EN GÉNÉRAL
compte maintenant cinq, dont, chacun forme une classe d'ouvriers assez nombreuse; le premier, sont les menuisiers en bàtimens et ne font que les ouvrages du bâtiment; le second, sont les menuisiers ébénistes, qui font les meubles en bots étrangers et français, plaqués sur des bois français; le troisième , sont les menuisiers en meuble^ , qui ne font que des meubles en bois français ou étrangers, mais sans plaqués ; le quatrième, sont les menuisiers en curasses (ou en voitures), qui ne font que des caisses de berlines ou cabriolets, et autres voitures suspendues; le cinquième, sont les menuisiers mécaniciens ou menuisiers en mécaniques , qui ne font que des mécaniques de toutes espèces. Ces cinq corps différens ont pris naissance dans le corps des menuisiers en bàtimens; il en est resté toujours le plus considérable; les principes sont les mêmes entre eux, il n'y a que les différentes sortes d'ouvrages qui les distinguent les uns des autres.
Des Buis employés dans la menuiserie.
Les menuisiers emploient presque toutes les espèces de bois que produit le sol français , et même aussi des bois étrangers ; dans la menuiserie des bàtimens, ceux dont on fait le plus usage sont: le chêne, le châtaignier, le hêtre, le noyer, le sapin , le tilleul , le peuplier et le tremble; on distingue ces diverses sortes de bois en deux classes : la classe des bois durs et la classe des bois tendres. Le chêne, le châtaignier, le hêtre et le noyer font partie de la classe des bois durs; le sapin, le tilleul, le peuplier et le tremble font partie de la classe des bois tendres.
Les bois étrangers sont rarement employés dans la menuiserie des bàtimens ; quelquefois on emploie l'acajou et l'amaranthe pour des ouvrages de luxe.
ÀParis, dans les ouvrages de bàtimens, on n'emploie guères quelechêne et le sapin; le châtaignier est si rare, que l'on ne le distingue pas du chêne. On emploie quelquefois le peuplier ou le tremble, pour faire des panneaux, en place de sapin , mais ce n'est que pour des ouvrages trèslégers; le sapin est préférable par sa durée et sa force, qui sont supérieures à celles du peuplier et du tremble.
Du Chêne de Champagne.
Le chêne de Champagne, que l'on emploie à Paris, est débité de diverses
dimensions, que l'on nomme dans le commerce , échantillons , auxquels on donne à chacun un nom particulier.
Celui débité depuis six jusqu'à neuf lignes d'épaisseur sur huit à neuf pouces de largeur, se nomme feuillet; on le nomme aussi panneau, à cause que cet échantillon n'est guèrcs employé qu'à faire des panneaux.
Celui débité depuis dix jusqu'à treize lignes d'épaisseur sur huit à neuf pouces de largeur, se nomme entrevoux ou bois de pouce.
Celui débité depuis quinze jusqu'à dix-huit lignes d'épaisseur sur huit à neuf pouces de largeur, se nomme planche ou bois de quinze lignes; c'est cet échantillon qui sert de base pour le prix des autres échantillons.
Celui débité à vingt-et-une lignes d'épaisseur sur huit à neuf pouces de largeur; cet échantillon n'a pas de nom particulier, on le nomme planche ou bois de vingt-et-une lignes , et planche de dix-huit lignes quand elles n'ont que dix-huit lignes d'épaisseur.
Celui débité dopuis deux pouces jusqu'à deux pouces et demi d'épaisseur sur onze pouces et demi à douze pouces de largeur, se nomme doublette. Le nom de doublette à cet échantillon lui vient de ce qu'd se compte dans le commerce le double de celui de quinze lignes d'épaisseur.
Celui débité depuis quatre pouces jusqu'à quatre pouces et demi d'épaisseur sur onze pouces et demi à douze pouces de largeur, se nomme battant de porte cochère, à cause qu'il n'est guères employé qu'à faire des battans de porte-cochère. Cet échantillon se compte dans le commerce quatre fois celui des planches de quinze lignes d'épaisseur. Les bois débités en planches de plus grandes dimensions que les échantillons dont je viens de parler, se nomment tous en commun madriers.
Il est encore deux échantillons débités plus carré , c'est-à-dire moins méplat; ils se nomment chevrons et membrures.
