‹ Mercadet comedie en trois actes, en proseChapitre 22 sur 40 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Lrs Mêmes, MFRCADET.

MBRcadrt. Bonjour, mon cher MéricourtWy/ de la Brive.) Ces dames vous font attendre, monsieur: ah t les toilettes... moi, j’étaisen train de congédier... parbleu, je puis vous lo dire, un prétendant è la main de Julio.. . Pauvre jeune nomme 1... j’ai peut-être été sévère, et je le

filai ns, Il adore ma fille . . . que voulez-vous ? 1 n’a que dix mille francs de rentes.

dr la brivr. Oq ne va pas loin avec cela ! mrrcadet. On végète !

dr u brivr. Et vous n'èles pas homme è donner une fille riche et spirituelle au premier venu. . .

kéricourt. Non certes...

mrrcadet. Monsieus, avant que ces dames no viennent, nous pouvons traiter les affaires sérieuses.

dr la brivr. Voici la crise J ■ercadrt. Aimez-vous bien ma fille?

de la brive. Passionnément !.. .

mkrcadkt. Passionnément !

kéricourt, bas. Tu vas trop loin...

dr la brivr, bat. Aitouds 1 [Haut.) Monsieur, je suis ambitieux. . . et j’ai vu en mademoiselle Julie une personne très-distinguée, pleine d'esprit, douée do charmantes manières, qui no sera jamais déplacée en quelque lieu que me porte ma fortune, et c’est uno des conditions essentielles à un homme politique.

hrrcadkt. Je vous comprends! on trouvo toujours une femme, mais il est très-rare qu’un homme qui veut être ministre ou ambassadeur, rencontre (disons le mot, nous sommes entre hommes!) sa femelle .. Vous êtes un homtno d’esprit, monsieur.

dr la brivr. Monsieur, je suis socialiste. mrhcadrt. Uno nouvello entreprise ! mais parlons d’ intérêt, maintenant.

kéricourt. H me semble que cela regarde les notaires.

dr la brive. Monsieur a raison, cola nuus regarde bien davantago !

mrrcadet. Monsieur a raison.

de la brive. Monsieur, je possède pour Imite fortune la tenu de la Hrive. Lite est dans ma famille depuis cinquante ans , ot n’on sortira jamais, je l’espère.

mrrcadrt. Aujourd’hui, peut-être, vaut-il mieux avoir des capitaux. Les capitaux sont sous la main. S'il éclate une révolution, et nous en avons bien vu des révolutions, les capitaux nous suivent partout. La terre, au contraire , la terre paye pour tout le monde. Ellu reste Ut, commo une sotte, è supporter les irupêts, tandis que le capital s'esquive 1 Mais co ne sera pas un obstacle... Quelle est son importance?

db la brive. Trois millo arpents sans enclaves.

mrrcadrt. Sans enclaves ?

mbricourt. Quo vous ai-je dit?

mercadet. Monsieur!

DR LA BRIVR. Un ch&lOâU...

mbrcadet. Monsieur!

dr LA brive. Des marais saLuls qu’on pourrait exploiter dès que l'administration voudra le permettre, et qui donneraient dus produits énormes!

mehcadbt. Monsieurl Pourquoi nous sommesnous connus si lard !... Celle terre est donc au bord de la mer?

dr la brivr. A uno dcmi-lieue.

I MERCADBT. Elle OSt silUÛO ?

ph u bhiv*. Près de Bordeaux.

mkrcadet. Vous avez des vignes?

de la «rive. Non, monsieur, non, heureusement! car on e«t très- embarrassé de placer v% vins, et puis, U signe demande tant de frais!... Ma torro rut plantée en pins par mon grand père, homme de génie, qui eut l'esprit de se sacrifier à la fortune de ses enfants... Ah! j'ai le mobilier que vous me connaissez...

mrrcadet. Monsieur, un moment; un homme d'affaires met les points sur les I...

ne la antre, bon. Aïe, aïel...

hercaoet. Vos terres, vos marais.... car je rois tout le parti qu'on peut tirer de ces marais'... On peut former une société en commandite pour l’exploitation dos marais salant» do la Brive!... Il y a là plus d'un million!..

de la BRirB. Je le sais bien , monsieur , il ne s'agit quo de se le faire offrir.

■brcadet, à part. Voilà un mot qui révéle une certaine intelligence. (Haut.) Mais aroirous des dettes? Est-ce hypothéqué?

mêricourt. Vous n’estimeriez pas mon ami s’il n’avait pas do dettes...

de la brive. Je serai franc, monsieur ; il y a pour quarante-cinq mille francs d’hypothèques sur la terre de la Brive*

mbrcadbt, à part. Innocent jeune homme!

il pouvait,.. (Haut.) Vous avez mon agrément; vous serez mon gendre, tous ôtes l'époux de mon choix. Vous ne connaissez pas votre fortune!!!

de la rrive, à Mêricourt. Mais cela va trop bien !

mêricourt, à de la Brive, Il a ru une spéculation qui l’éblouit.

mrrcadet, à part. Avoc des protections, et on les achète, on les achète, on peut faire des salines. Je suis sauvé. (Haut.) PermeUez-moi do vous serrer la main à l'anglaise; vous réalisez tout ce quo j’attendais de mon gendre. Je le rois , vous n’avez pas l’esprit étroit des propriétaires de la province, nous nous entendrons.

de la bbivb. Monsieur, vous no trouverez pas mauvais que de mon côté je vous demande. .

mrrcadet Quelle sera la fortune de ma fille? Je ine défierais de vous si vous ne le faisiez past... Ma fille se marie an-c ses droits; sa mi-ro lui fera l'abandon de ses biens, en une petite propriété, une petite fermu qui n’a que deux conta arpents, niais qui est en pleine Bi ie, bien bâtie, ma foi t... Moi, je lui donne deux cent mille francs, dont je vous servirai la renie ju?qu’à cp quo vous ayez trouvé un placement sûr!... Car, jeune homme, il ne faut pas vous abuser, nous allons brasser des affaires; moi, in vous aime, vous me plaisez... vous aYez de l'ambition !...

or la brivb. Oui, monsiour.

MEftCAOET- Vous aimez le luxe, la dépense, vous voulez briller à Paris...

or la Min. Oui, monsieur.

mercapbt. Et jouer un rôle...

pr la brive. Oui, monsieur.

mk' csdkt. Eh bien! déjà vieux, obligé de reporter mon ambition sur un autre moi-même, je vous laisserai le rôle brillant.

ni la brive. Monsieur, j’aurais eu à choisir entre tous les beaux-pèn» de Pana, c’est à vous que j’aurais donne la préférence. Vous ôtes selon mon cœur! Permettez que je vous serre la main à l'anglaise! (Autre poignée de main.) mercauet, à part. Mais ça va trop bion ! pi la brive, à part. Il donne dans mon étang la têt« la première.

mbrcadbt, à part. H accepte une rente !

mêricourt, à de U» Brive. Tu ea content?

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