‹ Menuiserie descriptiveChapitre 10 sur 70 · DE DIVERS BOIS · texte numérisé non relu

DE DIVERS BOIS

le noyer sont employés dans les meubles beaucoup plus que dans le bâtiment.

Onemploiequelquefois le platane pour les parquetsen point de Hongrie et ceux à bâton rompu; sa qualité est supérieure à celle du hêtre. Le charme est aussi employé, comme le platane, pour les parquets dont on veut varier les couleurs.

De la Force de divers bois.

Je croirais manquer dans cet ouvrage si je ne donnais quelques connaissances de la force du chêne et du sapin, sans donner, d'une manière étendue, des raisons et des principes dont le détail deviendrait trop long. Ainsi , sans entrer dans les détails des calculs algébriques qui ne pourraient aisément être à la portée de tous les ouvriers, je me bornerai seulement à faire connaître plusieurs expériences faites par plusieurs académiciens, qui sont MM. Parent, de Buffbn et Bellidor.

Expériences faites par M. Parent.

Un morceau de chêne d'une moyenne dureté, sec et sans nœuds, de cinq lignes dépais sur six lignes de large, et cinq pouces et demi de long, posé de champ (c est-à-dire le plus large sur les deux côtés , et les deux faces plus étroites dessus et dessous), retenu par un de ses bouts, a soutenu à l'autre bout un poids de 23 livres.

Un autre morceau , pareil en grosseur et double en longueur, posé de champ sur deux points d'appui, un chaque bout, a soutenu dans son milieu un poids de 34 livres et demie.

Un autre morceau, pareil en grosseur et en longueur à celui dont je viens de parler, mais de chêne tendre, et serré par ses deux bouts, a soutenu dans son milieu un poids de 5i livres.

Un morceau de sapin moyennement dur, pareil en grosseur et en longueur au premier morceau de chêne dont j'ai parlé, posé de champ et retenu par un de ses bouts, a soutenu à l'autre bout un poids de 37 liv.

Un autre morceau de sapin , pareil en tout au second morceau de chêne dont j'ai parlé, posé sur deux points d'appui, a soutenu dans son milieu un poids de 68 livres.

Un autre morceau pareil , mais serré par ses deux bouts sur ses

i.8 DE LA FORCE

deux points d'appui, a soutenu dans son milieu un poids de 106 livres.

il résulte de ces expériences que le sapin porte plus lourd que le chêne; et que la pièce de bois qui n'est arrêtée que d'un bout, n'ayant que la moitié de la longueur des autres, et de même grosseur, porte moins lourd. Elle peut être comparée à toutes les pièces de bois que l'on poserait en bascule, comme, par exemple, les traverses des potences, ou autres ouvrages semblables.

Expériences fuites par M. de Bulîbn.

M. de Buffon a fait des expériences sur quatre barreaux de chêne, de trois pieds de long et d'un pouce carré de grosseur, pris au centre de l'arbre, posés horizontalement sur deux points d'appui, un de chaque bout. Le premier morceau pesait 26 onces ~, et a supporté dans son milieu, l'instant avant que de rompre, un poids de 3oi livres; le second pesait 26 onces ^, et a supporté un poids de 289 livres; le troisième pesait 26 onces ~, et a supporté un poids de 272 livres; le quatrième pesait 26 onces ~, et a supporté un poids de 272 livres.

Le même bois pris à la circonférence de l'arbre ( c'est-à-dire le plus •éloigné du centre à côté de l'aubier, sans pour cela avoir aucune partie de l'aubier), les quatre morceaux pareils aux précédons en grosseur et en longueur. Le premier pesait 25 onces ~, et a supporté dans son milieu, l'instant avant que de rompre, un poids de 262 livres; le second pesait 25 onces ~, a supporté un poids de 258 livres; le troisième pesait 2 5 onces fli a supporté un poids de 255 livres; le quatrième pesait 25 onces ~, a supporté un poids de 255 livres.

Quatre pareils morceaux pris tout en aubier, le premier pesait 25 onces ~, et a supporté un poids de 248 livres; le second pesait 24 onces —, et a supporté un poids de 242 livres; le troisième pesait 24 onces et a supporté un poids de 241 livres; le quatrième pesait 24 onces — et a supporté un poids de 240 livres.

Ces expériences prouvent que plus le bois est pesant, plus il est fort.

Autres Expériences , qui prouvent que plus le bois est pris près de sa racine ,

plus il est pesant et fort.

On abat un chêne; on en tire deux solives, chacune de quatre pouces carrés de grosseur, et chacune de neuf pieds de longueur, prises au bout

DE DIVERS BOIS. ig

l'une de l'autre : celle du bas de l'arbre pèse 77 livres, celle du haut pèse 71 livres. La première (celle du bas), posée horizontalement sur deux points d'appui, un de chaque bout, est chargée dans son milieu en 14 minutes; elle ploie de 4 pouces 10 lignes, ensuite elle éclate, elle baisse de 7 pouces 6 lignes, et rompt sous un poids de \,ioo livres. La seconde (celle du haut) est chargée en 1 2 minutes; elle ploie de 5 pouces 6 lignes; ensuite elle éclate, elle baisse de 9 pouces, et rompt sous un poids de 3,95o livres.

Ces expériences prouvent que le bois des branches n'est pas aussi fort que celui du corps de l'arbre.