Le chevron ordinaire est débité à trois pouces d'épaisseur sur trois pouces à trois pouces et demi de largeur , et se compte dans le commerce au même prix que l'entrevoux.
Il y a aussi un autre échantillon de chevron qui est plus fort que le précédent; il est débité à trois pouces et demi d'épaisseur sur trois pouces trois quarts à quatre pouces de largeur; cet échantillon est assez rare et se vend le même prix que la planche de quinze lignes.
La membrure est débitée à trois pouces d'épaisseur sur cinq pouces et demi à six pouces de largeur, et se vend le même prix que la planche de quinze lignes.
EMPLOYÉS DANS LA MENUISERIE. 9 Tous ces échantillons dont je viens de parler sont de différentes longueurs, depuis six pieds jusqu'à douze pieds, et se comptent dans le commerce au cent de toise. C'est , comme je l'ai déjà dit, la planche de quinze lignes d'épaisseur qui sert de base et d'unité aux prix. Ce bois est transporté, de la Champagne à Paris, par trains qui flottent sur la Marne ; par conséquent il est flotté, ce qui ne lui ôte rien de sa bonne qualité, seulement il est plus désagréable à travailler, par les grains de sable qui se sont attachés à sa surface en flottant; on peut l'employer à toutes sortes d'ouvrages, à l'extérieur comme à l'intérieur des bàtimens, principalement pour les bâtis; ses fils étant assez droits et très-serrés lui donnent de la solidité pour les assemblages. On peut aussi l'employer pour faire des panneaux, quand il est bien sec. Le feuillet qui a flotté fait de très-bons panneaux, surtout quand il se trouve débité dans le sens des mailles, ce qui est d'une grande importance pour la solidité des panneaux. Etant ce que l'on appelle débité sur mailles, il est moins sujet à se cofïiner et se retire moins. Les mailles du. chêne sont des espèces de ligamens placés transversalement , qui retiennent et lient les couches de ses fils ensemble. Une planche débitée sur mailles se fend difficilement, tandis que celle qui est débitée dans le sens contraire se fend souvent d'elle-même à Pair. Les mailles ont encore l'avantage de la beauté; les nuances qu'elles produisent sont très-agréables à l'œil par leurs couleurs transparentes et brillantes.
Généralement le chêne de Champagne est d'une bonne qualité , tant sous le rapport de la durée que sous celui de la solidité.
Du Chêne de Fontainebleau.
Ce chêne est supérieur à celui de Champagne pour la beauté; son grain étant plus gras et plus tendre le rend plus doux à le travailler; mais il a moins de durée, surtout étant placé à l'extérieur; ses planches ont le défaut d'être souvent gercées au cœur, et d'être percées de trous de vers qui ont jusqu'à neuf lignes de diamètre : ces sortes de vers les rongent avant d'être abattus. Les trous de ces vers et les gerçures font éprouver un grand déchet dans les planches; alors son meilleur emploi est pour cadres ou moulures. Son débit est par échantillons semblables à ceux du chêne de Champagne , et se compte dans le commerce au cent de toise de planches. C'est la planche débitée à un pouce d'épaisseur sur neuf pouces de lar-
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geur, et de six pieds de longueur, qui sert de base et d'unité. Tous les échantillons sont réduits au prix du cent de planches de six pieds, qui produit cent toises linéaires {ou toises courcmtes) de planches.
Du Chêne des Vosges.
Les Vosges nous fournissent un très-beau bois de chêne, propre aux ouvrages élégans delà décoration des appartemens; il surpasse le chêne de Fontainebleau pour la beauté, et réunit la solidité. Sa durée, dans un endroit sec , égale celle du chêne de Champagne. Son grain est gras et très-doux à travailler; il est un peu plus poreux que celui de Fontainebleau. Sa couleur est belle, il n'est pas sujet aux défauts autant que les deux autres espèces de chêne dont je viens de parler. On peut l'employer aux bâtis, cadres ou panneaux. Néanmoins, pour des ouvrages destinés à porter quelques fardeaux , le chêne de Champagne est préférable; son meilleur usagée t pour des panneaux. On peut dire que, pour faire un ouvrage qui puisse réunir à la fois la solidité, la beauté et la durée, il faut le composer de bâtis de chêne de Champagne , cadres ou moulures de chêne de Fontainebleau, et panneaux de chêne des Vosges. Un ouvrage construit de cette manière étant poli à la cire ou au vernis, doit réunir toutes les qualités désirables. Dans le commerce , ce bois se vend de même que celui de Fontainebleau ; il n'y a qu'un prix pour tous les échantillons, qui sont tous réduits au cent de toise de planches d'un pouce d'épaisseur sur neuf pouces de largeur. Ce bois est débité par des moulins , ce qui le rend plus droit que les précédens, et n'est pas flotté; alors il n'a pas le désagrément d'être graveleux.
