SS
les raes se réveillent de lear silence. En ayant on perce les ténèbres , et les ténèbres ^courent k la suite en arrière. Les maisons t^rîeuses jettent furtivement les regards de lears fenê(f«s dans la hremr des torche».
— Qui vive ? crie le chef.
On s'arrête. Un garde municipal prend Tavance au gniop.
— J'espère bien ^e la ville nons indemnisera? dit Dutercy.
En effet ^ on est sur le quai des Célestins.
— Qu'on la prenne en croupe ! erie le chef d'une voix forte. Qu'est-ce que cela signifie d'être à cette heure dans les décombrss?
Pauline jette un cri , repousse <»ieorge6 , et se précipite à la portière>
— Ouvrée !
Pauline a deviné Thérèse.
La créole est en deuil.
Pauline s'adresse au brigadier. Oette main ûe satin sur ce gant de buffle ^ son geste plus doux que sa voix encore , donneraient de l'orgueil au plus brutal.
— Eh , monsieur , dans ces jours de meurtre , est-^ce que vous n'avez pas perdu quelque anti ?
— Mon frère, madame.
— * Laissez-lui donc pieuvor le sien. Toute l'eau du Rhône n'effacerait pas nos souvenirs de sang comme une larme.
Le brigadier n'a plus d'autorité ni «or aes sddats , ni sur lui-même.
— Et moi , Thérèse , je sors du bal ! dit Pauline en se froissant le yisage avec des sanglots.
Immobile , ce groupe reste sur le quai , scène d'un songe. Six flammes , six tètes caractéristiques , tachées de lumière! et ces chevaux qui regimbent , mais immobiles aussi ; répercussion de silence qui gagne simultanément les êtres disciplinés.
Puis, deux femmes; l'une qui ressemble à la vie , l'autre qui ressemble à la mort.
£t, au-delà, dans l'ombre de sa voiture, caché par ses valets en livrée , l'homme qui d'un mot , comme le destin , peut tout faire évanouir.
Ce que ces femmes se confièrent , nul de nous ne saurait le rendre. C'était un drame sans mouvement , sans voix , sans geste. Les illusions perdues , le présent déshonoré , l'avenir froid et vide, tout passa dans leurs yen/ , s'exprima sur un frisson des lèvres , courut en plis déliés , en ondes , en frémissements sur ces visages. L'amertume, la résignation , les remords s'échangèrent. Une parole ne leur serait venue sur les lèvres qu'avec des cris ; et cette parole aurait apporté des débris du cœur, des morceaux de l'âme....
Tout , autour d'elles , était fasciné , souffrait.
Ces braves soldats, prêts à recevoir , prêts à donner la mort , sentaient leurs artères battre et
se tordre dans ce jeude deuxëlectricitëscontraires.
Combien cela dura-t-il ?
Une seconde ou une heure ?...
L'âme arrête ou précipite à volonté la marche du temps.
Georges qui , souffrait à sa manière , laissa claquer entre ses dents un signe d'impatience furtive.
La fascination fut rompue.
Pauline obéit a l'ordre de Georges en rerenant au marchepied , entre ses valets.
— Adieu , Thérèse f cria-t-elle d'une voix qui brisa toutes les âmes. Tu peux porter glorieusement son deuil ! • • Moi, je traîne le sien et le mien.
Fllf.