MERCADET, VERDELIN
prêté tout ce dont mis moyens me permet i aient do disposer; je no lo l’ai jamais redo- ; mandé ; je suis ton ami et ton créancier; eh bien, si je n’avais pas pour toi le cœur plein I de reconnaissance, si j’étais un homme ordinaire, il y a longtemps que le créancier aurait tué l'ami... diantre, tout a ses limites dans ce monde!
mercadet. L’amitié, oui!... mais non lo malin ur.
verdelin. Si j’étais assez ri< he pour te sau- ' ver tout à fait, pour éteindre entièrement ta i robe, dette, je le ferais de grand cœur, carj'aimeton courage, mais lu do»s succomber !... les d*>rmè es entreprises, quoique spirituellement orgues, ont croulé, tu t’es déconsidéré, tu es devenu dangereux. Tu n’as pas su profiler do la vogue momentanée de les operations !.. . quand lu seras tombé, tu trouveras du pain chez moi ; mais le devoir d'un ami est de non» dire de ces choses-là.
verdelin. Bonjour, Mercadet ; de quoi s’agit-il? parle vite, on m’a arrêté au passage •* monte chez Bredif.
mfrcadet. Un homme de cette espèce peut bien attendre. Comment! toi, tu vas chez un Brédif!
verdeur. Mon cher, si on n'allait que chez des gens qu’on estime, on ne ferait jamais de visites.
mbrcadst. On ne rentrerait même pas chez soi.
terdblir. Voyons, que me veux-tu?
«olai ion au milieu de mes récents désastres ; ce* femmes ont été si douces, si patientes! je le* voudrais voir à l’abri du malheurt... Oh! là sont mes vraies souffrances! J’ai, dans ceg derniers temps, bu des calices bien amers, j’ai trébuché sur le pavé de bois, j’ai créé dp* monopoles, ot l'on m’en a dépouillé!... Eh bien, ce ne serait rien auprès do la douleur de me voir refusé par loi dans celte circonstance suprême! Enfin je ne te dirai pas ce qui arriverait ; car je ne veux rien devoir à la pitié 1 !...
verdelin. Mille écusl... mais à quoi veuxtu les employer?
mercadet, à paru Je les aurai! (H dut.) Eh! mon cher, un gendre est un oiseau qu'un rien effarouche; uno dentelle de moins sur une est toute uno révélation I... Les toi-
MMCAtirr. Que «Mil r.mitlé «n, le (.l'Mrl »“r P.1*” c’OTl '«"“P8"1'
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lottes sont commandées, les marchandes vont les apporter... Oui, j’ai eu l'imprudenco do dire que je payerais tout, je comptais sut loi 1 Verdelin, un millier d’ccus ne le tuera pas, toi qui as soixante millo francs de rentes, et ce sera la vie d’une pauvre enfant qic tu aimes; car tu oimos Julie!... elle est folle de la petite ; elles jouent ensemble comme des bienheureuses. Laisseras tu l’amie do ta fille sécher ça porte mal-
de se trouver sage ot de voir son ami fou. .. de se trouver à l’aise et de voir son ami gêné, de «o complimenter en lui disant des choses désagréables? Ainsi je suis au ban de l'opinion publique?
verdelin. Je ne dis pas tout à fait cela, non, tu passes encore pour un honnête homme, niai» la nécessité te forco à recourir à des moyens.. «
mercadet. Qui ne sont pas justifiés par le suret » comme chez les heureux Ah I le succès I de combien d’infamies so «ompose un succès! tu vas lo savoir... Moi, ce malin, j’ai détermine ta baisse que tu veux opérer sur les mines de la Basse-lndro, afin de t’emparer de l uffa ire pendant que le compte-rendu des ingénieurs va rester dans l’ombre.
verdeur. Chut! Mercadot, est-ce vrai?.,. Je te reconnais bien là.