Du Chêne de Hollande ou du Nord.
Ce bois se compte, dans le commerce, de même que celui de Fontainebleau et celui des Vosges; son prix est plus élevé que celui des autres; il passe pour être le supérieur, en réunissant en lui toutes les bonnes qualités des précédens. Les uns prétendent que cette espèce de chêne vient des forêts du Nord, voisines des côtes, que les Hollandais vontles chercher dans ces pays, et le transportent en Hollande en grume, où ils le font débiter sur mailles, avec beaucoup de soins, par leurs scieries mécaniques, ce^qui occasionne beaucoup de déchet, et les échantillons plus étroits. D'autres
EMPLOYÉS DA?vS LA MENUISERIE. m prétendent aussi que les Hollandais viennent le chercher dans les Vosges, le transportent en grume en Hollande, et, après l'avoir laisse pendant quelque temps sous les eaux dans leurs canaux, ils le débitent sur mailles, comme je l'ai dit ci -devant. Alors le séjour qu'il passe dans les eaux, lui donne de la qualité en rendant son grain plus serré et moins poreux, se tourmentant moins et offrant plus de solidité et de durée. Néanmoins sa principale qualité lui vient de son débit sur mailles , qui , comme je l'ai dit en parlant du chêne de Champagne, est une qualité très-importante, qui donne de la beauté et de la solidité ; cependant il y a un petit défaut , car il est presque impossible de rendre la surface d'un panneau sur mailles exactement unie , tels soins que l'on prenne à faire couper le rabot, il coule toujours un peu sur la maille, qui est beaucoup plus dure que les parties qui l'entourent, et l'endroit de chaque maille reste un peu plus élevé. Si on emploie le ràcloir pour le polir, c'est pire qu'avec le rabot. Lorsque le Lois est couvert d'une faible épaisseur de peinture et vernis, le transparent du vernis fait apercevoir les mailles du bois , qui paraissent un peu saillantes. Malgré ce défaut, ou doit tojours préférer le bois sur mailles, rapport à ses bonnes qualités. Les anciens avaient très-bien connu l'avantage du bois sur mailles, puisque, pour leurs panneaux, ils ne faisaient usage que des planches refendues au coutre , et sur mailles. L'on voit encore aujourd'hui la preuve dans les panneaux des vieux lambris. Il paraît que ce genre de débit a été supprimé pour économiser le bois et la main-d'œuvre aie travailler. Néanmoins on l'emploie encore maintenant pour faire les petites planches destinées à faire des panneaux de parquets en feuilles, que l'on nomme bois merrain (ou, en termes d'ouvriers, cresson ou courson). Ces petites planches portent de neuf à quinze lignes d'épaisseur sur six à huit pouces de largeur, et douze à quinze pouces de longueur; leur qualité d'être fendues au coutre, suivant les fils du bois et sur mailles, est indispensable pour faire de bons panneaux de parquets en feuilles.
Du Chêne du Bourbonnais.
Ce bois nous vient du ci-devant Bourbonnais. Celui que l'on transporte à Paris n'est guères débité que de deux échantillons, dont le premier est composé de planches débitées depuis un pouce jusqu'à quatorze lignes d'épaisseur sur huit à neuf pouces de largeur, et de diverses longueurs,
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depuis quatre pieds jusqu'à douze pieds, quelquefois plus, mais rarement. Le second échantillon est composé de planches débitées depuis quinze jusqu'à vingt-deuxlignes d'épaisseur, sur neuf à dix pouces de largeur, et, de même que le premier, de toutes longueurs. On trouve quelquefois des chevrons, des membrures et des doublettes, mais assez rarement. En général, ce bois est très-mal scié; on peut trouver dans la même planche douze et vingt lignes d'épaisseur d'un bout à l'autre. Cette espèce déchois offre un avantage par ses diverses longueurs et épaisseurs, qui évite d'avoir une grande quantité pour être assortis; mais il a beaucoup de défaut : son mauvais débit occasionne plus de déchet et plus de main-d'œuvre pour le travailler, en outre il est noueux, dur, difficile à travailler, défectueux, et se tourmente beaucoup; il est naturellement beaucoup chargé d'aubier, qui se décompose entièrement et tombe en poussière dans l'espace de deux à trois années ; et si on n'a pas le soin d'extraire l'aubier du bon bois, ses vers entrent dans le bon bois, et le perdent quelques années après. Si on l'emploie pour des ouvrages placés dans des endroits humides, il se pourrit; dans des endroits secs il se pique; c'est pourquoi il est rebuté dans la menuiserie des bâtimens; aussi il est le meilleur marché de toutes les espèces de chêne. On ne doit employer cette espèce de chêne que pour des ouvrages grossiers , et auxquels on ne tient pas à une longue durée.
