XVI AOUT. P. JEAN BATH
perdre, il devenait tout à coup terrible comme un lion. C'est ainsi que, dans une invasion des troupes moscovites, une bande sauvage de Kalmouks menaçant les femmes d'Orsa des derniers outrages, le P. Lukaszewicz les effraj^a tellement par le seul son de sa voix, qu'ils prirent aussitôt la fuite, non cependant sans l'avoir brutalement frappé à la tête et laissé tout en sang.
Dieu le combla de plusieurs faveurs extraordinaires. Tout le monde savait à Vilna qu'il avait été vu plusieurs fois marchant sur les flots sans s'y enfoncer. Le fait était si notoire que dans une diète solennelle un des ennemis de la Compagnie crut opportun d'inviter les membres de l'assemblée à se défier d'un Ordre qui comptait, disait-il, un magicien de cette force parmi ses supérieurs. Mais aussitôt toute la diète fit entendre d'énergiques dénégations ; et le P. Lukaszewicz, qui était présent, eut bien de la peine à calmer l'indignation publique contre une si indigne calomnie. Ce saint homme mourut dans la soixante-dix-neuvième année de son âge et la cinquante-huitième depuis son entrée en religion.
PoszAKOwsKi, Societ. Jesu lithuan.^ p. 520. — P.vtrignani, Menai. ^ 16 agost., p. 149.
* Le seizième jour d'août de l'an 1649, mourut martyr de sa foi à Drogheda sa patrie, le P. Jean Bath, irlandais. Il travaillait depuis plusieurs années dans cette mission, lorsque la persécution s'y déchaîna avec un redoublement de violence. Il semblait que le Parlement et les soldats de Cromvvell eussent juré la ruine entière
du catholicisme en Irlande. Tous les prêtres furent condamnés au bannissement ; et dans plusieurs villes les fidèles furent mis en demeure ou d'apostasier ou de sortir de leurs maisons et même de la cité. A Dublin, Cork et Drogheda, trente mille personnes, hommes, femmes et enfants, n'hésitèrent pas à tout abandonner, et on les vit errer dans les campagnes sans ressources et sans abri pour ne pas trahir leur Dieu.
Cette admirable constance exaspéra leurs bourreaux ; persuadés que des prêtres se tenaient cachés au milieu de cette foule et soutenaient son courage, ils lancèrent à leur poursuite les plus habiles limiers. Le P. Bath ne tarda pas à être saisi avec son frère, prêtre séculier. Les deux missionnaires furent amenés sur la grande place de Drogheda au milieu des cris de triomphe des hérétiques ; et sans autre crime que leur profession de prêtres romains, à laquelle s'ajoutait pour le P. Jean le nom de Jésuite, ils furent attachés à un poteau et tués à coups de mousquet. Le P. Bath était âgé de trente-neuf ans et en avait passé dix dans la Compagnie.
Alegambe, Mortes illustres, p. 657. — Tanner, Societas Jesu militans, p. 138. — Nadasi, Ann. (lier., 16^ aug., p. 109. — Drews, Fasti..., 16» aug., p. 315. — Patrignani, Menol., 16 agost., p. 144. — Foley, Records, t. 7, p. 41, et appendice, p. 42. — Oliver, Collections, p. 233. — Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie, t. 3, ck. S, p. 397.