III AOUT
Le troisième jour d'août de l'an 4659, mourut dans les missions du Maduré le P. Gabriel Lentekowski, polonais, d'une pieuse et noble famille. En se consacrant à Dieu, il voulut aussi lui faire don de ses richesses, et en employa la plus grande partie à fonder un collège de la Compagnie dans la petite ville d'Orsza sa patrie. Appelé par le P. Goswnn Nickel au Collège Romain pour y étudier la philosophie et la théologie, le P. Lentekowski profita de son séjour dans la ville éternelle pour obtenir la mission des Indes. Il arriva au Maduré dans le temps où les invasions des mahométans avaient contraint les plus intrépides missionnaires à partager les repaires et la nourriture des bêtes fauves au milieu des bois. Le P. Gabriel se félicita d'une pareille entrée dans la carrière où il venait chercher la croix ; et dès les premiers jours, Notre-Seigneur permit qu'il tombât entre les mains d'une bande ennemie qui le dépouilla de tout, le maltraita rudement et sembla ne lui avoir laissé la vie sauve que par une intervention spéciale de la Providence.
Frappés de ses talents, de ses vertus et surtout d'une douceur singulière que le P. Lentekowski savait allier à une rare fermeté, les missionnaires s'accordaient à dire qu'on ne pouvait désirer un
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ouvrier plus capable de grandes choses dans la culture d'une terre aussi difficile. « Mais, ajoute le P. Antoine de Proenza, tandis que nous nous réjouissions de posséder un si riche trésor, Dieu, dont les jugements sont impénétrables, nous demanda le sacrifice de nos plus chères espérances. Ce nouveau genre de vie, dont les privations et les douleurs étaient aggravées par les troubles et les ravages de la guerre, lui occasionna une maladie qui, dans le cours de deux mois, consuma ses forces ; il passa paisiblement au repos du ciel, quatre mois après avoir pris l'habit des sanniassis ».
Jos. Bertrand, La mission du Maduré, t. 3, p. 104, Lettre du P. Ant. DE PnoENZA. au R. P. Goswin Nickel.
* Le troisième jour d'août de l'an 1621, dix jours seulement avant la bienheureuse mort de saint Jean Berchmans à Rome, s'éteignit à Louvain le Frère Scolastique Martin Becquaert, son compatriote et son émule d'innocence et de vertu. C'était surtout l'amour de la la très sainte Vierge qui l'avait attiré à la Compagnie. En voyant la dévotion des enfants de saint Ignace pour cette Reine des anges, et leur zèle à propager son culte, il s'était senti un ardent désir de partager le même genre de vie, pour l'honorer lui-même davantage et contribuer à la faire honorer par les autres. Pendant les trois années que le F. Becquaert vécut parmi nous, on ne le vit pas une seule fois manquer au silence ni violer la moindre de nos règles. Il faisait ses délices de l'oraison, de l'assistance à la messe, de la sainte communion, et avait peine à s'arracher à ses a. g. II. — T. II. — 13.
entretiens avec Notre-Seigneur. Animé de cette filiale confiance qui n'essuie point de refus, il avait demandé cinq grâces spéciales à Notre-Seigneur : mourir jeune, avant d'avoir connu les dana-ers qu'entraînent les relations avec les hommes, mourir dans la Compagnie, en pleine connaissance, le matin avant l'heure où les prêtres montent à l'autel, enfin dans l'octave de la fête de notre Bienheureux Père. Tout lui fut accordé.
Summar. vitœ defunct. Provinc. flandr.-belg. (Arc/i. Rom.). — Nadasi, Afin. diev. memor., 3» aug., p. 79. — Drews, Fasti, 3» aiig.., p. 297.
* Le troisième jour d'août de l'an 1643, mourut à York en Angleterre le P. Briant Gansfield, d'une noble famille du Lancashire. Il avait abjuré le protestantisme à l'âge de seize ans, et après avoir fait ses études aux collèges anglais de Saint-Omer et de Rome, avait été reçu dans la Compagnie par le P. Claude Aquaviva. Toute sa vie religieuse, dit l'auteur de sa notice, fut un long apprentissage du martyre. Il n'était pas seulement sévère à lui-même ; il se maltraitait encore avec une sorte de cruauté, refusait impitoyablement à sa chair toute satisfaction et en contrariait toutes les convoitises. 11 travailla de longues années dans les contrées de Lincoln et de Lancastre, fortifiant la foi des catholiques, et ramenant à l'Église romaine nombre de protestants.
Cependant Dieu semblait insensible aux désirs dont il était consumé de souffrir pour le nom de Jésus-Christ les emprisonnements et la mort elle-même sur l'échafaud. Le P. Cansfield était arrivé à l'âge de plus de soixante ans et avait presque perdu toute espé-