‹ MéphistophélaChapitre 7 sur 15 · Mlh'niSTOl'IlKLA · texte numérisé non relu

Mlh'niSTOl'IlKLA

l'exemple des balbutiements mysli'rioux et des ensommeillements. Si lasse, Emmeline marchait avec plus de lenteur, soutenue entre les bras de Sophie à qui la fierté dôtre comme une aînée donnait la force de porter presque celte frêle sœur défaillante; et, dans le mystère assombri du ciel et de la terre, la tentatrice, si voluptueusement tentée, parlait, troublée de sa propre voix presque muette pourtant. « Chérie, chérie, endors-toi sur mon épaule. Rien ne saurait tarriver qui te serait cruel, puisque je suis là, et que je te défendrais, puisque je t'aime. Ah! que je t'aime! si tu savais ! Je te sens sur moi ; c'est comme un trésor que je porte. Ce qu'il y a de meilleur, c'est d'être deux, comme nous sommes. Comprends-tu bien que je t'adore et te protège, que je t'enlace avec ma tendresse comme aA^ec mes bras ? Je t'aime ! je t'aime ! Ne te fâche pas. Tu es mauvaise souvent, quand tu boudes, ou quand tu ris. Quand tu ris aurtout. Tourne-toi un peu, mets-toi tout à fait contre moi, afin que ton cœur batte sur le mien. Attends, tu vas sentir battre mon cœur. Le sens-tu? Ils battent l'un après l'autre, nos cœurs, puis ensemble, et c'est un seul battement, et c'est le même cœur. Ah ! petite chérie. Baisse la tête. Tu veux bien que je morde, pendant que nous marchons, les petits cheveux que tu as près de l'oreille ? Tu as dans les cheveux une odeur qui ne ressemble à aucune odeur. Ne réponds pas, ne dis rien. Tu me fais de la peine, quand tu as peur. Peur de moi ! Ah ! ceux qu'il faut craindre, ma chérie, ce sont les hommes, les méchants hommes. Tu le sais bien, qu'ils sont cruels ! Tu as vu comme il m'a battue et torturée et tuée, parce que je te regardais dormir. Mais, le plus affreux, tu l'ignores. Je l'ai appris, puisqu'on m'a mariée ! L'amour des hommes, vois4u, est plus épouvantable

que leur colère. Moi, je suis douce, n'est-ce pas? Je suis forte aussi, mais si tendre. Jamais je ne te ferai du mal, ma frêle et tendre mignonne. Quelquefois, elle ressemble au parfum d'une rose blonde qu'on aurait brûlée sur un petit bûcher de santal, l'odeur de tes cheveux derrière le cou. Je dis des choses que je ne sais pas ; je cherche ce qui pourrait sentir meilleur que tout, pour le comparer à l'arôme que tu as dans les cheveux. Pourtant, il est un autre parfum, plus exquis, et je le connais, pour l'avoir, une seule fois, respiré ! c'est celui qui sort de toi toute, quand tu écartes les draps qui glissent un peu et s'arrêtent... » Leurs repas du soir étaient silencieux. Sophie, naguère enhardie par la pénombre pleine de lueurs baissées qui ne regardent pas, n'osait plus parler sous la fixité comme attentive des lampes ; Emmeline, vaincue par la fatigue des promenades et troublée des susurements à l'oreille pendant les retours au crépuscule, détournait les yeux, aurait voulu ignorer que son amie était là, n'en aurait pas voulu être observée. Qu'éprouvait-elle? une très soumise tendresse, qui pourtant s'effarouche, une tendresse qui sent que c'est mal, qui rêverait d'échapper ; il lui arrivait souvent, les coudes à la table, — sous les prunelles captatrices de Sophie, qu'elle subissait sans les voir, — de prendre sa tête entre ses mains, de balbutier plusieurs fois, sans savoir pourquoi elle disait ce mot : « non, non, non... » Après les dîners, elles ne lisaient pas; elles n'avaient pas eu l'idée de faire venir un piano dont la musique eût occupé leurs soirées. Elles songeaient, l'une avec épouvante, l'autre avec un désir, épouvante aussi, que cette heure où elles se retrouvaient chez elles, cette heure nocturne, où rien ne leur arriverait qui ne vînt d'elles-mêmes, où elles dépendaient d'elles

Page 1