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l'tiiimail ! Dim l'icaïu-mi'ul v\[c comijliiiiciita la pci-IVctiou (l«* son ij^'iioiuinie. Et dire qut'llc n'avait pas If (•t)Ui'a<^(' de se rompre la ei'Aiie, là, conlre le niiir, sons ce l'éverbère ! Mlle eonrait le long' des maisons, s'aricMail nn inslanl ])onr reprendre haleine, se remettait à eourir, anrail vonlu courir plus vite, être loin de toutes les choses, être loin d'elle-même surtout. lïélas ! on ne laisse pas lomher en chemin ses vilenie.s, comme les ordures d'une tonne dél'oncée ; où qu'elle allât elle emporterait avec elle et son vice et sesafTres. Certes ! si abjecte qu'elle se juge;\t, elle espérait bien qu'elle ne le serait jamais assez pour céder à la tentation qui tout à riieure l'avait assaillie; faible, et lAche, et vaincue, elle trouverait un reste de volonté pour se refuser à l'incomparable forfait, pour ne pas regarder sa fille avec des yeux d'amante, Mais, n'importe, Tattontat qu'elle n'achèverait point, elle l'avait conçu ! La sacrilège idée, un instant, s'était insinuée en elle ; et ne dût-elle, chassée, jamais revenir, le seul fait de l'avoir eue défendait à Sophor les familiarités maternelles. Enniiener Carola, vivre auprès d'elle, l'écouter, se plaire à la voir sourire, lui était interdit. Elle ne pourrait pas embrasser sa iille sans se souvenir qu'elle avait songé à une plus ardente étreinte ; sa bouche au front de l'enfant ne se distrairait pas de la préoccupation d'une bouche si proche. Comme elle se ha'ïssait ! comme elle se plaignait aussi ! et bientôt elle n'osa même plus rechercher un réconfort dans la conviction qu'elle demeurerait elîectivement innocente. Avait-elle le droit, après tant de veules capitulations, de croire à la fermeté de son honnête dessein ? Malgré la sincérité de sa résolution actuelle, pouvait-elle affirmer à ellemême que cette résolution ne faiblirait jamais ? Oh ! quelle abominable chose si, quelque soir, dans la mai-
son tranquille, à Auteuil ou à Versailles, éveillée par la nécessité du mal, elle se glissait, en lombre du corridor, haletante, les mains en avant, vers la chambre où. dans un lit de mousseline et de pudeur, Carola endormie... Exécrable accomplissement des destinées! Elle ne pouvait pas tenter la maternité sans s'exposer à l'inceste, oh ! à quel effroyable inceste encore inimag'iné ! Sa suprême ressource de salut lui serait une occasion de plus de crime, de plus de honte, d'une plus irrémédiable damnïition. Et elle comprenait bien que c'en était fait d'elle.
Elle s'était assise, comme ime chose tombe, sur une borne, près dune porte cochère. Un genou entre ses mains jointes, elle regardait, sans le voir, le pavé, avec des yeux fixes et vides. On eût dit qu'elle ne vivait pas. Pourtant elle songeait, si douloureusement Elle était là, immobile, depuis plus d'une heure, lorsqu'une horloge sonna dans le ténébreux silence, Sophor se leva. Elle paraissait calme, comme après une résolution prise. Elle regarda autour d'elle. Elle devina, dans l'ombre, Ftallée de platanes vers la gare. Elle se mit à marcher, sans trop de hâte, d'un pas ferme, pareille à quelqu'un qui sait où il va, et qui arrivera, malgré tout obstacle.
