VI DECEMBRE
Le sixième jour de décembre de l'an 1619, mourut à Bruxelles en odeur de sainteté le P. François Coster, né à Malines, le dernier survivant de la génération formée par saint Ignace, et regardé comme un des plus grands hommes de la Compagnie dans les Provinces des Pays-Bas. Il avait coutume de dire, au témoignage du P. d'Oultreman, que, lorsqu'il prit congé de notre Bienheureux Père pour revenir en son pays, le saint lui recommanda trois choses : l'humilité, l'obéissance et la continuelle allégresse de cœur. Or, comme il demandait un jour à la sainte Vierge de quelle manière il pourrait conserver sa joie au milieu de toutes les peines et difficultés de la vie, cette bonne Mère lui apparut et lui dit : « François, promets-moi d'être toujours obéissant et toujours humble, et je te promets que tu pourras être toujours joyeux, comme te l'a recommandé ton Père ». Elle y joignit l'assurance qu'il travaillerait à la gloire de Dieu jusqu'à sa mort, sans être jamais malade, A l'âge de quatre-vingt-six ans, le saint homme disait à un jeune novice : « Si vous entendez raconter que le P. Coster est malade, soyez sûr que c'est un mensonge, car les promesses de la Mère de Dieu ne trompent jamais" ; et comme elle me l'a dit elle-même, être malade et mourir ce sera tout un pour moi ».
Grâce à la pratique fidèle de ces trois vertus, après soixante-six ans de vie religieuse, il avouait sur son lit de mort n'avoir jamais eu l'esprit ni le cœur troublés, même durant un demi-quart d'heure, quelles que fussent les difficultés ou la gravité des affaires dans lesquelles il était engagé. Nul ne supportait plus joyeusement les fatigues pour l'amour de Jésus-Christ. Même dans ses plus longs voyages qu'il faisait à pied, aussi bien qu'en chaire, au confessionnal, en classe, il portait toujours un rude ciliée ; et dans son extrême vieillesse, il se flagellait encore tous les jours, au moins une fois. Saint Ignace l'avait envoyé de Rome à Cologne, à l'âge de vingt-cinq ans ; il y fit preuve d'une science, qui lui mérita le surnom de marteau des hérétiques dans toutes les provinces des Pays-Bas et des bords du Rhin. 11 y fonda aussi les premières congrégations de la sainte Vierge, avec des résultats dont on ne peut lire les détails sans admiration dans les annales de Trêves et de Cologne, et dans les récits mêmes de l'homme de Dieu.
Lorsque le P. Coster fut parvenu au terme de sa longue et sainte vie, et qu'il était déjà près de rendre le dernier soupir, un Père récitait auprès de lui le psaume de David : Qui habitat in adjuto- 7'to Altissimi. A chaque verset du Roi-prophète : « J'ai reçu toutes ces bénédictions », disait-il en remerciant Notre-Seigneur ; et quand on fut arrivé à la dernière : Ostendam illi salutare meunx ; « dans quelques moments, ajouta-t-il, je posséderai encore celle-là ». Et il expira peu après à l'âge de quatre-vingt-huit ans.
Litterse ann. Provinc. flandr.-belg., anno 1619 (Archiv. Rom.}. — Cor- DARA, Historia Societ., part. 6", lib. 4, p. 198. — Imago primi sasculi^
VI DÉCEMBRE. — P. PIERRE BLOIS. bOl
„ 874. — SoTUELLUS, Biblioth.^ p. Ili. — Sommervogel, Bihlioth., t. 2, p. 1510. — Nadasi, Ann. dier.., 6* dec.^ p. 309. — Drews, Fasti, 6* dec, p^ 479. — Patrignani, Menol., 6 die, p. 61. — Nieremberg, Varones ilustres nouv. édit. t. 5, p. 614. — Tanner, Societ. Jesu apostol. imitatr., p. 521. — Reiffenberg, Histor. Provinc. Rheni Infer., p. 41, 157. — Guidée, Ménol., 6 déc.^p. 388. — d'Oultreman, Tableaux des personnages signalez, p. 373. — Hartzheim, Biblioth. Coloniens., p. 81.
* Le sixième jour de décembre de l'an 1633, au collège de Cassel, dans la Province de Flandre-Belgique, mourut le P. Pierre Blois, modèle d'humilité, de pénitence et de zèle apostolique. Tous ses goûts le portaient vers l'étude des hautes sciences ; mais il en faisait volontiers le sacrifice à l'obéissance et à la charité. On le vit à Gand, sa patrie, remplir des semaines entières roffîce de portier, avec un soin et un empressement qui ravissaient. Il avait déclaré à son corps une guerre implacable et le traitait comme son mortel ennemi. Epuisé de forces par ses jeûnes et ses autres austérités, il ne laissait pas de travailler sans ménagement. Sa réputation de vertu lui donnait une puissance comme irrésistible sur les âmes ; il semblait en être le maître et les gouverner à son gré. Rien n'arrêtait son zèle, ni les intempéries des saisons, ni la difficulté des chemins : « Peut-on acheter trop cher, disait-il souvent, l'honneur de mourir dans l'exercice des œuvres de la charité » ? Cet héroïque vœu semble avoir été exaucé. Le P. Blois fut emporté prématurément à l'âge de quarante ans, il en avait passé vingt-trois dans la Compagnie.
Histor. colleg. Caslet. (Notes du P. de Guilhermy. Arch. dom.).