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Mensonge

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XOilB OIDUÉHK.

iàrmtiits,

MBLINE, C4WS BT COMPAGWIE.

£t9 |pr^orrtt)iatton0.

Ds&s ua d« ees moments cm tous laÏMOx à ▼oin esprit la bride sur le cou , demandes-yous pourquoi., dans le courant de nos mœurs, lei maris ont mis à la mode eet axiome qu^une honnête femme ne doit, sons aucun prétexte , se retourner dans la rue ?.... Les gens que Ton ne connaît pas deriendraient-ib par ce seul fai t indifférents ou funestes i connaître 7. . .

Est-ce pure et simple consigne de bon goût? Ne

discernes-Tons pas dans cette maxime Tbabiletémer- ▼eiUeuseet jalonie du démon delà propriété?.... J'y reconnais , moi , Finterdit lancé contre Ihisage de la pierre de touche physiologique dont le sexe féminin se sert aveo tant de finesse dans un rapide échange de coups dVil. A TaSut de ces rencontres en Tair, Toioi venir le sergent-de-vitle moral qui , tout essoufflé, s^empresse et «iqjie j -p Baisseï Iesyeux« madame, et passes droit Tot>«jc&q)pint....j Lfybasar^ >yn»palhique ne se tmuTunfàë*li^<}T\^3â%^l6 ^^^ / des gensehoiMS parle maître de^| maisolh , qu!«tt 1 arrive-t-U? Cest que madame as'^eiul^fi^n^ ou^ bien qu^eHe se résigne à glaner, pour*^sonJfêûirpar-^ / tioulier, dans les prédileetionajle sei^yiari.^ K«t>«é -> bien à ton goût oemme cela , i!^on eoûj^ r...^ J*. w ^

DSLàBlRGl A LtOIlARD.

Lyon , oe 31 janvier 1834.

Depuis plus de quinze jours , j*hésite à vous éerire, Léouard! et je me consulte. A yous^

«BNSOlfCB. T. II. 1

comme à TOtre famille , Etienne doit infailliblement paraître un ingrat.. Cette pensée m'obsède et me décide. 11 est argent d'ailleurs que je puise dans vos justes représentations l'énergie dont j'ai besoin. Vous êtes de ces hommes à qui l'on peut ouvrir son, cœur , quelque mourant et ulcéré qu'il soit ; et j'étouffe d'un secret qui demande enfin â s'échapper. Ce secret , mon ami , touche à nos fibres les plus intimes ! Je risque de tous affliger ! je vous refroidirai pour moi sans doute en tous l'apprenant. Je le crains ! Si je perdais votre amitié , je perdrais tout ; et , ce malheur accompli , je resterais seul au milieu du monde. Dans le prompt éloignement que vous me conseOlereK ( car j'ai prévu mon exil et je m'y suis résigné d'avance), je veux emporter au moins les consolations de vojtre.^stime et de la mienne : pacte sa* . .w. jcféj-^qxiî, lot^que tout m'échappe, me rappelle i \ : €âicore a la vie. Venez me dire que je me trompe, ^^. :etg^'uhé amitié comme celle qui nous a réunis . ^ résiste' b^a veulent à l'orage , ou ne cède à sa pre- -^ ;'• tolère tÎplÈhcfi que dans l'espoir de lui disputer "{ : fioflt'^cru tard quelque débris. Qu'il en soit ce que vous déciderez ! je ne m'appartiens plus.

