UN AUTRE
La carotte à détruire à moi me fut donnée.
i \ AUTRE.
Et moi, je mets la betterave à mort.
tous ensemble, en chœur, sur un air de lf'cbcr.
On vous reprendra tout — hommes, excepté l'or Pour lequel fut par vous la terre abandonnée. Hommes, de vos malheurs stupides artisans, Qui méprisez le sol, la sainte agriculture,
Et du beau nom dn paysans, Dans vos villes de boue, avez f ail une injure, Ne fouillez plus le sol que pour chercher de l'or ! Et, dans cent ans, réduits aux misères extrêmes, Vous ii'huivz plus a manger que vous-mêmes. Sauvages, Mohicans, peut-être pis encor, Vous donnerez un but à vo guerres i bête Celui de conquérir vos propre, côtelettes.
Alors je m'éveillai en sursaut, et je restai, quoique éi eillé, effi ayé h très préoccupé.
il est très-vrai que l'homme graduellement s'éloigne de la nature ; qu'un agriculteur qui a trois
fils garde avec lui le moins intelligent, et jette les deux autres sur les chemins encombrés, et le plus souvent sans issue, de deux ou trois professions dites libérales.
Et qu'est-ce donc, grand Dieu ! que l'agriculture? Est-il une profession plus noble que celle qui vous met en relations directes et perpétuelles avec la nature?
En est-il une plus libre et plus belle que celle qui ne vous fait dépendre que du ciel et de Dieu?
Oui, la Providence pourrait s'irriter à la fin de notre folie, et nous livrer, en détournant les yeux, à nos erreurs, à notre avarice, à nos passions, c'està-dire à. tous les diables de l'enfer; — elle pourrait nous reprendre ces bienfaits que nous dédaignons, — et, peuple Midas que nous sommes, nous condamner au sort du Midas de la fable.
îl y a des gens qui vont prendre tout ce que je viens de dire pour une plaisanterie, un jeu d'esprit, un paradoxe, un acrostiche, un rébus; lant mieux : ceux-là, douaniers de l'erreur, n'empêcheront pas de passer la vérité, qu'ils ne reconnaîtront pas, et elle arrivera à ceux qui l'aiment et qui la comprennent.
Peut-être aussi faut-il un peu excuser les habitants des villes, qui ne connaissent la terre qu'à l'état de boue, et croient que la terre, c'est le macadam des boulevards.
Dans l'entraînement de la discussion, on fait parfois d'étranges omissions. Je lis dans un journal une longue dissertation sur des changements à apporter à l'orthographe, et l'auteur de cette dissertation, pour montrer que cette révolution est facile, cite l'exemple du roiChilpéric, qui voulut introduire quelques signes nouveaux dans l'alphabet franc, et il termine en disant : « Cette réforme eut un plein succès. »
Cet écrivain, dont j'ignore le nom, oublie un détail : c'est que ledit Chilpéric condamna tous ceux qui ne se conformeraient pas a son édit à rire essorillés, c'est-à-dire à avoir les oreilles coupées, et que deux maîtres d'école qui avaient opposé quelques raisons eurent en réalité les oreilles coupées. — Chilpéric lit en cela ce que nous faisons tous : nous déclarons trop longues les oreilles qui neveulent pas nous entendre.