SCÈNE H
Les Mêmes, MERCADET.
mrrcaokt. Monsieur, vous aimez ma Allé?
minard. Oui, monsieur.
mercaoet. Du moins elle le croit, vous avez eu le talent de la persuader...
minard. Votre manière de vous exprimer annonce un doute qui, venant de tout autre que vous, m'offenserait. Comment n'aimerais je pas mademoiselle?... Abandonné par mes parents, votre fille, monsieur, est la seule personne qui m’ait fait connaître le© bonheurs de l'affection. Mademoiselle Julie est à la fois une soaur et une amie, bile est toute ma famille. Elle seule m'a souri, m’a encourage; aussi estelle aimée au del* de toute expression!... jolie. Dois-je rester, mon père?
MERCADET , d ta fille. Gourmande 1 (A Minard.) Monsieur, j’ai sur l’amour entre jeunes g< ns, les idée© positive© que I on reproche aux vieillards... Ma défiance est d’autant plus légitime, que jo uw suis pas d© ces pères aveugla par la paternité. Je vols Julio comme elle est; sans ètro laide, elle ne possède pas cotte beautf qui fait crier... Ah!... hile n’est ni bien ni mal.
minard. Vous vous trompez, monsieur; j’ose vous dire que vous ne connaissez pas votre fille. mrrcaokt. Permettez!.., mina h o. Tous ne la connaissez pas, monsieur !
mr rc* dit. Mais si fait! Parfaitement! je la connais... comme si... enfin je la connais, minard. Non, monsieur.
mbrcadet. Ah ! encore !
minard. Vous connaissez la Julie que tout te monde voit : mais l’amour l'a transfigurée 1 La tendresse, le dévouement lui communiquent une beauté ravissante , que moi seul ai crée©. jülie. Mon père, je suis honteuse.
mbrcadet. Dis donc heureuse... Et si vous lui répétez ces choses-là. ..
minard. Cent fois, mille fois, et jamais assez ! U n’y a pas de crime à les dire devant un père I mircadet. Vous me flattez! je me croyais son père; mais vous été* le père d’une Julio avec laquelle je voudrais faire connaissance. minard. Mais vous n'avez donc pas aimé? mercadst. Benucoup ! J’ai , comme tous les hommes, traîné ce boulet d’or 1 minard. Autrefois, mais aujourd’hui nous aimons mieux.
mbrcadet. Que faites-vous donc ?
minard. Nous nous attachons à l’âme! à l’idéal !
mbrcadet. C'est ce que nous appelions, sous l’empire, avoir le bandoau sur les yeux.
minard. C'est l’amour, le saint et pur amour, qui suffit pour charmer toutes les heures de la vie.
mbrcadet. Oui, toutes !... excepté les heures des repas...
julie. Mon père, ne vous moquez pas do deux enfants qui s'aiment d’une passion vraie, pure, parce qu elle est appuyée sur In connaissance des caractères, sur la certitude d’une mutuelle ardeur à combattre les difficultés de la vie, enfin deux enfants qui aimeront bien. minard, à Mercadet. Quel ange! monsieur î mbrcadet, d part. Je vais t'en donner do l’ang©’... Heureux enfants... Vous vous aimez donc, quel joli roman... (A Minard.) Vous la voulez pour femme ?
minard. Oui, monsieur.
mercadet. Malgré tous les obstacles ?
minard. Je suis venu pour les vaincre!
julie. Mon père, ne me saurez-vous pas gré d’nn choix qui vous donne un fils plein de sentiments élevés, doué d’une âme forte ot... minard. Mademoiselle...
julie. Oui, monsieur, oui, jo parlerai aussi, moi.
mercadet. Ma fille, va voir ta mère, laissemoi parler d’affaires beaucoup moins immatérielles.
julie. Au revoir, mon père.
mbrcadet. Va, mon enfant, va.
minard, à part. Allons, j’ai bon espoir! mercadet. Monsieur, je suis rainé.
minard. Que signifie?
mbrcadet. Totalement ruiné... Et si vouj voulez ma Julie, ello sera bien à vous. Elle sera mieux chez vous, quelque pauvre quo vous soyez, que dans la maison paternelle.. . Non-seule mont elle est sans do», mais elle est dotée de parents pauvres... plus que pauvres.
misard. Plus que pauvres !.. mais U n’ya rien au delà !
mercadst. Si, monsieur, nous avons de© deites, beaucoup de dettes. . . il y en a môme de criardes.
minard. Non, non, c’est impossible!
mbrcadet . Vous ne me croyez pas. (A part.)
