SCÈNE xi
MERCADET, puis VIOLETTE
mercadet. Oui, ils vont venir!... Tout reposo maintenant sur la douteuse amitié du Verdelin.. . un homme dont la forluno est mun ouvrage!.. Ah ! dès qu’un homme a quarante ans, il doit savoir que le monde est peuplé d'ingrats. Par exemple, jo no sais pas où sont les bienfaiteurs!. Verdelin et moi, nous uous estimons tri - bien. .. lui me doit de la reconnaissance, moi. je lui dois do l’argent, ot nous no nous payons ni l’un ni l’autre. Allons, pour marier Julie, il s’agit de trouver encore mille écus dons une poche qui voudra être vide... crocheter lo cœur pour crocheter la caisse ! quelle entreprise!... Il n’y a quo les femmes aimées qui fout du ces tours de force-D ! justin, m dehors. Oui, monsieur, il est là. mercadet. C'est lui! Mon ami! ah! c’est lo père Viott ttel
Violette. Je suis déjà venu onze fois depuis huit jours, mon clior monsieur Mercadet, et lo besoin m’a obligé do vous attendre, hier, pendant trois heures dans la rue *, j’ai vu qu’on m'avait dit vrai, en assurant quo vous étiez à la campagne et je suis venu aujourd’huimercadet. Ah! nous sommes aussi malheureux l’un que l'autre, père Violette!
violette. Hum!.. Nous avons engagé tout cc qui peut se meure au Mont-do- Piété. MERCADET. C'est CO 011» O ÎCÎviolettk. Je no vous ai jamais reproché ma ruine, car je crois quo vous aviez l’iutention de nous enrichir ; mais eufiu, parole no paye pas farine, et je viens vous supplier du me donner lu plus peut à-compte, sur lus intérêts ; vous sauverez ia vio à toute une famille.
mercadet. Père Violette, vous me navres I... soyez raisonnable, je vais partager avec vous. [À voix basse.) Nous avons h peine cent francs dans la maison... et encore c’est l’argent do ma fille !
violette. Evt-co possible!., vous, Mercadet, que j’ai vu si riche.
mercadet. Jo n’ai rien do caché pour vous. violette. Eutro malheureux on se doit lu vérité.
mercadet. Ah ! si L'on no sc devait que ccln ? comme on se payerait promptement! mais gardez -moi le secret, jo suis sur le point do marier ma fille.
violette. J’ai deux filles, moi, monsieur, et ça travaille sans espoir de gu marier! Hans lus circonstances où vous êtes je ne vous importunerais pas, mais.. . ma fuuiiuo et nies filles attendent mon rolour dans des angoisses!
mercadet. Tenez... jo vais vous donner soixante fraoci.
violette. Ah t ma femme et mes filles vont vous béair. [A par,', pendant que Mercadet sort un instant a gauche.) Les autres, qui le tracassent, n’obtiennent rien de lui ; mais en su plaignant comme ça, on touche peu K peu ses petits intérêts I Ekl ch! {Il frappe sur son gousset.)
M B tic adp. r, qui vient dt rentrer et a ru. (A part .'i Ilein? Ah! vieil avare mendiant ! Dix à-compte à .soixante franc-, ça fuit six cents franc*. Alloua, j'ai assez Mme, il me faut ma récolle., hum! hum ! {Haut.) Tenez.
violette. Soixante francs en or ! il y « bien longtemps quo jo n’en ai vu! Adieu!... noos crierons pour le mariago do mademoiselle Mercadet.
mercadet. Adieu, père Violette. {Le retenant par la main.) Pauvre homme, quand je vous vois, je me trouve riche, volro malheur me loue ho à un point., et dire qu'hier je me suis vu au momcul de vous rembourser non-seulotnen\ tous vos intérêts ; mais tout le capital! violette. Mo rembourser! tout, tout!
mercadet. Cela a tenu à bien peu de chose! violette. Contoz-moi donc cela t wfuodrt. Figurez-vous, mon rh:*r, l’invention la plus brillante, la spéculation la plus magnifique, la découverte la plus sublime... une affaire qui s'adressait à tous les intérêts, qui puisait dans toutes, les bourses, et pour la realtsaliou de laquelle an banquier stupido m a refusé uno misérable somme de mille écus, lorsqu’il y a plus d’un million à gagner. violette. Un million !
mercadet. Un million, d’abord, car personne ne peut calculer où s'arrêterait la vogue du... du pavé conservateur.
violette. Du pavé?