Du Châtaignier.
Le châtaignier possède toutes les bonnes qualités du chêne pour les ouvrages de menuiserie; mais il est si rare, surtout à Paris , que le peu qu'il en vient de la Champagne on ne le distingue pas, et se trouve confondu avec les planches de chêne. Il est naturellement plus doux à travailler que le chêne; sa couleur est semblable à celle du chêne; ses mailles sont plus petites; ses pores sont placés avec un peu de ressemblance au frêne. On peut l'employer à tous les ouvrages de menuiserie. On prétend que la vermine ne s'y attache jamais. Autrefois cette espèce de bois était beaucoup plus commune; nous voyons encore presque toute la charpente des combles de nos anciens édifices construite en châtaignier.
De l'Acajou.
L'acajou est un bois étranger; il nous vient des îles de l'Amérique. Le
EMPLOYÉS DANS LA MENUISERIE. i3 plus estimé est celui de Saint-Domingue; sa couleur est rouge. Les menuisiers en bâtimens n'emploient l'acajou que dans les riches appartenons, pour être alors poli à la cire ou au vernis; mais comme ce bois est trèscher, souvent on le débite en feuilles minces que l'on nomme placages, et que l'on colle sur d'autres bois français. Cet emploi n'est pas la partie des menuisiers en bâtimens, c'est la partie des ébénistes. Lorsque les menuisiers en bâtimens en font usage, ils l'emploient comme ils emploieraient le chêne, massif, sans le plaquer. Ce bois se vend en madriers de diverses dimensions , et se compte au centde livres ou de kilogrammes (i); son prix est très-variable, surtout à Paris : il varie depuis quarante jusqu'à trois cents francs le cent de livres , suivant qu'il est plus ou moins rouceux.
Des bois de Sapin.
La qualité du <;apin varie , de même que celle du chêne , suivant le pays d'où il vient. A Paris, on en distingue quatre sortes employées dans la menuiserie des bâtimens , qui sont ; le sapin du Nord , le sapin de Lorraine , le sapin d'Auvergne et le sapin de bateaux.
Du Sapin du Nord ou Sapin rouge (dit Sapin de Hollande).
Le sapin du Nord , qui est de couleur rouge , est la première qualité de tous les sapins, par sa beauté, sa douceur à le travailler, sa solidité et sa durée , qui est supérieure à tous les autres sapins. Pour les ouvrages de bâtiment, c'est le meilleur bois après le chêne ou îe châtaignier. Il résiste à l'humidité plus que le chêne de mauvaise qualité. On peut l'employer pour les assemblages ; il se coupe bien et fait de bons assemblages. Cette supériorité lui vient premièrement de sa qualité naturelle ; secondement de ce qu'il n'est pas saigné avant d'être abattu , comme les sapins de France. La matière résineuse qu'il contient rend ses pores plus pleins, les nuances de ses veines plus belles, lui donne de la solidité , et plus doux à travailler. Ses pores étant remplis d'une matière indissolvable à l'eau sont moins spongieux, et pompent moins l'humidité, par conséquent il est moins sensible aux changemens de temps que les autres sapins. On
(i) Le kilogramme pèse deux livres.
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peut l'employer à l'extérieur comme à l'intérieur. Son nom de sapin du Nord , qui paraît le plus naturel , lui vient de ce qu'il est tiré des contrées du Nord , principalement de la Norwége : les Hollandais vont le chercher dans ce pays par mer, le transportent en Hollande , où ils le font débiter par leurs scieries; ensuite ils le transportent pnr mer dans nos ports, où ils le vendent aux marchands français : quelquefois ils le transportent directement de la Norwége dans les ports de France, où ils le vendent sans être débité; alors les marchands français le font débiter.
