‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 5 sur 356 · III JUILLET · texte numérisé non relu

III JUILLET

Le troisième jour de juillet de l'an 1594, le Vénérable P. Jean Cornélius, appelé encore Mac-Mahon, souffrit un glorieux martyre à Dorcester, après s'être lié à la Compagnie par les premiers vœux, au fond même de son caclrot. II était né dans le pays de Galles d'une famille irlandaise. Le saint martyr Henri Garnett écrivait deux ans auparavant au P. Claude Aquaviva : « Jean Cornélius est prêt à partir pour aller faire son noviciat en Flandre, dès que nous le jugerons à propos. C'est un homme vraiment humble, pieux et saint, très redouté des démons, sur lesquels il exerce une merveilleuse puissance. Il a fait vœu d'entrer dans la Compagnie, et sa vertu est telle que je ne vois aucun danger à le recevoir de suite parmi les Nôtres, tout en différant pour lui, vu les nécessités du salut des âmes, le temps et les exercices du noviciat ».

Le P. Cornélius était en effet, depuis dix ans, un des plus laborieux et des plus saints apôtres de l'Angleterre. Notre-Seigneur lui avait fait la grâce de commencer ses travaux par la conversion de sa propre mère, jusqu'alors engagée dans l'hérésie. Parmi les autres âmes gagnées par son zèle à Jésus-Christ, on cite encore un vieillard abandonné de ses proches, rongé tout vif par les vers^ et mourant seul dans une intolérable infection.

L'homme de Dieu accourut auprès de lui et, après une nuit entière consacrée à lui prodiguer les plus humbles et les plus affectueux services, il lui ouvrit les portes du ciel et revint tellement dévoré lui-même par la vermine que ses vêtements n'étaient bons qu'à être jetés au feu.

Les plaintes des ministres de l'hérésie, dont on abandonnait les temi)les et les chaires de pestilence, la rage des esprits immondes, contraints, môme devant les protestants, de confesser la présence réelle et la foi de l'Lglise de Jésus-Christ, l'éclat enfin et la renommée des miracles du saint homme, qui arrachaient, dit un historien, aux défenseurs de l'anglicanisme le cri odieux des pharisiens : (juid facirnus, quia hic lioino inulta signa facit ? (Joann., il, 47) firent mettre tant de satellites et d'espions à la poursuite du P. Cornélius, qu'après leur avoir échappé une première fois, il finit, grâce à l'avarice et à la vengeance d'un traître, par tomber entre leurs mains. Conduit à Londres, il eut à soutenir tour à tour les assauts de la controverse et les douleurs de la torture. Un des coryphées de l'erreur s'étant hasardé à lui dire fièrement un jour, au début d'une conférence, dans l'espoir de l'humilier : « En quelle langue voulez-vous que nous disputions ? En latin, en grec ou en hébreu? — A votre choix», répondit le prisonnier avec autant de modestie que d'assurance, à l'extrême confusion de son adversaire, incapable de soutenir un pareil défi. On l'étendit ensuite sur le chevalet en lui liant les articulations des doigts, des pieds et des mains, avec de petites cordes qui lui disloquaient les os ; mais sa fermeté ne se démentit pas un moment. On le fit donc partir pour Dorcester, où il devait subir le dernier supplice.

Il parcourut tout ce trajet comme un malfaiteur, les mains atta-

Page 1