Peut-être avez-vous appris mon retour de Va*

* lence! On a beau s'ensevelir dans la retraite,

l'existence la plus silencieuse a ses échos. Oui,

Léonard ! deux fois j'ai traversé la mer : et , deux

fois , ses flots in'ont bercé comme un enfant dont

on veaC endonnir les cris et les douleurs. Par ui» aveu , jugez du délabrement moral où je me trouTe ! En présence de ce désert de ciel et d'eau , dont le tourhillon de fumée qui s'élançait au-dessus de notre bâtiment indiquait seul que nous mesurions l'étendue , malgré l'empire que les idées religieuses exercent au fond de mon esprit ^ rêveur et muet parmi les marins , las de me Yoir tomber en lambeaux sous les coups de cette guerre sans relâche que l'homme se livre à lui-même dans les événements et les ronces qui le déchirent 9 las d'analyser en souffrant les phases decette agonie dont notre corps ne meurt que longtemps après notre âme , las de blasphémer Dieu , Léonard , car je me suis combattu sans l'espoir et sans le pouvoir de me vaincre , le vœu lâche ou désespéré m'est échappé cent fois de ne plus saluer les côtes de France !... Mais le vent a gardé son calme dans les airs , la nuit nous a couronnés d'étoiles , et les oiseaux sont accourus pour nous annoncer le rivage. La mer ne m'a pas exaucé!... J'ai revu Lyon , et j'y demeure ; je m'y trouve comme une ombre , sans avenir et sans but , devant un courage qui s'éteint et des prévisions qui s'obscurcissent. Un spasme éternel et nerveux me rend toute occupation insupportable. L'étude , au^ trefois souveraine sur mes douleurs , ne me gouverne plus; l'étude me semble vide et fausse, comme les illusions qui me roidisaaient autrefois

contre le sort. L'homme le plus ferme , enfin , se sent le plus faible de tons les hommes , et mon horizon se rétrécit de jour en jour dans la seule idée qui m'absorbe* Cette idée brûle ma tète ; elle est le délire et le tourment de mes ruits. A chaque instant mes lèvres la murmurent ; mais je la retiens avec mon souffle , car je ne puis la laisser échapper qu'à demi-voix et dans votre cœur. Sans la frayeur de passer pour un ingrat , j'aurais eu la fermeté de me taire. Je ne veux pas , Léonard, qu'un soupçon d'ingratitude flétrisse le parfum de nos bons souvenirs. Le sort en est jeté/ Le doigt du frère de Pauline sondera ma plaie. Peutêtre irai-je après cela me réfugier à Val-d'Armonne , près de la femme et de la nièce de Raymond ! Peut-être partirai-je pour FAmérique ! je n'en sais rien. Je ne sais qu'uncchose , c'est que l'atmosphère où je respire est de flamme. — Oh! mon ami ! sans cause légitime de honte , se sentir à tout moment le feu de la honte sur le visage ; se juger en coupable sans avoir à se condamner pour la moindre faute ; porter un ver rongeur au fond de la conscience; et , toutefois , se dire que l'on a la conscience pure , voilà mon sort !... Où fuirai-je mon Dieu, pour que ce martyre ne me suive pas?. . Puis-je promettre jamais une convalescence à la maladie de mon âme?...

On assure que votre famille va quitter Saint- Maurice. Des ouvriers mettent la dernière main aux

travaux de l'hôtel où votre beau-frère doit s*inntaller. N'attendez pas cette installation pour abandonner la campagne et me voir. Délaissez un instant ceux qui tous sont chers pour celui qui vous chërit comme vos plus proches parents vous chérissent. Mais pourquoi donc , si près de mes bons amis , et lorsque je désire parler à Léonard , n'irais-jepas moi-même à Saint-Maurice?... Pourquoi donc , après être resté quinze jours dans Tincertitude à regard de mon ami , et dans le plus absolu silence pendant trois mois vis-à-vis de sa famille, ne l'attendrai s-je pas à Lyon?... Pour quoi , Léonard?... Ce n'est pas au papier que ces choses-la se révèlent. Venez. Quelle que soit ma confidence, je tiens assurément votre excuse. Oui, j'en ai la confiance , ma justification ne sera que trop araère , et vous me plaindrez. Puisque je cherche dans votre sein des garanties contre moimême et contre le malheur qui m'abat , n'est-ce pas un témoignage en faveur de ma résolution de me montrer éternellement digne de vous 7...

Votre triste ami ,

EtIBNHB DILABKR6I.

i>. S. Le mettre qu'en vous seul

lO porteur de ce root ne doit vous le rel'en secret , et ne dira ma demeure qu'à

LiONAaO A DtLABKKei.

