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DES OUTILS NÉCESSAIRES AU MENUISIER

Parmi les différens corps d'état du bâtiment, c'est au menuisier qu'il faut le plus d'outils pour façonner son ouvrage. Pour parler de chaque outil séparément, le détail en deviendrait trop long; je me bornerai aux principaux, figurés planche XXI.

De la Scie allemande. Voyez fig. i.

Le nom de scie allemande donné à cette espèce de scie paraît lui venir de l'Allemagne , où probablement on en fît usage avant qu'elle fût connue en France. La lame de la scie est pareille à celle d'une scie à débiter ou à celle d'une scie à refendre; elle est montée sur deux tourillons mobiles, comme une scie à chantourner, pour pouvoir incliner la lame à volonté; son usage est de remplacer la scie à refendre pour les bois de moyenne épaisseur. Etant montée plus légèrement que la scie à refendre, l'ouvrier fatigue moins, et l'on peut s'en servir sur le côté de l'établi. Sa plus grande utilité est pour tirer de large les parties pleines quelconques après qu'elles sont assemblées.

De la Varlope. Voy. fig. 2.

La varlope est le principal outil du menuisier. Son usage est pour corroyer le bois, et pour dresser les rives des planches ou autres objets que l'on destine à être joints ensemble; en général, pour tout ce qui exige une surface droite. Ordinairement les menuisiers font leurs varlopes euxmêmes. Pour les faire, il faut choisir le bois le plus dur et le plus coulant possible; ses grains doivent être serrés et ses fils droits. Cest le cormier qui est généralement préféré.

La forme ou tournure que l'on donne à la varlope varie selon les pays. Celle qui est représentée fig. 2 est d'une forme flamande; elle est maintenant généralement adoptée à Paris. Autrefois c'était la forme anglaise qui était adoptée. La varlope d'une forme ou façon anglaise était plus épaisse au milieu de la longueur, à l'endroit du fer, que des deux bouts : par cette disposition la varlope était plus solide, vu que l'endroit de la lumière où

NÉCESSAIRES AU MENUISIER. 85 est le fer était renforcé par la plus forte épaisseur du bois (i). La forme PLANCHE ou façon que l'on donne à une varlope ne diminue ni n'augmente sa qua- [XXI. lité ; c'est la qualité du bois de son fût et sa lumière {qui est 1 endroit où le fer est posé) qui rendent une varlope plus ou moins bonne. La pente ou inclinaison que l'on donne au fer rend l'outil plus ou moins dur à pousser: plus la pente ou inclinaison du fer est debout, plus l'outil est dur à pousser, mais il fait moi ns d'éclats ; plus il est incliné, plus il est doux à pousser, mais il fait plus d'éclats. Il faut donc une moyenne à la pente ou inclinaison du fer, pour que l'outil ne soit pas trop dur à pousser et qu'il ne fasse pas trop d'éclats.

A la varlope, au rabot, au guillaume, et aux outils de moulures, la pente du fer doit être moins inclinée, pour éviter les éclats. A la demivarlope et aux bouvets, la pente du fer doit être un peu plus inclinée, pour qu'ils soient plus doux à pousser. Pour régler la pente de la coupe ou inclinaison du fer de la varlope, du rabot , du guillaume, et des outils de moulures, voyez le cercle C, fig. 3. Pour tracer cette coupe, tirez une ligne perpendiculaire {d'équerre) à la rive du dessous de l'outil , à l'endroit où vous voulez la coupe ; décrivez un cercle de la grandeur que vous voulez; divisez le diamètre du cercle sur la ligne perpendiculaire, en trois parties égales : ayant l'ouverture du compas du tiers du diamètre, mettez la pointe du compas sur les extrémités du diamètre, et fixez sur la circonférence du cercle les points i et i ; ensuite tirez une ligne droite du point i au point 2 : cette ligne sera la pente ou inclinaison de la coupe de l'outil.

De la Coupe des demi-varlopes et bouvets.

Pour tracer et régler la pente ou inclinaison de cette coupe, tirez la ligne b, fig. 3, perpendiculaire à la rive du dessous de l'outil; divisez la ligne perpendiculaire en trois parties égales; à chacune des parties des extrémités, formez un triangle équilatéral sur la ligne perpendiculaire; tournez un des triangles d'un côté, et l'autre de l'autre côté de la ligne

(1) La longueur de la varlope est ordinairement de 28 pouces, son épaisseur de 3 pouces, et sa largeur de 2 pouces 8 lignes , pour recevoir un fer de 2 pouces de largeur. Les demi-varlopes sont plus petites : la longueur est de 21 pouces, la hauteur ou épaisseur est de 2 pouces 9 lignes, et la largeur de 2 pouces 3 lignes, pour recevoir un fer de 18 lignes de largeur.

PLANCHE perpendiculaire; des angles 3 et 4 des deux triangles opposés, tirez une XXI. ligne droite : cette ligne oblique marque la pente ou inclinaison de la coupe, laquelle est un peu plus inclinée que la précédente.

Autre manière pour tracer la Coupe des outils à fer double.

Pour surmonter les inconvéniens des éclats, on met un double fer sur le fer coupant, et courbé un peu par le bout, pour qu'il pose parfaitement sur le fer coupant, de manière à ce que les copeaux ne puissent pas s'introduire entre les deux fers. On approche à volonté le fer du dessus , et aussi près du coupant de l'autre que l'on veut : ce second fer empêche les éclats de se faire, même dans le bois le plus à contre- fil, mais l'outil est un peu plus dur à pousser. Pour le rendre plus doux à pousser, on donne un peu plus d'inclinaison au fer. Cette inclinaison ou petite peut être réglée ainsi (voyez la ligne a, fig. 3) : tirez, comme pour les coupes précédentes, une ligne perpendiculaire à la rive du dessous de l'outil; divisez la hauteur du point i au point 2 en douze parties égales; portez onze de ces parties sur la ligne de la rive de l'outil, comme du point 1 au point 3; tirez une ligne droite du point 3 au point 2 : cette ligne oblique sera la pente ou inclinaison du fer de l'outil, que l'on nomme coupe de ï outil, laquelle est plus inclinée que les deux précédentes. On peut mettre la pente du fer de l'outil plus inclinée : l'outil sera plus doux à pousser, mais il faudra, pour éviter les éclats, approcher plus près du coupant le fer double du dessus , et le fer coupant aura besoin d'être affûté plus souvent. Autrefois que l'on ne faisait pas usage d'outils à fer double, comme à présent, pour replanir et polir la surface de l'ouvrage, lorsque le bois était à contrefil , on se servait du rabot à dents. Cette espèce de rabot avait le fer cannelé dessus du bout coupant; ces cannelures formaient des dents au tranchant qui empêchaient les éclats. Après le rabot à dents on se servait, pour polir la surface de l'ouvrage, du rabot debout, lequel avait la pente du fer très-peu inclinée; à présent on se sert encore du guillaume debout pour polir la surface des ravalemcns ou feuillures. En général, pour tous les outils à simple fer, pour qu'ils ne fassent pas d'éclats, il faut que la pente du fer ne soit pas beaucoup inclinée.

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