TROISIÈME TABLE
Moi qui porte à mon centre une petite roue,
Moi qui suis vêtu de drap vert,
Je suis, moi, le démon de la table où l’on joue,
Où bien plus que l’argent souvent l’honneur se perd.
Et les trois tables se mirent à tourner, à valser, à polker, à rédower, à mazurker avec une effervescence que ne soupçonne pas peut-être M. Babinet lui-même, lui qui a vu cependant des tables qui cassaient leurs pieds quand on voulait les arrêter, comme le lézard casse sa queue quand on veut le prendre.
Puis, les trois tables s’arrêtèrent de lassitude.
Mais de tous les autres meubles sortirent des voix diverses.
Je suis le diable, moi, que recèle le lit...
Je....
Diable, taisez-vous, une prude vous lit.
Moi de l’armoire à glace, ambition secrète Qui fait perdre l’esprit à plus d’une grisette,
Et conduit sa vertu, jeune encore, au tombeau.
Moi, je suis le démon qu’enferme la toilette Où plus d’une beauté ne rougit qu’au pinceau,
Et veut, chaque matin peinte par elle-même,
Sous le rouge et le blanc qu’on la trouve et qu’on l’aime.
Moi je suis le démon qui préside au sopha.
Je n’en dirai pas plus, pour ne pas être fat.
Je suis jeune et petit, mais « aux âmes bien nées La vertu n’attend pas te nombre des années »
Pour décamper. Eh bien ! le tabouret, c’est moi,
Sur lequel on allonge un petit pied étroit.
Moi, je suis la commode, arsenal où l’on serre Les robes, les rubans, — tous les engins de guerre.
Puis il se fit un grand silence. — Au bout de quelque temps il fut rompu par une voix étouffée : c’était celle du manche à balai placé derrière la porte. — Voici ce qu’il disait :
m MENUS PROPOS.
Autre cheval de bois, moi je suis le balai Sur lequel au sabbat mainte sorcière allait.
Je suis des parvenus l’ordinaire monture ;
C’est moi qui toujours porte, en haut, parmi le3 forts, Ceux que pour vivre en bas avait faits la nature.
Mais un jour vient qu’il faut payer la carte. Alors,
Je m’empare à bon droit du très-peu qu’ils ont d’Ame,
Je les porte en riant à l’éternelle flamme.
Et mes frères et moi, — car il faut en finir,
Nous servons de fagots pour les faire rôtir.
Ainsi parla le manche à balai.
Alors la chambre où j’étais s’écroula et je me trouvai dans la campagne.
Et je vis une foule de noirs esprits sautiller dans les champs comme de sinistres corneilles.
C’était ce que nous appelons, M. Babinet et moi, les maladies des végétaux.
Et ces qoirs esprits parlaient comme ceux des tables.
la pïrale de la vigne, d’un ton hypocrite?
Moi, je suis la pyrale, une blanche phalène ;
Les savants ont voulu me faire de la peine;
Ils m’ont attribué grand nombre de méfaits,
De crimes odieux à l’encontre des ceps.
Ces messieurs les savants ont vraiment l’humeur Acre.