De Tauberge de Saini'Haurioe, 31 jaaTÎer 1834.

Ta lettre est ud coup de la Proyidence, mon brave ! et j'ai pris ton messag^er pour un ange, malgré sa physionomie d'ivrogne. Si je mets de côté les reproches , bien que j'en aie cinq ou six milliers à te faire, pour le moins, c'est que sans le vouloir tu viens de me rendre un signalé service»

Je devine ta surprise, et je la conçois.

Mais coulons au plus tôt le point qui te concerne. Nous parlerons de moi tout à l'heure.

Penses-tu donc, Etienne, que je n'aie pas pénë* tré la cause de tes chagrins? Lorsque tu m'as donné le nom de frère, je l'ai pris doublement au sérieux» Songes -y ! ma famille est la tienne , et tes mélancolies nous offensent.

Voyons , mon vieux ! entre gens de ta trempe et de la mienne , n'est-il pas certain que lorsque l'un des deux (n'importe lequel) a surpris les secrets de l'autre, l'amitié se doit de jouer à l'instant cartes sur table?.... S'agirait-il décent fois pis que toutes ces babioles, j'ai trop franchement l'âme d'un soldat pour m'amuser dans un cas de ce genre à perdre le temps comme un vieux diplomate. La pitié , dans le chirurgien , c'est d'opérer vite. J'entre le sabre à la main dans tes secrets...

Sans doute ce serait toujours une plaie vive et

saignante pour toi, mon paavre Delaberge, et ton épée de Damoclès, en France prînei](Salement, que Teffroi des caraTanes de ce petit ëcervelé de Maxime.... — Le mot est lâché! mais rassure toi : à Val d'Armonne , les amis y songent. Tout récemment une de nos explications a roulé sur ce chapitre. Dans le fait, ces démons que Ton n'uti-. lise guère parmi nous^ si ce n'est au profit du bagne, et grâce à la discipline impertinemment barbare de nos moralistes qui dépraveraient l'enfer;, ces démons , te dis-je, peuvent devenir de petits, phénomènes d'ordre et de loyauté dans un milieu plus sain et mieux ordonné que le nôtre. L'abbé m'en a cité vingt exemples. La nature a des ressources inespérées , quoique la société dont nous faisons partie ne produise que trop souvent de singuliers malades. Dans un habile aigrefin , on reconnaît tout à coup le germe d'un surveillant adroit, du moment, comme de raison , qu'il y trouve son intérêt. Libre de son équipée de Valence, il ne faut pas que Maxime rôde au hasard. Je le défierais, du train qu'il y va , de pas glisser de nouveau dans la rainure de nos misères socia-v les. Quelle civilisation que la nôtre, mon bon ami,, où l'on se crie du matin au soir : — Casse^ cou!...

Tu vois que, malgré toi-même, le vent nous ap-^ porte de tes nouvelles, et que nous savons le&« choses depuis le fin jusqu'à la fin.

-- la —

Ah f Delaberge, Delaberge, you* n'étiez pas em« barrasse pour' écrire à d'autres!...

Donc , si tu juges que Val d'Armonne vaille mieux pour notre jeune extravagant que Botany- Bay (frère et logicien, je te mets au défi de conclure autrement) , nous y coloniserons le drôle 1 Par manière de début , nous lui donnerons un trousseau de rosière. Quelques billets de mille francs ne sont pas le diable ! et je te lancerais ma malédiction comme à Fantechrist si tu faisais des façons de bégueule pour fouiller convenablement dans ma bourse.

Raisonnons un instant. Te boursouffler l'esprit avec des remords, par«e que Maxime n'est qu'un petit coquin, ne serait-ce pas la même chose que si je me brûlais la cervelle parce que Georges est un imbécile ?.. Tes scrupules, mon cher Etienne, sont d'un fou. Si tu te sauves aux antipodes pour l'un, il faudra donc que je me sauve dans la lune pour l'autre?... Non, non! notre honneur est en nous, comme notre esprit ; et ta délicatesse extravague. Tu resteras cloué sur la poitrine de Léonard, lors même que ta famille serait la plus pendable de l'univers. On voit à merveille que tu reviens de l'Espagne! tu palabres.