Expériences de M. Bellidor.

Deux solives en chêne sec et bien sain, chacune de douze pieds de longueur, dont une de aix pouces carrés de grosseur, et l'autre de cinq pouces sur sept pouces de grosseur. Celle de six pouces carrés de grosseur et douze pieds de longueur, qui produit au toisé 3 pieds cubes (supposé peser 60 livres le pied cube), pèsera 180 livres, et portera dans son milieu, étant posée horizontalement sur deux points d'appui , un de chaque bout, et engagée dans les murs, un poids de 16,200 livres. La seconde, celle de cinq pouces sur sept pouces de grosseur, et de même longueur que la première, produit au toisé 5,o4o pouces cubes, pèsera 175 livres, et étant, de même que la première, engagée des deux bouts dans les murs et posée de champ, portera dans son milieu un poids de 18,375 livres.

Ces expériences font voir que les bois destinés à être posés horizontalement pour porter quelque fardeau, doivent être méplats et posés de champ.

Méthode simple et facile (sans employer les calculs algébriques, seulement avec le secours des calculs arithmétiques) pour connaître le poids que peut porter clans son milieu une pièce de bois de chêne sec et sain engagée des deux bouts.

11 faut chercher la superficie d'un des bouts en pouces carrés; puis multiplier cette superficie parle nombre des pouces que la pièce contient en hauteur sur un de ses bouts ; ensuite diviser le produit par le nombre des pieds qu'elle contient en longueur; le quotient servira de troisième terme dans la proportion suivante : 1 est à 900 comme le troisième terme est au

ao DE LA FORCE

quatrième; ce dernier terme donnera le nombre des livres que pourra porter la pièce de bois dans son milieu.

* EXEMPLE

Je suppose une solive pareille à la dernière dont j'ai parlé, d'après les expériences de M. Bellidor, de 12 pieds de longueur, contenant 5 pouces sur 7 pouces de grosseur, posée de champ (c'est-à-dire les deux faces les plus larges sur les côtés, et les deux plus étroites dessus et dessous). Alors la dimension de hauteur est celle de 7 pouces, et la dimension de largeur est celle de 5 pouces. Je cherche la superficie d'un des bouts, en multipliant 7 par 5; le produit me donne 35 pouces de superficie, que je multiplie par la hauteur 7 pouces; ce dernier produit me donne 245 , que je divise par 12 pieds, longueur de la pièce; le quotient me donne 20 ~, Ensuite je pose la règle de trois suivante, 1 : 900 : : 20 T57 : x. Je multiplie le second ternie par le troisième (c'est-à-dire 900 par =<> le produit me donne 18,375, qui est le nombre des livres que la pièce de bois peut porter dans son milieu, l'instant avant de rompre. On peut, en opérant comme pour celle-ci, calculer la force de toutes autres pièces de bois de chêne.

11 est bon de faire connaître'aussi que plus le poids s'écarte du milieu de la solive, plus elle résiste à la pesanteur.

EXEMPLE

En supposant une solive pareille en tout à la précédente, mais ayant son fardeau au tiers de sa longueur (éloigné de 4 pieds d'un des bouts): alors sa longueur de 12 pieds ne compte que comme une longueur de 8 pieds. D'après le calcul de la précédente, le produit de la superficie d'un de ses bouts, par la hauteur, est de 245, qui, au lieu de le diviser par 12 , doit être divisé par 8; le quotient est de 3o f , qui, multiplié par 900 , produit 27,562 livres f, poids que peut porter la pièce de bois chargée au tiers de sa longueur.

Cependant, pour le service il ne faudrait pas charger au poids que l'on calcule la force, parce que. la pièce chargée pourrait rompre et causer des accidens funestes; on peut la charger à moitié du poids sans craindre aucun danger.

Tous ces détails prouvent que les pièces de bois posées horizontalement sont plus fortes, étant d'une forme méplate, qu'étant carrées. 11 n'en est pas de même pour les pièces posées verticalement {d'aplomb);

DE DIVERS BOIS. 2l

leur forme doit être la plus carrée possible, ou ronde, pour quel leur force soit également répartie; il faut que leurs côtés soient également éloignés de l'axe. Une pièce de bois posée debout, et dont la base forme un carré, un polygone ou un cercle, ayant la grosseur proportionnée à la longueur, serait d'une force extrême. Le sapin de bonne qualité, dans cette position debout, est encore plus fort que le chêne. (// est trèsessentiel d'employer des bois secs et sains pour les ouvrages destinés à porter quelque fardeau.)

Examen des Connaissances nécessaires aux Menuisiers.

Après avoir appris par pratique, pendant plusieurs années d'apprentissage, la manière de couper et façonner le bois, d'assembler et de construire les ouvrages ordinaires, les menuisiers ont tous besoin d'apprendre le dessin , prmcipalpment les menuisiers en bàtimens , pour pouvoir exécuter les plans donnés par l'architecte ou tout autre ordonnateur. Le dessin linéaire et le trait leur sont indispensables. La géométrie leur est très-nécessaire, étant le principal élément du dessin linéaire et du trait. Cette science, qui est utile à tous les arts, est pour les menuisiers un guide indispensable et sur.

Les principes d'architecture sont essentiels pour mettre de la régularité dans les décorations.

Page 1