MEnc.ADET. Conservateur ( Un pavé sur lequel al avec lequel toute barneado devient impossible.
violette. En vérité !
mercadet. Voyez-vous d’ici, tous les gouvernements intéressés au maintien do l'ordre, dévouant nos premiers actionnaires. Les ministres, les princes et les rois sont nos actionnaires fondateurs. A leur suite viennonl lus dieux do la Uuancc, lus grands cap.lalistes, la | banque, les rentiers, le commerce et tes spé- [ culateurs en démocratie ; les marchands do j socialisme eux-mêmes, voyant leur industrie ruinée, sont réduits pour vivre à me prendra ' des actions !
violette. Oui, c'est beau ! c’est grand 1 mrrcadlt. C’est sublime et philanthropique ! et dire qu’on m’a refusé quatre mille franc* pour répandra les annonces et lancer lo prospectus!
violette. Quatre mille irancs... jo croyais que co n'était que...
mf.rc vdet. Quatre mille francs, pas plus ! et jo douuais la moitié de l'entreprise !... c’esl-àdiro uno fortune! dix fortunes!
violette. Ecoutez... je verrai, jo parlerai à quelqu'un .
mercadet. A personne !... gardrz-vous-en bien I... on volerait l’idée... ou bien on ne la comprendrait pas comme vous l'avez comprise (out de suite. Ces gens d'argent sunl si hôtes., et puis, j’attends Verdelin.
violette. Verdelin... mais... on pourrait. mercadet. Ueuroux Verdelin !... quello fortune, s’il a l'esprit de risquer six nulle fraucs!
violette. Mais vous disiez quatre millo tout à l’heure !
mercadet. C’est quatre millo qu’on m’a rofusés ; mais c’est six mille qu’il me faut t Six mille franco, et Verdelin quo j'ai déjà fait uno lois millionnaire, va lu devenir trois, quatre, cinq fois oucuro!... Après ça, c’oil uu bon garçon, Verdelin, bah!...
je vous trouverai la ■ Ktu'.iRET- Non, non, n’y pensez pas. D'ail-
violette. Marcadet somme
mercadet. Ta Question ne me laisse pas le temps de le dorer la pilule! tu m’as deviné... verdelin • Oh! mon vieux camarade, je n’en
leiTrt ™ii"ra Yenir, eï pour que Je le renfoie j «i P»», .«* J® »«i» (rare, j'en -aurai, que je nu 1 -- - - r | pourrais pas i en donner. Ecoute, je ta» déjà
sons conclure l’affaire avec lui, il faudrait qu’elle fût finie avec un autre... ci comrao c'est impossible, adieu et bon espoir... vous rentrer** dans vos trente mille francs.
violette. Mais pourtant. . •
«** mercadet, entrant. Mou ami, voilà Verdelin qui vient.
mercadet, à pari. Boni (/faut.) Retenez-lo un instant. I AZ“« Mercadet tort.) Au revoir, père Violette.
violette. Kh bien, non... tenez, j’ai la somme sur moi et je la donne.
mercadkt. Vous, six... mille francs.
violette. C’est... c’est un arm qui m’a charge de lui trouver un bon placement et ■sa cad et. El vous n'en trouverez jamais un meilleur... tantôt nous signerons notre oclo ! (Il prend U* Miels.) Ma loi!... tant pis pour Verdelin, il manque le Poloee !
violette. A tantôt.
MERCADET. A tantôt; sortez par mon cabinet ! (Itle reconduit par la gauche. Madame Mercadet entre.)
mercadet. Mercadet !
MERCADET, reparaissant. Ah I chère amie!
je suis un malheureux 1 je devrais me brûler la cervelle 1
mercadet. Grand Dieu I qu’y a-l-il donc ? mercadet. Il y a que là, tout à l'heure, j’êi demandé six mille francs à ce faux ruine de père Violette.
h»* mercadet. Il vous les a refusés.
MERCADET. Il me les a donnés au cotftraire. ■*• mercadet. Eh bien !
mercadet. Je suis un malheureux, vous disje, car il me les a donnés si vite, que j’en aurais eu dix mille si j’avais su in’y prendre.
■»• mercadet. Quel homme! Vous savez que Verdelin est cher moi.
mercadet. Priex-le devenir... Enfin! j*ai le trousseau de Julie, il no nous manque que l’argent nécessaire pour vos robes et pour la maison d’iciau mariage !... Bnsoyez-moi Verdélia.
mercadet. Oui, c'est votre ami, celuilà... vous réussirez. (Elle tort.)
■BRCADBT, seul, C’est mon ami 1 oui, mais il a tout l’orgueil de la fortune; car il n’a par eu, comme moi, son Godeau ! Après tout Godeau... Godeau, je crois qu’il m’a déjà rapporté plus d'argent qu’il ne m’en a pris