A t'en parler nettement , mon petit, la grande infirmité du genre humain, et la seule vraiment déplorable, c'est de n'avoir pas le sou. Pour mettre le prolétariat au^essus de bien des fredaines^

on agirait très-politiqnement de lui oonstitaer un majorât. Le genre humain ne demande pas autre chose que des rentes sur le grand-Hyre. Qu'on me pende tout à l'heure si la révolution a jamais posé d'autre problème. Devant ce problème , les sots, couronnés ou non couronnés, se sentent pris de yertige on ricanent. Laissons-les pirouetter ou ri* caner. Songeons-y sérieusement et ferme.

Puisque ton affaire est coulée, coulons la mienne !

Ta lettre, t'ai-je dit, est un coup de la Proyidence. Voici comment :

Je pars de Saint-Maurice à l'instant même.

— Pourquoi? — C'est ce que tu ne sauras que plus tard. — Où yais-je? — Où je voudrai.

Je t'ordonne d'être satisfait de la réponse. Mais J'ai besoin, et besoin sur-le-champ, d'un alter ego, d'un autre moi-même, auprès de ma sœur. Ce sera toi. Point de simagrées ! Je compte sur ton obéis*sance comme si j'avais reçu ta parole d'honneur. Ton serment est enregistré dans ma confiance. Dans quarante-huit heures , je puis être de retour a S*-Maurice ; comme il se peut aussi que je prolonge mon absence au-delà de quinze jours. Les pieds me grillent : car, tout à la fois, je me trouve dans la nécessité de disparaître a l'improviste, et je n'entends nullement alarmer Pauline. Je m'intrigiiais et me donnais au diable ! tu tombes fort à propos. A toi, mon vieux, de te débrouiller 1 à

toi de prévenir les éclats et d'encloaer le caBon sentimental de la famille qui proclamerait mon départ à la ronde. L'événement de ta présence chez Dutercy va défrayer ma politique. On ruse-* rait un Talleyrand sous jambes, quand de bonnes fortunes dans ce goût-là nous tombent- 8f»us la main. J'avais bien quelque futile et sournoise envie de te fabriquer un joli mensonge , et, par là, de te fourvoyer toi-même dans les conjectures ; mais, par malheur, je me sens trop à jour!... Je le suis tellement que mon bien-aimé Georges, la plus commère de toutes les vieilles commères qui jamais ait endossé - le frac d'un bon bourgeois lyonnais, m'a lâché sur les talons, par ses bavardages, un observateur assez suspect. Pour dépister cet observateur, dont je n'ai pas le loisir de casser les reins , quoique je me fasse fort d'obtenir du drôle le nom du chef de file qui le met à mes trousses depuis quelques jours , j'ai pris la résolution de filer à la sourdine sans en donner connaissance à personne !

Quand je dis : — A personne I c'est que tu ne comptes pas.

Gomme dernière et très-essentielle recommandation , en arrière et à l'insu de Dutercy , fais-toi donner la clef de ma chambre. Sur le dernier rayon de la petite bibliothèque , à gauche , dort poudreusement un gros volume de Plutarque. Ce n'est pas du tout un volume , c'est une boite. Brûle

tous les papiers qtii s'y trouvent , sans les lire. Il n'y a que toi , I>elaberge , à qui je puisse faire une recommandation de ce genre. Pas de femmes dans ces choses-là ! tu m'as compris.

Ah çà ! nulle inquiétude , Delaherge ! Ne suis-jé pas revenu sain et sauf du guet-apens de Malaga?. •

Au petit bonheur,

TflioDoaB LlïonARD.

P. 5'. Ton envoyé m'a fait la mine d'un drôle de corps et d'un luron. Qu'est-ce que c'est donc que cette petite Maria chez qui tu loges?... 11 en est diantrement amoureux; presque autant, ma foi ! que de toi-même!... Serais-tu son rival ?... Ah! monsieur le mélancolique , vous donnez à ce qu'il parait dans les grisettes. Au retour, je compte bien débrouiller ce mystère.