Il y a une autre espèce de sapin qui vient aussi du Nord , qui est blanc sans aucune veine rouge; la qualité de cette espèce de sapin est inférieure à celle du sapin dont les veines sont un peu rouges. On distingue ces deux sortes de sapins du Nord par sapin rouge et sapin blanc. La plus grande partie de ce sapin , qui vient à Paris , est débité en madriers de trois pouces d'épaisseur sur huit pouces de largeur, et de toutes les longueurs, jusqu'à vingt à vingt-quatre pieds , et se vend au cent de toises linéaires ( ou courantes).
Du Sapin de Lorraine.
Ce sapin , que l'on emploie à Paris, est flotté. Il arrive à Paris sur plusieurs rivières ou canaux, par trains qui flottent dans l'eau; c'est ce qui lui donne un peu de gravier à sa surface , qui est désagréable pour l'ouvrier qui e travaille. Ce sapin étant débité par des moulins, est oit ; la longueur des planches est de onze et douze pieds ; la plus grande partie ont douze pouces de largeur et un pouce d'épaisseur; le feuillet a les mêmes dimensions en longueur et largeur, et n'a que six à huit lignes d'épaisseur; il se compte dans le commerce au cent de planches , réduites à huit pouces de largeur sur onze pieds de longueur. Ce sapin est le plus beau après celui du Nord, mais il est moins solide et offre moins de durée; il est dépourvu de sa matière résineuse par les saignées qu'on lui a faites, qui diminuent sa qualité en laissant ses pores vides et spongieux : cela le rend aussi plus léger, plus facile à sécher, et prend mieux la colle; mais il est plus rude à travailler, surtout ses nœuds qui sont d'une dureté excessive.
Du Sapin d'Auvergne.
Les planches de sapin d'Auvergne portent ordinairement douze pieds de longueur, douze pouces de largeur et quinze lignes d'épaisseur. Cet
EMPLOYÉS DANS LA. MENUISERIE. i5 échantillon se nomme sapin de quinze lignes, on forte qualité. Il y a aussi un échantillon qui a deux pouces à deux pouces et demi d'épaisseur, sur douze pouces de largeur et douze pieds de longueur, quelquefois plus, mais rarement. Cet échantillon se nomme madriers , et se compte pour deux planches de quinze lignes d'épaisseur. Le sapin d'Auvergne est saigné et flotté , de même que celui de Lorraine ; sa qualité est un peu plus dure et ordinairement plus noueux.
Du Sapin de bateaux.
11 n'y a guères qu'à Paris où l'on fait usage de cette espèce de bois, qui provient des déchirages de bateaux. Les planches sont de diverses dimensions; leur épaisseur varie depuis six lignes jusqu'à trois pouces; leur largeur varie depuis six pouces jusqu'à dix-huit pouces , et leur longueur varie depuis trois pieds jusqu'à soixante pieds. La dimension de deux à trois pouces d'épaisseur, sur douze à dix-huit pouces de largeur et cinquante à soixante pieds de longueur, se nomme plat-bord , et se vend à la paire. Le reste se vend à la toise superficielle. Ce bois est naturellement très-défectueux; les planches sont percées de beaucoup de trous formés par les chevill s qui les tenaient attachées au pourtour du bateau ; elles ont aussi le défaut d'avoir dedans beaucoup de pointes de clous, principalement sur les rives, ce qui rend la main-d'œuvre plus longue et désagréable ; c'est pourquoi l'emploi le plus avantageux que l'on peut faire de ce bois est pour les ouvrages bruts. Il y a aussi du chêne de bateaux , qui a tous les défauts du sapin , et que l'on n'emploie gueres qu'à faire des cloisons de caves ou des planches à bouteilles.
Du Tilleul.
Le tilleul est la meilleure de toutes les espèces de bois tendres , tant sous le rapport de la solidité que sous celui de la durée. Il est très-doux à travailler, bon pour les bâtis et pour les panneaux; les moulures sont faciles à pousser. Son principal emploi est pour les objets destinés à être sculptés. Cette espèce de bois est rarement employée à Paris dans le bâtiment; le peu qu'il en vient est employé par les sculpteurs pour les bordures , cadres et autres ouvrages d'ornement.