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seules, pouvait être le moment «mi st; préciserait, cl «m se dirig-erait leur destination élernclle. Elles avaicnl. en ces soii-ées, l'iiupression diversement mais ans>i fortement ressentie par toutes deux, d'être tout près d'une espèce d'abîme, duquel, si elles y tombaient, elles ne remonteraient jamais plus. Dans cette pi«'( <• close, loin du bruit, loin de tout le monde, loin dis dangers — et des secours, — cjuelque chose de décisif, d'irrémédiable pouvait être dit, ou être fait, et c'élaienl en toutes les deux un vertige, en l'une, avec un instinct de fuir, en l'autre, avec un instinct de se précipiter. De là, ces longs silences et des rêveries qui ne se d('cidaient pas. Puis, Emmeline se levait, prenait liuir des lampes, disait: « j'ai bien sommeil », sans même essayer de sourire, s'en allait vers sa chambre ; Sophie se levait à son tour, la suivait jusqu'à la porte, dans h' couloir. Tout ceci en des lenteurs, comme l'accomplissement d'un rite mystérieux, grâce auquel un dieu, ou un démon, pourrait surgir. Devant la porte, Emmeline demeurait immobile, les yeux fermés à cause du regard de l'amie, et leurs poitrines se mouvaient. Sophie parfois, d'un élan... mais elle s'arrêtait; et. comme ayant pris un courage — le courage d'avoir tout à fait peur — dans la menace qu'elle avait peut-être désirée autant qu'elle l'avait crainte, Emmeline entrait vite dans sa chambre et fermait la porte à double tour. Sophie, seule, dans l'ombre, s'appuyait au mur. restait là, l'oreille tendue, les yeux écarquillés, écoutant, croyant voir tomber une à une, de l'autre côté de la paroi, les étoffes, et frémissant quand un bruit l'avertissait du cher corps pâle et rose qui s'étendait sur le lit...
Quoi! la voulait-elle moins? la convoitise, directe, effrénée, qu'elle avait éprouvée près du lit d'Emmeline
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— en la nuit de noces qui fut aussi une nuit de fiançailles — s'était-elle détendue dans la douceur des tendres camaraderies? non, plus ardemment chaque jour, elle désirait Emmeline. Oli! revoii- la jeune peau mûre, si lisse, mettre sa bouche au sein nu, au bout rosissant qu'un seul cheveu traverse de l'ombre d'un fd d'or! Durant leurs promenades, il lui venait de furieuses envies de déchirer la robe où elle se frottait avec des lenteurs insistantes de féline ; les soirs, elle aurait voulu enfoncer cette porte derrière laquelle se déshabillait la jeune fdle ; et, rentrée dans sa chambre, couchée à son tour, elle avait, en des sueurs partout, chaudes, puis froides, puis plus chaudes, pareilles à une rosée de feu, des essoufïlements qui lui gonflaient la poitrine et le cou ; elle cherchait, elle touchait, de ses mains, sur elle, les ressemblances du cher corps qu'elle n'avait pas étreint, sa rage expirait en un bâillement chaleureux qui lâchait l'oreiller mordu.
Mais son désir avait peur d'effrayer, et toujours se rétractait pour qu'Emmeline n'en fût pas alarmée. Elle ignorait si l'ingénue enfant discernait autre chose, en leur tendresse, que les charmes dune amitié permise. Amoureuse, Sophie était-elle aimée, comme elle aimait ? 11 se pouvait, — la chère petite s'étonnait si peu des ardentes paroles, acceptait les caresses avec tant de calme — qu'elle n'y trouvât rien que de très simple et de très naturel; et si, un jour, elle avait à s'étonner d'une ardeur où même la plus parfaite innocence ne pourrait se méprendre, elle se fâcherait peutêtre, et s'enfuirait! Rester sans Emmeline. c'eût été le pire des désastres. Sophie n'osait pas tout exiger de crainte de perdre ce qu'elle avait. C'était si adorable, déjà, cette vie à deux, toutes seules. A regarder Emmeline, elle avait des éblouissements qui lui mettaient
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dans les yeux, dans le eceiir, dans loiil lètre, eonimo 5 une eliuleur lumineuse; à l'écouter, il lui semblait en- ; tendre un ange du paradis (souvenir des puériles chi- ] mères) descendre pour lui parler à Toreille: elle serait morte dEmmeline disj)arue. ,
Le dimanche survint. i
Comme elles sortaient, selon leur coutume, de la ' maison au bord de Teau, elles virent qu'il y avait du monde dans File. Des gens se promenaient dans l'allée qui traverse le bouquet d'arbres; plus loin, dans la prairie, quelques femmes, l'air hardi, en robes folles, des fleurs sur de grands chapeaux, se poursuivaient avec des rires et des cris jetés en l'air.
