‹ Menus propos; mélanges philosophiquesChapitre 24 sur 32 · I.’oiIlU M TUCKREtltl · texte numérisé non relu

I.’oiIlU M TUCKREtltl

Frileux comme Méry, par crainte des coups d’air,

Je m’affuble en tout temps, frais débarqué d’enfer,

D’un carrick à collets, comme un cocher de fiacre ;

Je porte à larges bords un vrai chapeau de quakrc ;

Et, grâce à ce chapeau, je me sais ru tout net Pris pour un champignon par monsieur Babinet.

Moi, si gaillard ! Satan sait les femelles âmes Que j’ai mises à mal et que mangent ses flammes 1 Je fus par les savants, messieurs du Muséum,

Injustement classé parmi les cryptogames *, ,

Et reçus malgré moi le nom d’oïdium.

la pïrale et l’oidicm tuckerii, ensemble et riant.

Ces bons savants voudraient nous renvoyer au gouffre ;

Ils espèrent nous vaincre,— et par quoi 1 — parle soufre.

— Ici haut, pour un temps, exilé de l’enfer,

Le soufre sent pour nous comme pour vous les roses.

— Il n’est que les savants pour trouver de ces choses !

— Sans soufre, on nous verrait quelque jour étouffer.

Par le soufre espérer nous réduire à la gène !

'Nous trouvons écœurant votre fade oxygène.

Nous chasser par le soufre ! — Eh ! le soufre est notre air ?

En dépit des savants, nous détruirons vos treilles.

Et nous vous -reprendrons, et les lointains espoirs,

Et la joie et l’oubli qu’on mettait en bouteilles,

Et que l’on retrouvait quand venaient les longs soirs,

Et les chagrins pères des tristes veilles.

EN ACTEE ESPRIT.

J’ai l’ordre de détruire, avec mes poisons noirs,

Ces petits pains tout faits nommés pommes de terre.

4 Cryptogames veut dire, pour les botanistes, hymen caché. On applique ce nom aux végétaux dont on ne connaît pas les moyens de reproduction, les champignons, les truffes, etc.

UN AUTRE

Moi, c’est aux haricots que j’intente la guerre.

UN AUTRE

Pour moi, suivant des bœufs le pas tardif et lent,

Dans les sillons creusés je vole et le froment Et le pain et l’espoir de la prochaine année.

UN AUTRE

La carotte à détruire à moi me fut donnée.

UN AUTRE

Et moi, je mets la betterave à mort.

tous ensemble, en chœur, sur un air de Weber.

On vous reprendra tout — hommes, excepté l’or Pour lequel fut par vous la terre abandonnée.

Hommes, de vos malheurs stupides artisans,

Qui méprisez le sol, la sainte agriculture,

Et du beau nom de paysans,

Dans vos villes de boue, avez fait une injure,

Ne fouillez plus le sol que pour chercher de l’or !

Et, dans cent ans, réduits aux misères extrêmes,

Vous n’aurez plus à manger que vous-mêmes.

Sauvages, Moliicans, peut-être pis encor,

Vous donnerez un but à vos guerres si bêtes :

Celui de conquérir vos propres côtelettes.

Alors je m’éveillai en sursaut, et je restai, quoique éveillé, effrayé et très-préoccupé.

Il est très-vrai que l’homme graduellement s’éloigne de la nature ; qu’un agriculteur qui a trois

MÉLANGES PHILOSOPHIQUES. 237 fils garde avec lui le moins intelligent, et jette les deux autres sur les chemins encombrés, et le plus souvent sans issue, de deux ou trois professions dites libérales.

Et qu est- ce donc, grand Dieu ! que l’agriculture? Est-il une profession plus noble que celle qui vous met en relations directes et perpétuelles avec la nature?

En est-il une plus libre et plus belle que celle qui ne vous fait dépendre que du ciel et de Dieu?

Oui, la Providence pourrait s’irriter à la fin de notre folie, et nous livrer, en détournant les yeux, à nos erreurs, à notre avarice, à nos passions, c’està-dire à tous les diables de l’enfer; — elle pourrait nous reprendre ces bienfaits que nous dédaignons,

— et, peuple Midas que nous sommes, nous con- ' damner au sort du Midas de la fable.

Il y a des gens qui vont prendre tout ce que je viens de dire pour une plaisanterie, un jeu d’esprit, un paradoxe, un acrostiche, un rébus; tant mieux : ceux-là, douaniers de l’erreur, n’empêcheront pas de passer la vérité, qu’ils ne reconnaîtront pas,etelle arrivera à ceux qui l’aiment et qui la comprennent.

MBMÜS PROPOS.

Peut-être aussi faut-il un peu excuser les habitants des villes, qui ne connaissent la terre qu’à l’état de boue, et croient que la terre, c’est le macadam des boulevards.

Dans l’entrainement delà discussion, on fait parfois d’étranges omissions. Je lis dans un journal une longue dissertation sur des changements à apporter à l’orthographe, et l’auteur de cette dissertation, pour montrer que cette révolution est facile, cite l’exemple du roi Chilpéric, qui voulut introduire quelques signes nouveaux dans l’alphabet franc, et il termine en disant : « Cette réforme eut un plein succès. »

Cet écrivain, dont j’ignore le nom, oublie un détail : c’est que ledit Chilpéric condamna tous ceux qui ne se conformeraient pas à son édit à être essorillés, c’est-à-dire à avoir les oreilles coupées, et que deux maîtres d’école qui avaient opposé quelques raisons eurent en réalité les oreilles coupées. — Chilpéric fit en cela ce que nous faisons tous : nous déclarons trop longues les oreilles qui neveulent pas nous entendre.

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