‹ Menus propos; mélanges philosophiquesChapitre 22 sur 32 · ENSEMBLE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE

C’est nous qui corrompons et qui poussons à bout Mainte jeune beauté, qui, subitement tendre,

Trouve aimable et joli le plus vieux sapajou.

Cassé, chauve, hideux, — et ne peut s’en défendre,

Quand chez elle un beau jour il uous a fait descendre.

Tel le cheval de Troie (il n’était qu’en sapin,

Abiete costas % excusez le latin), '

Sitôt qu’il fut entré dans les murs de la ville Rendit au vieux Priant la défense inutile.

— Notre comparaison peut clocher un peu ; — car Lorsqu’il nous fait entrer chez une pauvre fille,

Il n’est pas démontré que ce soit par un art *

Que la sage Minerve ait appris au vieillard.

Vous croyez peut-être que je fus très-étooné. — Eh bien 1 non,' il y a déjà quelque temps que je ne m’étonne plus. — D’ailleurs je me doutais un peu de ce que m’apprenaient les voix. Je compris seulement que j’étais au sabbat des diables de bois, et je murmurai ces deux vers fatidiques et chevillés en bois, qui valent bien ceux de plusieurs académiciens, — que la postérité conservera en spirale autour des mirlitons :

Si vous êtes dn bois dont on fait les esprits,

Tournez, tables, tournez — à nos regards surpris.

Et trois tables se mirent à tourner en chantant :

1 Instar montis equum , divinâ Palladis arte, i

Ædificant, scctâcpte intexunt abiete costas.

Par l’art de la divine Minerve, ils bâtirent un cheval grand comme une montagne, et coupèrent ses flancs dans le tronc des sapins. {Enéide, liv. II.)

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