LE SON ET LA LUMIÈRE
OÙ un timbre résonne, les vitres, les murs, les objets divers, tout résonne, tout vibre plus ou moins ; c'est un véritable concert.
Le tympan de Toreille vibre à son tour, le nerf qui s'y trouve {nerf acoustique) recueille les vibrations, et la sensation se produit seulement à ce moment. Jusque- là il n'y avait que du mouvement .
Il faut bien distinguer le mouvement de la sensation qui existe dans le nerf. Le corps sonore peut vibrer sans que le son se produise, si, par exemple, on supprime l'air autour du corps sonore. Au contraire, la sensation peut se produire sans qu'il y ait corps sonore, comme il arrive lorsqu'on dit familièrement : les oreilles me cornent; quelqu^un parle de moi. Gela vient de ce que, à toutes les excitations qu'il reçoit, le nerf acoustique ne répond qu'en produisant du son. C'est, pour ainsi dire, la seule langue qu'il puisse piarler .
De même que les corps sonores, les corps lumineux vibrent; mais le mode vibratoire est ici plus compliqué et les oscillations de la molécule sont plus rapides et plus complexes.
La même cause peut d'ailleurs exciter ces deux sortes de vibrations. Ainsi les boulets lancés contre la cuirasse des vaisseaux deviennent incandescents par l'effet du choc, pendant que ce même choc pro« duit un bruit intense.
Comme la vibration sonore, la vibration lumineuse se transmet à travers un milieu spécial, qui n'est ni l'air, ni aucun des corps connus, pour arriver à l'œil. Les corps qui tombent sous nos sens sont, en quelque sorte, trop grossiers pour propager la lu-
mière; nous inventons, car il est inaccessible à nos sens et à tous nos moyens d'appréciation, un corps nouveau, d'une subtilité dont rien n'approche et qui existe partout, mêlé à tout, dans les corps aussi bien que dans l'espace . Ce corps, qu'on appelle éther, n'a de commun que le nom avec le liquide connu sous la même désignation.
L'œil vibre à l'unisson du corps lumineux, comme l'oreille à Tunisson du corps sonore. Lenerf deTœil {nerf optique)^ ébranlé, nous donne alors la sensation de la lumière.
On peut dire de ce nerf ce que nous avons dit du nerf acoustique, qu'il ne sait répondre que lumière à toutes les excitations qu'il reçoit^ qu'elles lui viennent du corps lumineux ou d'un état physiologique, car l'expression fair$ voir à quelqu'un trente-six chandélies^ en lui donnant un soufflet, prouve qu'on peut éprouver la sensation lumineuse sans 4a pl'ésence d'un corps lumineux. Ces nerfs spéciaux sont comme des cordes qui ne peuvent rendre qu'une note et chez lesquelles l'intensité seule de la note peut varier.
L'analogie ne s'arrête pas là ; on pourrait même la trouver quelque peu hypothétique, si des expériences ne confirmaient les hypothèses en permettant d'en vérifier les conséquences. Les sons se distinguent les uns des autres, soit par la hauteur, c'est-à-dire le degré d'acuité ou de gravité, soit par l'intensité, s'ils sont de même hauteur, soit enfin par Iç timbre, si la hauteur et l'intensité sont les mêmes.
On a un exemple de la variété des hauteurs^ si Ton parcourt les notes de la gamme» Un exemple de la
lE SON ET LA LUMIÈRE 177
différence d'intensité si l'on touche plus ou moins fortement une même corde de piano. En&n, on distingue très-bien les personnes à leur voix, et on ne saurait confondre deux notes de même hauteur et de même intensité venant de deux instruments diffé* rents.
De même, il y a dans la lumière des couleurs diverses qui répondent aux diverses notes; dans la même couleur des nuances variées qui répondent aux sons d'intensités différentes ; enfin, la nuance caractéristique de chaque flamme est ce qu'on peut nommer le timbre lumineux.
- Le son est d'autant plus aigu,*que les mouvements vibratoires du corps sonore sont plus pressés, plus nombreux, de même aussi la diversité des couleurs est due à la rapidité des vibrations lumineuses. G*est en ébranlant plus fortement une corde qu'on lui fait rendre un son qui a plus d'intensité, plus d'ampleur, c'est aussi l'énergie vibratoire qui cause dans une même couleur les diverses nuances.
Mais tandis que le son se propage dans l'air avec une vitesse de 340 mètres environ par seconde, la lumière parcourt, dans le même temps, 77,000 lieues. Tandis que les sons les plus aigus correspondent à un nombre de vibrations de 30,000 à40,000 par seconde; le plus petit nombre de vibrations lumineuses n'est pas au-dessous de 400 millions dans le même temps.
L'oreille humaine ne perçoit pas tous les sons ; il y en a de trop aigus qu'elle n'entend plus, de trop graves qu'elle n'entend pas encore ; bien des bruits nous échappent qui n'échappent pas à tous les êtres. De même, l'œil humain, blessé par une lumière d'un
éclat trop vif, reste insensible à une lumière d'une trop faible intensité et qui suffit cependant à certains animaux.
L'oreille et l'œil conservent un certain temps les fmpressions qu'ils ont reçues.
L'un et l'autre sont susceptibles d'éducation et peuvent acquérir une grande délicatesse d'apprécîation»
L'échelle musicale s'est successivement enrichie de notes, comme la palette du peintre s'est enrichie de couleurs. On peut ainsi suivre à travers les âges le développement des idées, des sons et des couleurs.
On le voit, l'analogie est profonde, comme nous l'avions dit en commençant, et nous pourrions la poursuivre en ajoutant que : La lumière se réfléchit à la surface des corps et produit comme un écho lumineux ; Les sons et la lumière, répercutés de plus en plus, vont en s'affaiblissant de plus en plus ; des obstacles interposés entre un corps sonore et Toreille produisent l'ombre sonore ; l'intensité de son diminue avec la distance, comme l'intensité de la lumière; les corps détruisent ou absorbent une partie des ondes sonores ou lumineuses. La quantité de son ou de lumière varie, mais non la qualité ; lorsque le son et la lumière traversent des couches d'air de densités différentes ou passent de Tair d9,ns l'eau, en un mot, changent de milieu, ils sont déviés de leur route.