DE LA BRIVE, MERICOURÎ
Justin. Monsieur prie ces messieurs de vouloir bien l'atieodre ici.
m&ricourt. Enfin, mon cher, te voilb dans la place, et tu vas dire bientôt officiellement lo prétendu de mademoiselle Mercadet ! Conduis bien ta barque, le père est un finaud.
de la brivb. Et c’est ce qui m’effraye, il sera difficile !
mbricogrt. Je no crois pas ; Mercadet est un spéculateur, riche aujourd’hui, demain U peut se trouver pauvre. D’après le peu que sa femme m'a dit de ses affaires, jo crois qu’il est enchanté de mettre une portion de sa fortuno sous le nom de sa fille, et d’avoir un gendre capable de l'aider dans scs conceptions.
DR la rrive. C'est une idée! elle me va ; mais s’il voulait prendre trop de renseignements?
mèricourt. J’en ai donné d’excellents b monsieur Mercadet.
de la brivb. Ce qui m'arrive est tellement heureux !...
uénicouRT. Vas-tu perdre ton aplomb do dandy ? Je comprends Dieu tout ce que ta situation a de périlleux. Il faut être arrivé au dernier degré de désespoir pour se marier. Le mariage est le suicide des dandy?, aorès en avoir été la plus belle gloire. (Bas.) Voyons, peux-tu tenir encore?
db la brivb. Si je n'avais pas deux noms, un
MERCADBT.
pour les huissiers, un autre pour le monde élégant, je serais banni du boulevard. Les femmes et moi, lu le sais, nous nous sommes ruinés réciproquement, et par les mœurs qui cou • rent, rencontrer uue Anglaise, uno aimable douairière, un Potose amoureux 1 c’est comme les carlins, une espèce perdue I méricocrt. Le jeu?
ni la mit*. Oh! le jeu n’est une reasource infaillible que pour certains chevaliers, et je ne suis pas assez fou pour risquer le déshonneur contre quelques gains, qui toujours ont leur terme. La publicité, mon cher, a perdu toutes les mauvaises carrières où jadis on faisait fortune. Donc, sur cent mille francs d’acceptations, l’usure ne me donnerait pas dix mille francs! Pierquin m’a renvoyé à un sou s- Pierquin, un petit père Violette, qui a dit à mon courtier que ce serait acheter des timbres trop cher... Mon tailleur ae refuse i com- ! prendre mon avenir. Mon cheval vit h crédit, Quant à ce petit malheureux, si bien vêtu, mon tigre, je ne sais pas comment il respire, ni où il se nourrit. Je n’oae pénétrer co mystère. Or, commo nous ne sommes pas assez avancés en civiliaation pour qu’on fasse une loi semblable è celle des Juifs qui supprimait toutes les dettes è chaque demi-siècle, il faut payer do sa personne. On dira do moi des horreurs. . . Un jeune homme très-compte parmi les élégants, assez heureux au jeu, do figure passable, qui n’a pas vingt-huit ans, *e marier avec la fille d’un riche spéculateur 1 ■£iucocit. Qu'importe!
dr u saivi. C’est un peu leste! mais je me lasse de la vie fainéante. Je le voie, le plus court chemin pour amasser du bien, c’est encore de travailler ! mais. . . poire malheur, h nous autres, est de nous sentir aptes à tout, et do n’ôtre, en définitive, bons» rien! Un homme comme moi, capable d’inspirer des passions et de les justifier, ne peut dire ni commis ni soldat t La société n’a pas crée d’emploi pour nous. Eh bien! je ferai des affaires avec Mercadet ; c’est un des plus faiseurs. Tu es bien sûr qu’il ne peut pu donner moins de cent cinquante mille francs è sa (file?
méricocrt. Mou cher, d'après la tenue de madame liercadet: enfin, tu la vois è toutes les premières représentations : aux Bouffes à l’Opéra, elle est d’une élégance. . .
x>« u mivi. Mais je suis assez élégant, moi, et.. .
mbricourt. Vois... tout annonce ici l’opulence.. . Oh I. .. ils sont très-bien !
db La am va. C’est la splendeur bourgeoise... du cossu, ça promet.
mbricourt. Puis, la mère a dos principes-. . mœurs irréprochables. As-tu le temps do conclure?
db labrivr. Je me suis mis en mesure. J'ai gagné hier, au club, de auoi faire les choses très-bien; pour la corbeille, je donnerai quelque chose, et je devrai le reste.
