison. Il dut se contenter de placer des gardes à leur porte en attendant qu'ils fussent rétablis.

Les reclus ne furent pas abandonnés ; la charité de leurs frères, intrépide autant qu'ingénieuse, trouva moyen de pénétrer jusqu'à eux. a Tous les jours, raconte le P. Hamerton, j'allais les visiter, malgré les douze soldats établis à la porte de leurs chambres. Je me présentais tantôt en gentilhomme, tantôt en aide pharmacien, un flacon à la main, un large tablier devant moi, et j'entrais ainsi librement dans leurs chambres ; souvent même je pus entendre leurs confessions et m'entretenir assez à l'aise avec eux ». Dès qu'ils eurent recouvré quelques forces, les captifs furent conduits à Newgate. Pour le P. Harcourt, cette prison fut le vestibule de l'échafaud de Tyburn, sur lequel il eut l'honneur de monter le 30 juin de l'année suivante. Le P. Mico était réservé au même supplice ; mais les mauvais traitements dont on l'avait accablé ne lui permirent pas de vivre jusque-là. Sa mort n'en fut pas moins glorieuse. On le trouva un jour inanimé dans son cachot, à genoux, abattu, dit un historien, sous le poids de ses chaînes. Il était âgé de cinquante ans et en avait passé vingt-huit dans la Compagnie.

Brevis relatio... agonis quem pro religione catholica subierunt aliquot e Societ. Jesu..., p. {. — Summar. vitœ defunct. Provinc. angl. {Archiv. Rom.}. — Patrignani, Menol., 3 clic, p. 48. — Foley, Records, t. 5, p. 247 ; /. 7, p. .505. — Oliver, Collections..., p. 114. — Challoner, Memoric...., p. 849.

* Le troisième jour de décembre de l'an 1785, mourut dans la mission de Dagda le P. Michel Roth, l'apôtre de la Courlande et de la Livonie, qu'il évangélisa plus de trente ans. Il commença par gagner, à force de bienfaits, le cœur de ceux auprès desquels il était envoyé, pour les amener ensuite plus sûrement à Jésus- Christ. Il allait les visiter dans leurs cabanes, distribuait des remèdes à leurs malades, se faisait leur défenseur et leur avocat auprès des pouvoirs publics, en sorte que ces pauvres gens le vénéraient et l'aimaient comme leur père. Les voies ainsi préparées, il se mit à l'œuvre.

Dans la mission de Dagda, il prêchait tous les jours et souvent deux ou trois fois, depuis le carême jusqu'à la Pentecôte ; l'hiver, il enseignait le catéchisme aux enfants. Parfois, sa fatigue était si grande, qu'il ne pouvait se tenir à l'autel. Alors, comme autrefois saint Jean, il se faisait porter à l'église, afin d'instruire son peuple et d'entendre les confessions. Il composa avec des peines infinies quelques ouvrages en langue lettonne, un catéchisme, un abrégé de l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, un exposé de la doctrine chrétienne en dialogues et un recueil de prières. Mais quand il voulut apprendre à lire aux enfants, avant de leur remettre ces ouvrages en main, il se heurta à une opposition presque invincible des familles, qui se défiaient de la lecture comme d'un maléfice. Il triompha cependant de leurs préventions à force de patience et de douceur ; bientôt nombre d'enfants formés à son école surent lire et chanter, quelques-uns même écrire, et devinrent à leur tour des maîtres auprès de leurs parents et les instruisirent des mystères de la religion.

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