Il est têtu!. . . |7/auf.)Tenez. mon gendre, voici des papiers de famille qui attesteront notre fortune. . .
minard. Monsieur, . .
mercadet. Négatif ol Usez... foici copie du prorés- ver bal de la saisie de noire mobilier. minard. Se peut-il?
mkrcadbt. Parfaitement! Voici descommandcmenlsen masse! un© significatiou de contrainte par corps faite hier. . . Vous soyez que cela deviout pressant !.. Enfin, voici toutes mes sommations, tous mes protêts, tous mes jugements classés par ordre. . . car, jeune homme, retenez bien ceci, c’est surtout dans le désordre qu’il faut avoir de l'ordre. Un désordre bien rangé, on s'y retrouve, on le domine. Que petit dire un créancier qui voit sa dette inscrite à son numéro?... Je me sais modelé sur le gou* 1 v ornement, tout suit l’ordre alphabétique. Je ! n'ai pas encore entamé la lettre A.
minard. Vous n’avei encore rien payé ?
mkrcadbt. A peu près... Vous connaissez , j l'état de mee charges, vous savez la tenue des livres... Tenez, total trois cent quatre-vingt mille !
mixard. Oui, monsieur, la récapitulation est là!
mkrcadbt. Vous comprenez alors b quel point vous ma faisiez frémir, quand vous vous enferriez devant ma fille avec vos belles proies talions!... Car épouser uoc fille pauvre quand, comme vous, on n'a que dix-huit cents francs d’appointements, c’est marier le protêt avec la saisie.
minard. Ruiné, ruiné sans ressource !
mbrcadkt, à part. J’en étais sûr! [Haut.) Eh bien I jeune homme?
minard. Je vous reinercio, monsieur, de la franchise de cet aveu...
mbrcadkt. Uod! et... l'idéal... et votre amour pour ma fille.
minard. Julio... Vous m'avez ouvert les yeux, monsieur.
mbrcadkt, à part. Allons donc.
minard. Je croyais l'aimer d'un amour sans égal, et voilà que je l’aime cent fois plus !
mbrcadkt- Hein !... Comment?. . . Fiait-
il?...
minard. Ne veDez-vous pas de m’apprendro qu’ello aura besoiu de tout mon courage, do tout mon dévouement! Je la rendrai heureuse autrement que par ma tendresse, elle me sera reconnaissante «le tous mes effet ta, elle m'aimera pour mes veilles, pour mon travail.
■m cadet. Vous voulez donc toujours l'épouser?
minard. Si je le veux! mais quand jo vous croyais riche, je ne vous la demandais qu’en tremblant et presque honteux do ma pauvreté; maintenant, monsieur, c’est avec assurance, c’est avec bonheur que je vous la demande !
mbrcadkt. Allons I c’est un amour bien vrai, bien sincère, bien noble! et comme je no croyais pas qu'il y en eût dans lo monde! (A Minard.) Pardonnez-moi, jeune homme, l'opinion que j’ai eue de vous... pardonuez-moi surtout le chagrin que je vais vous Caire... minard. Comment ?
mercadet. Monsieur Minard... Julie.. • ne j peut pas être votre femme ' minard. Eh quoi ! monsieur... malgré notre amour, malgré ce que vous m’avez confié I mbrcadet. A cause do ce que je vous ai confié ; j’ai dépouillé pour vous Mercadet le richard, je vais dépouiller aussi l’homme d’affaires sceptique! je vous ai franchement ouvert mes livres, je vais vous ouvrir franchement mon cœur.
minard. Parlez, monsieur, mais rappelezvous b quel point j’adore mademoiselle Julie... Rappelez-vous que mon dévouement pourra seul égaler mon amour.
mrrcadbt. Soit!... A force do veilles ot de travail vous (ci es vivre Julie!... ol qui nous fera livre, sa mère et moi?
minard. Ali ! croyez, monsieur...
mbrcadkt. Vous travaillerez pour quatre au heu do travailler pour deux !... et vous succomberez b la lAchel... ot lo pain que vous nous donnerez, vous l'arracherez un jour des mains de vos enfants...
minard. Que dites-vous?
mercadet. El moi, malgré vos généreux efforts, je tomberai écrasé sous une ruine honteuse... car les sommes énormes que jo doi?, un brillant mariage pour ma fille peut seul en éloigner lechëanco.. Avec du temps jo retrouve U confiance, le crédit ; avec l'aide d’un gendre riche, je roconquicis n o j orition, ma fortune ! Lo mariage de ma fille! Mais c’est notre dernière ancre de salut... Ce mariage c’csl notre espérance, notre richesse, c’est notre honneur, monsieur !... et puisque vous aimez ma fille, c’est b cet amour môme que j*en appelle, mon ami... ne la condamnez pas b la misère, ne 1a condamnez pas au regret d’avoir causé la perte et la honte de son pore !
minard. Mais que demandez-vous?... quo voulez-vous que je fasse?
mbrcadkt. Je veux que vous trouviez dans cette noble affection que vous avez pour elle, plus de courage que je n’en aurais moi-même. minard. Ce courage, je fautai.
mrrcadbt. Kcoutez-moi bien... Si je vous refusais Julie, Julie refuserait celui que je lui destine. Il faut donc... que je vous accorde sa main. .. et que ce soit vous.
minard. Moi!... elle lie le croira pas, monsieur...
mbrcadkt. Elle vous croira, si vous dites que vous craignez la pauvreté pour elle.
minard. Elle m’accusera d’avoir spéculé sur sa fortune.
mbrcadkt. Elle vous devra le bonheur.
minard. Mais olle me méprisera, monsieur! mercadet. C’est vrai! mais si j’ai bien lu dans votre cœur, vous l’aimez assez pour vous sacrifier tout entier au bonheur de sa vio. La voilb, monsieur, sa mère est avec elle... C’est pour elles deux que jo vous prie, monsieur; puis-jo compter sur vous?
MBRCADET. Vous. .. le pOUVCZ.
minard. Bien, bien... merci.