Les deux amies rentrèrent très vite, effarouchées. Elles se souvinrent que le propriétaire de la maison les avait averties de ce tumulte une fois par semaine ; le garçon, qui, chaque matin, apportait le déjeuner, leur fournit des explications plus complètes. L'île, le dimanche, était une escale de canotiers. Ils prenaient du bon temps, ces jeunes hommes, avec leurs maîtresses. Mais le plus drùle, c'étaient des dames qui venaient de Paris, le samedi soir, en bande, pour faire la fête. Des cocottes, naturellement. Elles couchaient à l'autre bout de l'île, en face du village, dans une maison blanche, qui avait au-dessus de la porte cette espèce d'enseigne : Maison Charmeloze. Ça sufTisait. Tout le monde connaissait Félicie Charmeloze, une ancienne fée de féerie à maillots, qui tenait à Paris une table d'hôte où ne mangeaient guère que des femmes — une spécialité — et qui, sur ses économies, avait acheté la maison blanche ; elle y recevait chaque semaine ses clientes, ses amies, qui venaient se reposer et se fatiguer. Non, la vie qu'on menait là-dedans ! „ « Si vous vous ennuyez, toutes seules, vous pouvez 1
aller chez M*"^ Charmeloze ; on ne vous mettra pas à la porte, pour sûr ! » Et le g-arçon avait des sournoiseries dans son rire. Sophie l'interrompit, le congédia. Elle se sentait nerveuse et maussade. Pourquoi? parce qu'elles ne pourraient pas — tout ce monde dans l'île — aller se promener sous les arbres?oui, pour cela. Puis, elle songeait que ces femmes, courant et riant dans la prairie, avaient peut-être vu Emmeline, toutàTheure. Comprenait-elle donc ce qu'il y avait eu de sousentendu dans le bavardage du garçon? non, ou très vaguement, avec un éveil cependant d'une très lointaine pensée, d'une très vague crainte, crainte à peine. Mais il eût beaucoup mieux valu qu'Emmeline, ce matin-là, ne passât point la porte. Avant de se mettre à table dans la salle du rez-de-chaussée, Sophie ferma les volets des deux croisées qui s'ouvraient vers la prairie. « Tiens ! pourquoi? demanda Emmeline. — A cause du soleil, il va faire très chaud. « En effet, un orage s'amoncelait en nuages blanchâtres, un orage des chaleureux jours d'automne, qui pèse lourdement. Ce jour-là, elles ne furent pas comme elles étaient tous les jours. Sophie s'inquiétait, — de quoi donc? — avec un froncement parfois des sourcils. Emmeline se montrait plus gaie, plus câline, comme les enfants qui ont quelque chose à demander. La vérité, c'était que cela ne lui plaisait pas du tout de rester enfermée dans la maison, les volets clos; elle finit par dire :
— Voyons, pourtant, parce que d'autres personnes se promènent, ce n'est pas une raison pour ne pas nous promener, nous aussi.
Sophie tressaillit.
— Qu'est-ce que tu dis? non, non, je ne veux pas que tu sortes.
— Voyons, pourquoi?
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— Mais... on pourrait nous reconnaître. Des gens de Fontainebleau.
— Ah ?... bien.