mérj court. Sans me compter, k quoi montent tes dettes?
dr la BRivi. Une bagatelle! cent cinquante mille francs, que mon beau-père fera réduire è cinquante mille ; il me restera donc cent mille francs, et c’est de quoi lancer une première affaire. Je l’ai toujours dit, je ne dcvieupri riche quo lorsque je n’aurai plus le sou.
méricocrt. Mercadet est un homme fin ; il te questionnera sur la fortune: es-tu préparé?
dr la brive. N’ni-jepasla terre de la Brive ? trois mille arpents dans les landes, qui valent trente millo francs, hypothéquée do quarantecinq mille francs, et qui peut so mettre eu actions, pour ou extraire n1 importe quoi; au
chiffre de cent mille écus ? lu uo to figures pas I ce qu’ello m’a rapporté celte terre !...
méricocrt. Ton nom, la terre et ton cheval sont è deux fins.
dr la brivr. Pas si haut I...
kéricourt. Ainsi, tu es bien décidé ?
dr la brivr. D’autant plus que je veux être qd homme politique.
mbricourt. Au fait... tu es bien assez habile pour ça t
dr la brivr. Je serti d’abord journaliste 1 méricocrt. Toi, qui n’as pas écrit deux lignes !
dr u brivr. 11 y a les journalistes qui écrivent et ceux qui n’écrivcnt point. Les uns, les rédacteurs, sont les chevaux qui traînent la voilure ; les autres, les propriétaires, sont les entrepreneurs : iù donnent aux uns de l’avoine et gardent les capitaux. Je serai pro- | priétaire. On se pose fièrement. .. on dit : La question d’Orient. .. question très-grave, question qui nous mènera loin , et dont on ne se doute pas!. .. On résume une discussion en s’écriant ; L’Angleterre, monsiour, nous jouera toujours ; ou bien on répond è un monsieur qui a parlé longtemps et qu’on n’a pas écouté : Nous marchons è un abîme, nous n’avons pas encore accompli louios les évolutions de la phase révolutionnaire! A un industriel : Monsieur, je pense que sur cette question il y a quelque chose è faire. Ou parle fort peu, on court, on se rend utile, on fait les démarches qu’un homme au pouvoir ne peut pas faire luiniême...Ou passe pour donner le sens è des articles... remarques! ut puis, s’il le faut absolument, eh bien, on trouve à publier un volume jaune sur une utopie quelconque, si bien écrit, si fort, quo personne no l’ouvre, et quo tout le monde dit l'avoir lu ! On devient alors un hommu sérioui, et l’on finit par se trouver quelqu’un ou lieu deie trouver quelque chose.
méricocrt. Hélas ! ton programme a souvent raison de notre temps.
dr la brivr. Maisnousen voyons d’éda tan les preuves ! Pour vous appeler au partage du pouvoir, on no vous démail lé pas aujourd’hui ce que vous pouvez faire de bion, mais co que vous pouvez faire do mal. 11 ne s’agit pas seulement d’avoir des talents, mais d’inspirer la peur. On est très-craintif et politique. Aussi, le lendemain de mon mariage, aurai-je un air grave, profond, et des principes ! Je puis choisir, nous avons en France uno carte do principes aussi variée que celle d’un restaurateur. Je serai... socialiste. . . Le mot me plaît I A toutes les époques, mon cher, il y a des adjectifs qui sont lcpasïc-parlout des ambitions ! Avant 1789, ou se disait économiste ; en 1815, on était libéral ; le parti de domain s’appellera social ! peul-êiro parce qu’il est insocial. Car en France, il faut toujours prendre l’envers du mot pour on trouver la vraie signification!...
méricocrt. Mais, entre nous, tu n'as quo le jargon du bal masqué, qui passe pour de l’espril auprès de ceux qui ne parlent pas. Comment feras-tu? car il faut un peu do savuir.
DR la brivr. Mon ami, dans toutes les parties, dans les sciences, dans les arts, dans les lettres, il faut une mise de fonds, des connaissances spécialos, et prouver sa capacité : mais en politique, mon cher, on a tout et on est tout, avec un seul mot.
méricocrt. Lequel?
de la brivr. Celui-ci : les principes de mes amis... l’opinion h laquelle j'apparlicni... cherchez...
méiucovrt. Chut! loboeu-pore!