J'oubliais le meilleur. — Thérèse, ma jolie Thérèse est arrivée d'hier avec sa tante. La vallée d^Armonne a perdu son diamant ; je te le souhaite en bague au doi^. Raymond est toujours à Paris , dans le menu tracas d'un héritage , à ce qu'il parait. O le plus scélérat des hommes ! si tu séduis ma Thérèse , je prétends à la jarretière de la mariée.

La nuit tombe. Nous sommes à Saint-Maurice , dans le salon de Duterey* Près d'un écran monté

sur de frêles pilastres en fer creux qui singe te jonc de Madagascar et dont le châssis est souleTé , dans sa coulisse^ Pauline tient sa tète a Tabrida l taffetas en exposant ses petits pieds dexant un foyer presque ëteiçt. Elle froisse des chiffons dans un joli meuble de travail. Ses sourcils se rapprochent arec un imperceptible froncement; dei impatiences courent dans le bout de ses doig;ts. i Fagotté dans une épaisse robe de chambre , Da- { tercy , la pincette à la main ^ vague et pirouette ' sur le tapis de l'appartement , de Tair profondément hébété d*un homme assez mal au fait de ce qu'il veut , et qui le cherche aussi bien dans sa pensée qu'en interrogeant tous les objets qui l'en- i vironnent. Montel , rêveur comme ses amis , se laisse aller dans le fauteuil qu'il occupe et bat lentement une mesure avec le menton sur sa poitrine en se chauffant les mains devant les braises qui ne jettent pas de chaleur. II règne en ce moment un de ces silences dont la mobilité de nos | fibres françaises se sent plus facilement agacée que de tous les tumultes.

Pauline prend la parole comme en sursaut : ^

— £h bien , parlez-nous donc. Contez quelque chose , M. Montel. Vous êtes distrait ! Vous avez l'air de vous ennuyer ! !

Montel tressaille et se dresse.

— Moi , madame ! nullement , pas le moins du monde. Dutercy me désoriente par ses conti- ^

ntielles promenades a travers le salon. •^ Que se passe-Ml dans ton cerveau , mon cher Georges , ponr tracasser de la sorte !

— n se passe. •• qne ma femme devient inimaginable avec ses tolérances , et qne j'ai de la maison par- dessus les épaules. Annette sort quand il lui plait; cette fille impertinente me regarde comme un zéro. Des bougies comme pour un enterrement! un feu qui ne chauffe pas, et personne pour me répondre !... Hors de mes habitudes , je suis un corps sans âme. Ho , ho! quand nous habiterons la ville , je saurai bien mettre ordre à tout cela. Mais depuis que madame se plonge dans ses rêveries , la soubrette a plus que jamais l'esprit en éveil pour obtenir la clef des champs.

— Des rêveries , moi!... C'est toi qui rêves, Georges ! — Montel , je m*en rapporte à vous : trouvez-vous que je lui fasse mauvaise mine ?

— Cent fois trop bonne. Laissons Georges divaguer.

Montel se lève et risque deux ou trois pas pour se dégourdir. Puis , du ton d'un homme qui fait brusquement une rare découverte :

— Voilà tout de même , s*écria-t-il , près de trois jours qu'il neige I Quelle abonûnable saison !

Pauline éclate de rire et ferme son écran. Du<^ tercy, qui se penchait dans Tâtre et fourgonnait

leB tiflons, lanœ à Pauline, dont la gaieté redouble, ce regard foudroyant du moraliste qui veut que Ton réprime ses passions. Montel comprend qu'il a dit un lieu commun. 11 en rit et se rassied.

