XVII AOUT
Le dix-septième jour d'août de l'an 1837, mourut au portage des Sioux, dans la vice-Province du Missouri, le P. Charles Van QuiCKENBORNE, né à Peteghem dans la Flandre orientale ; il est le premier missionnaire de la nouvelle Compagnie en Amérique qui ait reporté l'Evangile parmi les tribus sauvages dans la grande vallée du Mississipi. Tout était à créer dans ces avant-postes de la civilisation et de la foi. Avec la charge de Maître de sept jeunes novices que la pauvreté excessive des maisons du Maryland n'avait pas permis de garder, mais que l'amour de leur vocation avait fait passer à sa suite à travers les fatigues et les dangers d'un voyage de plus de 1-300 milles, le P. Van Quickenborne remplissait les fonctions de défricheur, de fermier, de charpentier et de maçon. Souvent il devait transporter bien loin les matériaux qu'il arrachait du lit de la rivière ou des forêts du voisinage et qu'il façonnait de ses propres mains. Un jour qu'il était occupé à équarrir une poutre, la hache d'un de ses novices mal dirigée lui fit au pied une profonde blessure ; et quand après quelques jours d'une fièvre violente, il voulut revenir au travail, le cheval sur lequel il était monté s'enfonça tellement dans les terrains détrempés des
bords du fleuve, qu'on dut y laisser le pauvre animal périr, trop heureux d'arracher le Père au danger.
C'est au milieu de ces diflicultés, insurmontables pour un moindre courag-e, dit le P. de Smet, qu'il construisit d'abord le noviciat de Florissant, et plus tard l'église et la résidence de Saint-Charles, et le premier couvent des religieuses du Sacré-Cœur dans le Missouri. Mais ce courage n'était rien auprès de celui qu'il déployait pour sauver les âmes, et que Dieu favorisa dans plusieurs circonstances par des miracles. « Le salut des âmes, dit encore le P. de Smet, était chez cet homme apostolique, une pensée, un désir, un besoin de tous les instants ; et grâce à son talent de communiquer aux autres le zèle dont il était dévoré, ceux qui ne pouvaient l'aider de leurs travaux, s'engageaient au moins à le seconder de leurs prières ».
Pour exciter ses novices à prier avec plus d'ardeur, il célébrait avec eux une petite fête, chaque fois qu'il avait obtenu dans un temps donné un certain nombre de conversions. Quand ses forces étaient brisées, sa charité et sa confiance en Dieu semblaient suppléer à la nature. Un jour qu'il était retenu au lit par une maladie assez grave, et de nature même à inspirer des craintes, on vint l'avertir qu'à cent milles de distance, un catholique mourant réclamait les secours de la religion. Au grand étonnement de tous, le P. Van Quickenborne fait préparer une charrette, ordonne qu'on y place son matelas et, prenant avec lui les saintes espèces et les saintes huiles, part, après avoir donné sa bénédiction à ses enfants. Tous la reçurent comme si elle avait dû être la dernière. Mais quelques jours après, ils le virent reparaître au milieu d'eux tout triomphant. Il avait administré le pauvre malade et se trou-