Kmmeline alla s'asseoir dans un grand fauteuil,
croisa les jambes, renversa la tète, ne dit plus une parole. Elle boudait. Cela lui arrivait quelquefois de bouder. Elle avait, avec son amie, de ces malices, presque des coquetteries. Elle ne boudait pas longtemps, puisque, tout de suite, Sophie, à genoux, lui disait : « Ce que tu voudras ! ce que tu voudi-as ! » Mais aujourd'hui, Sophie ne se hâtait point de s'humilier, de s'avouer vaincue ; au contraire, après un mouvement d'humeur, elle sortit de la salle à manger, monta au premier étage. Qu'avait-elle donc, enfin ? Ce désir d'Emmeline, d'aller respirer l'air, n'avait rien de coupable ; s'y fùt-il mêlé une sorte d'envie de voir, après une semaine d'isolement, des gens qui se promènent, il n'y aurait rien eu là que de très naturel. Pourtant, Sophie s'irritait presque, aurait voulu se fâcher contre quelqu'un. Par un hasard, allant et venant dans la chambre, elle se trouva près de la fenêtre. Deux ou trois femmes, — de celles qui riaient tout à l'heure sur la pelouse, de celles dont avait parlé le garçon de l'auberge — s'approchaient de la maison de bois, avaient l'air de guetter les fenêtres fermées. Sophie descendit tout de suite, comme on se précipite pour porter secours. A quoi bon? quel danger courait Emmeline? est-ce que, tous les jours, des personnes, à la campagne, en passant, n'observent pas avec curiosité les demeures closes ? oui, sans doute. Ce fut plus lentement qu'elle acheva de descendre l'escalier. Mais en entrant dans la salle à manger, elle vit son amie, inclinée entre deux volets, qui regardait au dehors.
— Emmeline!
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Klle s'élança, la prit par la taille, lemportavers un coin de la pièce, la coucha dans le g-rand fauleuil : et, tandis que l'autre la considérait, toute surprise, elle aurait voulu lui faire des reproches, la forcer à demander pardon. Quels reproches ? Pardon, de quoi ? «Voyons, est-ce que je suis folle? » Eh bien, oui, folle ; parce qu'Emmeline avait voulu sortir, parce que des femmes l'avaient épiée, parce qu'elle avait regardé entre les volets. A cause de l'orage (aussi, peut-être. N'importe, folle. Et d'une fureur qu'elle n'avait jamais eue encore, comme si, l'ayant perdue, elle eût retrouvé son amie, elle lui mit ses mains derrière le cou. l'attira vers elle, et la baisa violemment sur la bouche, (rétait la première fois qu'elle la baisait sur la bouche. Parfois, naguère, ses lèvres effleurèrent ces lèvres en un frôlement qui laisse le regret d'un parfum. Mais maintenant c'était le baiser! et il fut, ce baiser, si long, si profond, si tenace, qu'Emmeline, un moment résistante etroidieet tendant tout le corps, soudain s'abandonna comme une branche casse ou plie, et défaillit, les deux yeux fixes. D'un autre baiser. Sophie acharnée l'c^bligea de revivre. Et elle ne pensait plus à rien, sinon à cette bouche qu'elle avait sous sa bouche. 11 lui entrait dans tout l'être des chaleurs, des fragrances, une délectation infinie. Ah! ces lèvres, et, entre ces lèvres, ces dents! Elle exultait, se divinisait. Quelle joie ! et quel orgueil de sentir son ivresse subie par Emmeline mourante et renaissante ! Rarement leurs bouches s'écartaient pour le passage de soupirs ou de paroles qui. en avouant le délice, le redoublaient. « Comme tes lèvres sentent bon, ma chérie, et comme il en vient une moiteur qui enivre ! On dirait que l'on boit le sang dune petite grappe vivante. .Te ne leur fais pas trop de mal. avec mes
dents ? j'ai peur d'èlre méclianle. sans le vouloir. Ne t'en va pas ; si je ne t'ai j)as fait de mal, reviens. » Les deux bouches se rejoignirent comme deux belles roses très écloscs qu'on cnroncorait l'une dans l'autre, et les regards languissammenl s'éteignirent. Sophie parla encore : « Es-tu heureuse, dis ? Te sens-tu très heureuse ? « L'autre répondit d'une acceptation plus ardente de baiser. « Non, je veux t'cntendre. — Oui, heureuse. » Alors Sophie : « Vois-tu, ta bouche, c'est tout. S'il existe des fleurs dans le ciel, elles ressemblent à ta bouche. Mais non, il n'y a rien dans le paradis qui vaille ton baiser. » Puis, plus bas : « Je ne sais pas si cela te l'ait la même chose, à toi? moi, quand tes lèvres s'ouvrent, quajid mon envie hume ton souffle, c'est ton cœur que j'aspire, et il vient, et il m'entre dans le corps, et nos vies confondues battent délicieusement en moi seule. « Leurs bouches plus impétueusement se ressaisirent et ne se lâchèrent plus... Presque en même temps, un sursaut de leurs poitrines l'une par l'autre oppressées, les obligea de se disjoindre, sans paroles ni haleines, en la caresse encore de leur étreinte dénouée ; dans la silencieuse chambre aux volets clos, une ombre douce était sur elles.