^- Vous voulez que je conte toujours ! mais, ou foi , je suis au bout de mon répertoire. Ne vous ai-je pas fait lire les superbes couplets de mon sergent-major lors de ma prise de possession du grade de capitaine dans la garde nationale? L'air de Marlborough, c'était bien trouvé ! • . . Vous saves qu'au bal on m'a jeté la pierre pour n'avoir pas eu l'esprit de vous faire déserter ce jour-là votre taupinière de Saint-Maurice. Vous avez même eu le récit naïf des mots échappés à l'importance bouffonne de mon épicier, qui, du ton d'un gourmet fini , parlait à tout moment de la supériorité de mon vin Laffitte et Gaillard ; prenant ainsi l'entreprise des Messageries pour un clos célèbre. Je vous ai dit enfin jusqu'au plus mince détail de ma dernière opération de bourse , basée sur an mot en l'air du préfet. 11 me semble... — A propos, dites-moi donc ! vos voisins sont revenus de Val d*Ârmonne , et vous ne m'en parlez pas. Georges assure que madame Raymond a la fraîcheur d'une rose , et que la frêle créole montre aujourd'hui presque autant d'indolence que je lui connaissais d'espièglerie. La coquetterie se plait à varier!... Vous ont-elles rapporté des nouvelles de M. Delaberge?

— lô —

' — Des îoiisères, des riens. Nous savons seulement qu'il n*est pas mort ; voilà tout.

— C*est quelque chose ! — Gomment, Georges , il ne TOUS a pas écrit une . seule fois ? Je t'avoue franchement que ce refroidissement me passe !

— Caprice de jolie femme I que veux-tu ?. . . Mais, entre nous, j'ai ce procédé-là sur le cœur. A moins que, dans l'esprit de M. Delaherge, l'amitié ne soit une question de temps et d'horloge , pourquoi ses éternelles lettres aux Raymond sans le moindre souvenir pour nous ?. . . Léonard l'excuse, mais du bout des dents ; et Léonard en souffre lui* même. Nous valions bien la politesse de quelque post-scriptum. — Donne-moi donc le soufflet , Pauline. Madame Raymond ne nous a pas communiqué la moindre de ses lettres* Preuve qu'il se tait sur nous.

— Mon Dieu, mon mari , pourquoi ces exigences, et à quel titre ?... On ne peut cependant pas forcer la prédilection des gens. Voudrais-tu que tous les caractères fussent frappés au même emporte-pièce? M. Delaberge ne prend pas ses amis à la légère. Faut-il de vive force le mettre au rang.de nos amis, puisqu'il s'y refuse?... Chacun est libre.

— Voilà de l'humeur, madame Dutercy. Ce silence en effet n'est pas aimable.

— Oh , je vous jure que ce silence m'est bien indifférent, et que si j'en parle, c'est uniquement

ptroe que Ton en parle. Datercy peat toos dire que je n'en ai pas encore ouvert la bouche.

— Cest Trai ; mais aussi, depuis quelque temps tu n'es pas fort gaie ! tu conTiendras bien que cette affectation de M. Delaberge te contrariait.

— Moi ! pourquoi donc ?

— Mon Dieu, ne fut-ce que pour les conTenances ! Les femmes tiennent surtout aux con- Tenances.

— 11 est certain que sous ce point de rue...

— Mes bons amis , je ne suis pas pour envenimer les brouilles ; et peut-être qu'après tout, les gens qui m'ont dit cela sont des visionnaires; mais on m'a juré que M. Delaberge se trouvait en ce moment à Lyon, et qu'il s'y tenait caché!

— Vraiment, M. Montel !... Mais non , ce n'est pas possible I et Ton vous aura fait un conte I... Pour quelle raison, s'il vous plait, M. Delaberge se montrerait-il si soucieux de nous éviter? €ourt-on après-ltti pour lui faire violence , et nous croirait-il gens à l'importuner?... Mon Dieu, qu'il se tienne l'esprit en repos ! Nous comprenons tous les caprices.

— Je ne dis pas qu'il se cache de vous, madame. Son goût ne m'est pas suspect à ce point-là; j'ignore ses vrais motifs. Du reste, c'est à la Bourse qu'on m'en a parlé. Gomme vous , j'ai nié tout d'abord la chose. Mais on m'a conté tant de petits détaib , et d'un certain Maxime, frère ou cousin

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