Dans la chambre, Carola dormait encore. Sophor, sans la toucher, en la nommant, l'éveilla; elle se tenait près de la fenêtre, loin du fauteuil : Elle ajouta : « C'est l'heure, venez. » Lenfant se leva, empressée, offrit son front ; mais Sophor : « Nous n'avons pas de temps à perdre, allons ». Elles sortirent de l'hôtel, traversèrent une place, entrèrent, après les billets pris, dans la salle d'attente. Elles n'échangeaient pas une parole. Surprise, épouvantée de l'air froid, presque sinistre, qu'avait sa mère. Carola n'osait pas lui
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parler ; elle s isolait, les yeux baissés, dans une appréhension. Et. (luraiil le \i)\a<^c. ce fut le nièriic silence. Assise un peu loin de Carula, M'"" dUennelinge, le front à la vitre, regardait la nuit. Parfois, sous la lueur de lu petite lampe, elle consultait un indicateur des chemins de fer ; puis elle revenait vers son coin, restait là, attentive aux ténèbres. La pensionnaire avait cette impression qu'il se passait (piehpie chose de triste, denuuivais, — qu'il valait mieux ne pas bouger, se taire ; si elle s'était approchée, caressante, si elle avait parlé, elle eut été repoussée sans doute, d'un geste dur, d'un mot qui glace. Une seconde — car ils se refermèrent tout de suite — elle vit les yeux de sa mère ; elle frissonna. Cependant les heures nocturnes s'écoulaient. M"''' et jNI"'' d'Hermelinge. un peu avant le jour, descendirent de wagon, s'assirent sur un banc de bois, sous une marquise, et attendirent. Puis, elles montèrent dans un autre train. Carola eut l'intuition qu'elles n'allaient plus où d'abord elles avaient dû aller, que sa mère avait changé d'avis, modifié leur itinéraire. Quand ce fut l'aube, elle ne vit pas le visage de M""' d'Hermelinge ; celle-ci avait baissé sa voilette très épaisse qui lui mettait un masque de dentelle. Qu"y avait-il derrière ce masque ? l'enfant s'imaginait une ligure très blême, avec des yeux fixes, effrayants. A cause du matin, à cause de sa crainte, elle avait froid. Elle s'enveloppa toute de son manteau, feignit de dormir. Vers dix heures du matin, le train se ralentissant, un employé cria : « Gemmilly ! ■ — Nous sommes arrivées », dit M"'" d'Hermelinge. Elles traversèrent le quai, la gare ; sur le seuil de l'hôtellerie, une grosse femme, rougeaude, au ventre énorme, attendait des voyageurs. Elles pénétrèrent dans une salle du rez-dechaussée, suivies par l'aubergiste dont les sandales
sonnaient sur les carreaux. M""^ d'Hermelinge demanda de quoi écrire, traça quelques lignes, ferma l'enve^ loppe, puis, après ces mots à Thôtesse : « Je reviens dans un instant, » elle fit signe à sa fille de la suivre, et sortit. Tout ceci s'accomplissait sans liàte ni len-r teur, avec une précision de rite. Elles commencèrent de monter une] route ensoleillée et fleurie de fleurs tombées, entre une double file d'acacias remués par la brise ; au sommet s'élevait une maison de briques roses, à la façade escaladée de vignes folles et de lierres grimpants.
Sopbor fit balte à mi-côte. Elle dit à Carola :
— Vous voyez cette babitation. là-baut? C'est là que vous allez, c'est là que vous vivrez, avec votre père. Voici une lettre pour lui.
— Ob ! maman y dit Carola en tendant les mains.
— Non, je ne peux pas vous suivre. Adieu.
— Mais, maman, toute seule...
— Soyez sans crainte ; il n'y a personne sur la route ; et, dans cette maison, vous serez bien reçue. Allez, je le veux.
Elle n'avait pas levé sa voilette. Elle parlait comme de très loin à travers la dentelle obscure. L'enfant courba le front, prit la lettre, continua de monter la côte. Sopbor, sans mouvement, toute sombre au milieu de la gaieté de la matinée et des fleurs, la regardait s'éloigner. L'enfant se retournait quelquefois, espérant un geste qui rappelle ou qui veut dire : « Je viens aussi. » Rien. Elle montait toujours. Elle arriva devant la grille. Elle tira le cordon de fer de laclocbette : ce fut un bruit clair, joyeux, pétillant, que Sophor entendit, qui lui entra dans le cœur comme vingt blessures rapides et légères. Et la grille fut ouverte par une servante. Carola, après un dernier regard vers sa
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mère, dis|)ariil. Ce qui disparaissait, ce qui eulrait chez le baron dllernielinge, dans la maison familiale dans rhonnêlelé et la paix du foyer, c'était le dernier espoir de Soplior. VA\o attendit long-temps. Carola ne rt£ se remontra point. On l'avait accueillie. Alors la baronne Sophor d'Hermelinge revint sur ses pas, sans un coup d'œil en arrière, prit le train pour Paris, rentra dans Firrémissible...