I - raisons
Voici le résumé de l'explication de M. Babinet : M. Babinel a vu des tables tourner, et il admet que plusieurs personnes imposant leurs mains sur
une table, la table, m boni d'un certain temps se fflél
à tourner avec une telle rapidité, que ce mouvement est capable de vaincre de puissants obstacles, et même de briser ses pieds si on l'arrête violemment.
Je ne crois altérer en rien l'aveu de M. Babinet.
— Eh bien ! dit M. Babinet, c'est tout simple :
La volonté agit au moyen des nerfs sur les muscles et produit des petits mouvements insensibles ; — or, c'est au moment où un mouvement se détermine qu'il a le plus d'énergie et de vitesse.
Je ne crois pas changer non plus ici le raisonnement de M. Babinet.
Il ajoute des exemples :
Un homme a donné à telle époque un coup de poing sur la tempe à un autre homme, et il l'a tué net ; — cependant le poing, au moment du coup, n'était séparé de la tête que par un espace égal à sa propre épaisseur. — Le coup de poing le plus dangereux est un coup de poing à bras raccourci.
Je me permettrai d'adresser à M. Babinet quelques modestes observations: si le coup de poing sur la tempe a tué l'homme, ce n'était pas parce que le poing était près de la tempe au départ, — c'était quoiqu'il en fût près, — et le coup que je me rappelle très-bien fut précisément à cause (Te cela jugé trèsextraordinaire.
Un coup de poing à bras raccourci n'est si puissant qu'à condition que le bras se détendra jusqu'au point où les os et les muscles s'arc-boutant se prêteront mutuellement le plus d'appui.
Le coup ne sera pas d'autant plus fort que le bras aura été moins détendu. Si M. Babinet croit cela, M. Babinet se trompe ; — je ne crains pas d'affirmer que tous les boxeurs seront de mon avis.
Il n'est pas exact non plus de dire que c'est du moment où un mouvement se détermine qu'il a toujours le plus d'énergie et de vitesse.
De vitesse, oui, si vous entendez par là qu'on a plus vite mesuré un petit espace qu'un grand. — Mais quand deux lutteurs s'empoignent et s'enfoncent les doigts dans les muscles, la pression va en augmentant d'intensité pendant un certain temps, et ce nrest pas du tout au moment de la prise qu'elle a le plus d'énergie.
M. Alcide Babinet prend une autre comparaison dans l'exercice de l'épée et il dit: Les petits mouvemenls sont [es plus redoutables.
On n'entend pas, monsieur Babinet, par petits mouvements des mouvements faibles, car la \itesse qui esl la meilb ure des bolU s secrètes, ne peul s'acquérir sans beaucoup de force. Nous ne nous enten-
dons pas sur les petits mouvements, monsieur Babinet. Voulez-vous parler de l'attaque ? Il est évident que, si au lieu de passer tout contre l'épée de votre adversaire , la vôtre décrit une sorte de cercle , elle aura besoin de beaucoup plus de temps pour l'atteindre et lui en donnera beaucoup plus pour parer. Voulez-vous parler de la défense ? On vous recommande dans certains cas de parer au moyen d'un cercle étroit. — En effet, il s'agit de rencontrer et de ramasser une épée dont vous ne savez pas la marche, mais qui doit nécessairement passer dans le cercle. Or, pour le mieux possible, pour que votre épée fût certaine de rencontrer l'autre, il faudrait qu'elle formât ce cercle qu'elle ne peut que décrire, c'est-à-dire qu'elle se trouvât à la fois sur tous les points de ce cercle. — Si vous faites le cercle trop large, pendant que vous décrirez la partie supérieure du cercle, l'épée de l'adversaire peut parfaitement passer en bas. — Il s'agit de décrire un cercle pendant le temps que l'autre épée peut mettre à porter un coup droit. — Il est évident que plus votre cercle sera étroit, plus vous aurez de chance de le parcourir dans le moins de temps possible. Parlez-vous d'autres cas.— d'un battementd'épée, d'un dégagement, etc.? — On ne vous dit jamais de donner de petits coups,
mais de les donner avec tenue, de façon que votre épée ne soit pas entraînée hors de la ligne où elle doit vous protéger.
Tout cela ne rentre pas du tout dans la théorie de AI. Babinet. — Si l'adversaire s'engageait à ne pas tromper le mouvement, on dérangerait bien mieux son épée en frappant fort. — Je n'ai pas fait l'injustice de prêter à M. Babinet l'opinion qu'il s'agirait de la pointe, et que c'est en ce sens qu'il se figure que les petits coups sont les plus dangereux.
M. Babinet, qui est décidé à prendre ses arguments dans le sport, prétend qu'on court d'autant plus fort qu'on fait les pas plus courts.
