XXII DÉCEMBRE. P. DAVID GALWAY
Son zèle s'étendait au loin. Il parcourut tour à tour, et à plusieurs reprises, l'Irlande, l'Ecosse, les îles de l'océan et de la mer d'Irlande, Man, les Hébrides, les Orcades, déguisé en marchand pour ne pas éveiller la défiance des hérétiques et des espions lancés de tous côtés à la poursuite des prêtres romains. Une fois il demeura cinq mois entiers au milieu d'une population perdue dans les hautes terres d'Ecosse, et où n'avaient jamais pénétré, dit-on, ni prêtre catholique ni ministre protestant. 11 recueillit parmi ces pauvres gens des fruits extraordinaires, et y supporta sans discontinuité de tels travaux qu'il ne se rappelait pas avoir pendant tout ce temps passé une seule nuit dans un lit.
Les débuts de ces lointaines expéditions n'avaient pas été heureux. Aux Orcades et aux Hébrides, lorsqu'il les visita pour la première fois, les insulaires avaient docilement prêté l'oreille à ses discours et reconnu la vérité ; mais la crainte de leur gouverneur, le comte d'Arguille, hérétique acharné, les avait empêchés de se convertir. Il plut à Dieu de consoler son serviteur et de le récompenser autrement de son zèle. Le P. Galvs^ay revenait de sa longue course, monté sur sa barque, lorsqu'il fît rencontre de pêcheurs écossais, tous hérétiques. Ceux-ci le prenant pour un marchand, l'interrogent sur le succès de ses affaires. Le P. Galway répond qu'il n'est pas marchand, et n'a souci d'autre gain que de celui des âmes. Ces paroles les jettent dans un étonnement profond : « Quoi ! disent-ils, c'est pour sauver des âmes, pour les gagner à votre religion, que vous vous êtes exposé à tant de fatigues ? — Oui, certes ; car le salut est la grande affaire, la seule affaire, digne qu'on supporte tout pour elle ». L'admiration de ces gens simples redouble : « Oh ! s'écrient-ils, elle est sainte, et elle
doit être vraie la religion qui inspire à ceux qui la suivent de tels sentiments et de tels sacrifices pour le seul amour des âmes. Père, nous sommes à vous ; instruisez-nous. Nous voulons la même religion que vous ». Le missionnaire, bénissant Dieu, les instruisit et en fît des enfants de la sainte Eglise.
Des infirmités douloureuses, fruits des privations et des souffrances de toute nature endurées au cours de tant d'expéditions, tourmentèrent les dernières années du P. Galway et firent éclater son admirable patience. Un horrible cancer lui dévorait la main ; ses doigts s'en allaient les uns après les autres. Il demeurait impassible au milieu de ces ravages du mal. On l'entendit seulement pousser un léger soupir lorsqu'il vit tomber son pouce : « Hélas, dit-il, je ne pourrai plus offrir le saint Sacrifice » ! Le P. Galway expira très saintement à l'âge de soixante-dix ans, il en avait passé quarante-cinq dans la Compagnie.
Litterse annuse Societ., anno 1650, p. 285. — Foley, t. 7, p. 285, et append.^ p. 14. — Oliver, Collections, p. 247.