mercadet . Ceci est pour te faire comprendre que jn n'ai pas besoin de conseils ni de morale, mais d'argont. Hélas I je ne l’en demande pas pour moi, mon bon ami, mais je marie ma fille, et nous sommes arrivés ici secrètement à la misère. Tu lo trouves dans une maison où règne l’indigence sous les apparences du luxe. Los piomesics, le crédit, tout est usél et si je ne solde pas en argent quelque» frais indispensables, ce mariage manquera. . . Enfin, il me fau» ici quinze jours d’opulence, comme à toi vingt-quatre heures de mensonge à ta Bourse. Verdelin, cette demande ne se renouvellera pas; je n’at pas deux filles. Faut-il tout dire? ma femmo et ma fille n’ont pas de toilette!. .. (A part.) Il hésite.
vkudelir, d part. Il m’a joué tant de comédies, que je ne sais pas si sa fille se marie, elle no peut pas se marier I
mercadet • H faut donner aujourd'hui même un dîner à mon futur gendre, qu’un ami commun nous prescrit**, et je n’ai plus mon argenterie. fclle est*., tu sai‘... non-seulement jfai besoin d'uu millier d’ècus, mais encore j espère que tu me prôioras ton service de table et quo lu viendras dîner avec la femme...
verdelin. Mille écus, Mercadet ! mais personne n'a mille ecus... à prêter. A peine les a-t-ou pour soi; si on les prêtait toujours, on ne Ie9 aurait jamais.
mercadet, à part. Il y viendra. (Haut.) Voyons, Verdelin. j’aime ma femme et ma fille. Ces sentiments-là, mon ami, sont ma soûle con-
vBRDELtE. Mon cher, je n’ai pas mille écu* ; je puis te prêter mon argenterie; mais je n’ai pas...
mercadet. Un bon sur 1a Banque, c’e>t bientôt signé.
vrrdblir. Je... non...
mercadet. Ah l ma pauvre enfant! tout est ditl. . 0 mon Dieu! pardonnez-moi de terminer le rêve pénible de mon exisleme, et laisscz-moi me réveiller dans votre sein!...
verdelin. Mais., as-tu vraiment trouvé un gendre?...
mercadet. Si j’ai trouvé un gendrol... Tu mets cela en dont*»! Ah! refuse-moi durertient les moyens de faire lo bonheur de ma fille, mai» ne m’insulte pas!... Je suis donc tombé bien bas, pour que... Oh! Verdelin I je ne voudrais pas pour mille é'us avoir eu cette idéo sur toi ! tu no peux êlro absous qu’en me les donnant.
vf.rdelir. Je vais aller voir si je puis... mercadet. Non, ceci est uno manière de me refuser!... Gomment 1 toi, à qui je les ai vus dépenser pour une chose de vanité.... pour une amourette, tune les mettrais pas à une bonne action !. .
sanELiR. En ce moment, il y a peu de... bonnes actions. ...
mercadet. Ah! ah 1 aht il est jolil... Tu ris.... il y a réaction!
verdelin. Ah I ah! ah!
mercadet. F.h bien, mon vieux, deux amis qui ont tant roulé dans le vio !... qui l’ont commencée ensemble J ... En avous-nou- dit et fait I hein?... Tu ne te souviens donc pas de notre bon temps, où c’était à la vie, à la mort entre nous?
verdelin. Te rappelles-tu notre partieà Rambouillet, où je me suis battu pour toi avec cet officier de la garde?
mercadet. Oh l je t’avais cédé Clarisse I Étions-nous gais!... élions-nou* jeunes!... tl aujourd’hui nous avons dos filles!... des filles à marier!... Ah! si Clarisse vivait, elle te reprocherait ton hésitation !
verdelin . Si elle avait vécu, je ne me serais jamais marié.
mercadet. C’est que tu sais aimer, toi!...
Ainsi je puii compter wr toi pour dtn©r, et tn me donnes ta parole d’honneur de m’envoyer...
verdeur. Le service?
mercadkt. Ht les mille écus. . .
verdelin. Ahl... tu y reviens encor©!... Je t’ai dit quo je ne pouvais pas.
neucadet. à pari. Cet homme ne mourra certes pas d’un anévrysme. (Haut.) Maisjesorai donc assassiné par mon meilleur ami. . . Ah ! c'est toujours ainsi !... insensible au souvenir de Clarisse!.... et au désespoir d'un père!... Ah! c'est fini!... je suis au désespoir !... Tiens! je vais me brûler la cervelle !...