Ici AI. Babinet se trompe; — je suis cependant de son avis sur les deux figures d'ilippomcne et d'Atalante; les deux coureurs allongent un peu Irop le pas ; mais ce n'esl, pas une raison pour croire qu'on ne saurait foire les pas trop courts comme le pense • ,. Babinet. La question est de combiner son équilibre de façon à disposer du plus de force possible, si voua faites les pas trop longs, nous n'êtes plus
il';. plomb, mata si \<»us les Tuiles tellement courls
qu'ils ne mesurent que la moitié de ceu* de Notre adversaire, il est plus que douteux que voua puis-
siez en faire deux, et un peu davantage pendant qu'il en fera un.
M. Babinet se trompe dans tous ses exemples, parle sens absolu qu'il veut leur donner. Selon lui, la première moitié d'un coup de poing serait plus forte, non-seulement que la seconde, ce qui pourrait être vrai dans certains cas, mais même que la seconde, plus la première, ce qui est absurde.
Selon lui, plus un mouvement est faible, plus il a d'action, ce qui n'est pas plus raisonnable.
Mais M. Babinet se trompe encore dans l'application qu'il fait de ces exemples.
En effet, M. Babinet veut-il dire que ceux qui font tourner les tables trichent? — Il n'y avait pas besoin alors de développer sa théorie des petits mouvements.
Non, M. Babinet veut parler de la pression que peuvent exercer des mouvements involontaires et insensibles pour ceux qui les font.
Eh bien, les petits mouvements de l'épée sont parfaitement volontaires et parfaitement raisonnes. 'Le coup de poing qui tua un homme était très-volontaire, très-parfaitement appliqué où il devait l'être pour tuer.
L'illustre jument Éclipse dont parle M. Babinet,
qui parcourait seize cent dix mètres par minute, en se mettant la tête entre les jambes, et en mesurant la succession des sauts qui forment le galop, n'agissait pas non plus sans le faire exprès : elle cherchait et trouvait la meilleure répartition de sa pesanteur et de ses forces.
Ce ne sont pas là des mouvements involontaires ni qui puissent échapper à l'œil des spectateurs. — Qu'il y ait illusion ou fourberie, ce sont des mouvemcnlscombinés pour produirele plus d'effet possible.
Or, M. Babinet prétend-il que lui-même, avec les superbes biceps dont je dois le supposer pourvu, fera mouvoir aussi facilement une table pesante avec le mouvement insensible et invisible de ses muscles, que si, mettant son habit bas, empoignant la table des deux mains, se penchant jusqu'à un certain angle, il employait visiblement tontes ses forces a la faire tourner?
Peut-être encore M. Babinet est-il une exception, dans h; genre de ce personnage d'un conte de fée, qui courait si rapidement que Lorsqu'il voulait attraper UD lièvre, il se liait les jambes, de peur de !< dépasser à la course.
Si m. Babinet esl un homme tellement vigoureux
que ses mou veiimnls complets brisent les tables et
les réduisent en sciure de bois, il fait bien de n'employer qu'une partie de sa force , mais une exception ne prouve rien et n'infirme pas une règle.
Le commun des martyrs, moi, par exemple, je maintiens qu'en employant toute ma force, sans subterfuge, visiblement, j'aurais peine à faire tourner aussi rapidement qu'elle tournait la table que j'ai vue tourner chez Gudin, sous la pression de huit petits doigts;
Que je ne le ferais pas du tout d'une seule main, et que je l'ébranlerais à peine si je devais ne faire que des mouvements invisibles pour les spectateurs.
M. Babinet oublie deux points dans ce qu'il appelle son explication.
Le premier est celui-ci :
Pour que le mouvement de la table résultât d'un commencement de mouvement formé d'accord par les personnes qui entourent la table, il faudrait qu'on eût décidé d'avance dans quel sens celte table tournerait. Eh bien, c'est ce qui n'a presque jamais lieu. Le plus souvent, au contraire, la table paraît hésiter et osciller en divers sens avant de se décider.
Le second point est celui-ci :
Si des rudiments de mouvements suffisaient, il arriverait qu'un homme seul finirait, en y mettant
un peu plus de temps, par faire tourner une table.
Je ne crois pas que cela ait réussi une seule fois.
Il est donc clair pour moi que la science ne sait pas.
Je ne crois pas à la sorcellerie ni à l'influence du démon.
Je ne crois pas à l'adresse ni à la fourberie, du moins dans la seule expérience à laquelle j'aie assisté.
Je ne sais pas.
("était bien plus commode à dire pour M. Babinet, qui au fond est un vrai savant cl qui sait réellement tant de choses, que pour moi qui suis relativement à lui un ignorant.
Il y a une raison, mais je ne la sais pas, et M. Babinetne la sait pas non plus.
Je vous ai parlé un peu longuement des tables tournantes : c'est qu'elles font tourner plus de têtes qu'on ne le émit, surtout depuis que certains évoques oui reconnu ce prodige, e! l'ayant attribué au diable,
on t fait de I,i ffhofte une soi le de seele qui a ses
fidèles et ses cagots, comme je l'avais prédit