Et tout le jour, le baiser, paradis enfin trouvé, les enchanta ; le diner, comme d'ordinaire, fut silencieux, non pas qu'Emmeline craignit d'entendre et que Sophie craignit de parler, mais parce qu'elles fermaient de leurs lèvres leurs lèvres, buvaient dans la rosée de leurs bouches la fraîcheur des fruits et la chaleur du vin : puis elles s'accoudèrent, dans le rose créj^uscule. sur le balcon de la maison au bord de l'eau, et elles s'aspiraient infiniment, dans tout le silence de la pénombre, sous leurs cheveux défaits qui ne faisaient
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qu'une chevelure d'or pâle et d'or sombre mêlés. Puis, la nuit venue, ce ne fut pas, devant la porte il'Emmeline, l'adieu de tous les soirs ! Elles entrèrent ensemble, sans désunir leurs bouches. Leurs bouches,
— ah ! comme elles se voulaient, de s'être possédées, comme elles se possédaient, de s'être tant voulues, ces bouches ! — leurs bouches, désormais, c'était l'unique et double foyer en qui convergait tout le rayonnement d'elles-mêmes ; et d'avoir mêlé, de mêler, de mêler encore leurs haleines où s'essentialisait leur sève vitale, elles n'avaient plus qu'une seule âme chaleureuse entre les dents : comme de deux aliments on n'en fait qu'un en les mâchant.
Plus vite que ne s'évanouissent dans les mythologies les nuées dont se voilent les déesses, la robe d'Emmeline disparut, déchirée en landjeaux, loques inutiles : la vierge, la nuque dans l'oreiller, s'offrait rougissante et frémissante sur le lit mystérieux de la pâleur lunaire d'une seule lampe au globe blanchissant. Sophie la voyait toute, neige, roses, lueurs dorées, mais tout cela, chair, tout cela, femme. Elle reconnut le fil d'or fin comme un cil, qui s'érigeait près de l'une des pointes de la gorge, elle s'affola! Instinct d'une plus proche étreinte, ou souvenir d'une nuit presque semblable
— oh, non, non, pas semblable ! — elle jeta ses vêtements ; nue, elle vit Emmeline plus nue; sa projDre nudité était comme un miroir qui doublait la nudité de l'amie; et d'avoir embrassé Emmeline, ainsi, elle cessa, soudain, de l'embrasser, et retomba sur le lit et ne bougea j^lus.
Quand Sophie rouvrit les yeux, Emmeline toujours couchée, la tête vers le mur, avait l'air d'attendre. Des tressaillements la parcouraient toute, ses paupières battaient... quoi donc? qu'attendait-elle ? En la regar-
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dant de tout près. Sophie soulîrit alTreuseinenl 1 car elle devinait qu'elle n'avait })as donné l'incomparable et elîrayante joie qu'elle avait connue : (jue ni les embrassenients, ni les caresses, ni le corps jjai-mi le corps ne furent la réalisation du désir qu'elle avait fait naître ; elle n'avait pas tenu, et jamais peut-être elle ne tiendrait ce qu'elle avait promis ! ni des mains, ni des lèvrçs, elle n'obligerait à l'extase, celle qu'elle avait obligée à l'espérance de l'extase. Pourtant, il était impossible qu'il n'y eût pas concordance d'assouvissements lorsqu'il y avait eu accord de convoitises; il faltait que, chez l'une comme chez l'autre, l'exaspération s'achevât en un divin anéantissement. Oui, puisqu'Emmeline était là, puisqu'Emmeline ne résistait pas, puisqu'Emmeline s'abandonnait, il fallait que Sophie ; récompensât d'une excessive délice, celte présence, cette passivité, ce sacrifice. Ce fut horrible : elle pensa que les hommes seuls peut-être sont capables de donner aux jeunes fdles les détinitives ivresses ! Mais non, non, les hommes sont les tortionnaires de qui l'assaillement renverse, déchire, effondre. Ce n'est pas à eux que les vierges peuvent devoir le sourire des amou- | reuses gratitudes. Et pourtant, elle avait près d'elle son amie : et ni les baisers, ni les morsures, ni les t souffles sur les duvets du bras et du cou, ne réussissaient à faire vibrer, jusqu'à la délicieuse rupture, la corde, pourtant tendue à rompre, du désir; ils ne faisaient qu'accroître, que rendre plus difficiles à satisfaire les exigences de la nubilité. Emmeline, les dents serrées, — elle entendait grincer les dents d'Emmeline ! — palpitait é]jerdument, mais elle ne défaillait point, et. toujours, en dépit des lentes étreintes ou des enlacements furieux, elle avait l'air d'attendre. Alors, Sophie comprit qu'elle ne savait pas ! Voilà, elle ne
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savait pas. L"es})éi'ance ({uKiiiineline avait avouée par l'acceptation des lèvres sur les lèvres, quelle avouait par sa nudité sur ce lit. cette espérance de quelque délectation inconnue. Sophie aurait \m la réaliser — mais elle ne savait pas. elle ne savait jtas! Et l'autre, encore, encore, toujours, haletait sur le lit, hélas ! virginal, se convulsait presque : en l'attente impatiente de ce corps sursautant, qui ne se calmerait pas. il y avait, avec du défi, comme un insultant reproche : « Enfin, tu dois savoir, toi, puisque tu m'as induite à vouloir connaître. Je ne te demandais rien ! tu m'as contrainte à exiger ; est-ce que tu vas me refuser maintenant ce que je ne te demandais pas? » Et devant la douloureuse amie inapaisée, devant la vierg'e si ingénue naguère et si paisible, qui, séduite, damnée, était devenue l'avide créancière de l'enfer. Sophie éprouvait les remords d'un tendre tentateur qui ne pourrait pas, en échange du salut renoncé, donner les joies promises. Son impuissance était une déloyauté. Cette âme, elle l'avait volée ! puisqu'elle ne la payait pas. Et elle multipliait en vain, presc[ue féroce de l'inutilité de son désir, ses baisers et ses ignorantes morsures... Mais, tout à coup, elle roula du lit sur le plancher ! Elle tenait sa tête entre ses mains, elle fermait désespérément la bouche pour qu'un cri, dont elle pressentait le déchirement, n'en sortit point. Elle reconnaissait ce mal ! Elle entendait, comme elle l'avait entendu si souvent, le petit rire dans ses oreilles. Mais, enfin, ce rire, qu'est-ce que c'était? Il encourageait et il se moquait. On eût dit qu'il invitait à l'etïort dont il raillait l'avortement. Et c'était horrible, — plus horrible, ce soir, — d'avoir ainsi, dans les oreilles, un mauvais conseil qui ricane. Hélas! Emmeline ! cette pensée ne la calma point. Elle sentait, irrésistible, l'approche de la crise qui la torture-