SCÈNE VI
Les Mêmes, GOULARD.
goulard. Ab! on vous trouve, monsieur, quand vous le voulez bien I m"* mercadet. 11 parait furieux! Mon ami ! mercadet. Monsieur esi mon créancier, ma chère.
goulard. Et je ne sortirai d'ici que lorsque vous m'auros payé.
mercadet, bas. Tu ne sortiras pas d'ici que tu no m'aies donné de l'argent... {Haut.) Ah ! vou9 m’avez rudement poursuivi, Goulard 1 moi, un homme avec qui vous faisiez des affaires considérables!...
goulard. Des affaires où tout n'a pas été bénéfice.
mercadet. Où serait le mérite si elles ne donnaient que des bénéfices ? tout lo monde ferait des affaires.
goulard. Vous ne m'avez pas appelé, je pens •, pour me donner des preuves do votre esprit 1... Je sais que vous en avez plus que moi, car vous avet mou argent.
mercadet. Il faut bien que l’argent soit quoique part. [A sa femme ) Oui, oui, ta vois en monsieur, un homme qui m'a poursuivi comme un lièvro... Allons! convenez-en, Goulard, vous vous ôtes mal conduit... un autre que moi se vengerait en ce moment... car je puis vous faire perdre une bien grosse somme.
goulard. Si vous no me payez pas, je le crois bien, mais vous me payerez... les pièces sont entre les mains du garde du commerce. m** mercadet. Grand Dieu t mercadet. Du... du garde du commerce 1... Ah l perdez-vous l’esprit?... mais vous no sa-
vez donc pas ce que vous faites , malheureux tous nous ruinez, vous et moi, d’un seul coup.
goulard, ému. Comment?... Vous... c’est possible... niais... mais moi.
mercadet. Tous les deux, vous dis-je !... vite, mettez- vous là... écrivez, écrivez... goulard. Écrire... quoi?...
mercadet. Un mot à Delanoy pour qu’il fasse suspendre, et qu'il me donne... les mille écus dont j'ai absolument besoin.
goulard. Allons donc, plus souvent.
mehcadet. Vous hésitez, et quand je marie ma fille a un homme puissamment riche... vous voulez que l’on m’arrête... vous tuez votre créance... vous! !!
goulard. Ah ! vous... mariez...
mkrcadrt. A M. le comte de la Brive... Autant de mille livres do rentes que d’années 1..*
goulard. Si c'est un homme mûr... c'eut une raison pour vous donner un délai... mais le» mille écus!... les mille écus jamais... décidément... rien... ni délai, ni... je m'en vais.
mercadet. Eh bien! partez donc, ingrat!... Mais souvenez-vous que j’ai voulu vous sauver... goulard. M,... me sauver... De quoi?
mercadet, bas. Allons donc!... {Haut.) De quoi?... de la ruine la plus complété.
coulard. De la ruine! c'est impossiblo.
■ercadrt. Comment? vousl... un homme intelligent, habile... un homme... fort enfin ! car il est üèv-fort! ... vous faites do ces affaires... Là, tenez, j’étais furieux contre vous... ce n’est pas par amitié... ma foi, oui, je l'avoue, c'est par égoïsme... J’avoue que jo regardais voire fortune... un peu... comme la mieuno... Je me disais : Je lui dois trop pour qu’il ne m'aiJo pas encore dons les gnndi jours, comme celui-ci par exemple! Et vous allez tout exposer, loul perdre daus une seule entreprise!... tout!.. Ah! vous avez raison «Je mo refus*? mille écus... il vaut mieux le* enfouir avec le reste, vous avez raison de m'envoyer à Uicby, vous y retrouverez du moins un ami I...
gullard. Mercadet! mon cher Mercadet!...
mais c’est donc vrai?
mercadet. Si c'est vrail (A sa femme.) lu ne le croirais jamais... ( A Goulard ) Kln» « fini par se connaître en spéculations... {A sa femme.) Kh bien, ma chère, Goulard est pour une somme... très-considérable !... daus la grande affaire.
Ma* mercadet, honteuse. Monsieur!
mercadet. Quel malheur, ai on n’y parait pas!
goulard. Mercadet! c'est des mines de la Basse-Indre que vous voulez parler?
mercadet. Tiens! parbleu!... (yf part.) Ah l tu as de la Basse-Indre!
goulard. Mais l'affaire me paraissait superbe.
mkrcadrt. Superbe ! Oui, pour ceux qui ont fait vendre hier.
goulahd. On a vendu?
mercadet. En secret dans la coulisse.
goulard. Adieu! merci, Mercadet; madame, mes hommages.
■ercadrt, Varrélant. Goulard!
goulard. Hein?
mercadêt. Et ce mot pour Delanoy.
goulard. Je... lui parlorai pour le délai.
ittUDKT. Non, écrive?, H je pourrai pendant ce temps vous dire quelqu’un qui achètera vos titres.
coulaud, «'asseyant. Toute ma Basse-Indre t (Jl reprend la plume.) Et... qui?...
mercadrt. bas. I.e voyez-vous. 1 honnête homiuc, prêt à voler le prochain. [Haut.) Ecrivez donc... trois mois do délai, hoin?
coolard. Trois mois, ça y est .
mercadet. Mon homme, qui achète en secret de pour de déterminer la hausse, cherche trois cents actions, vous en avez bien trois cents? coulard. J’en ai trois cent cinquante.
mercadet. Cinquante de plus l bah! il les prendra... ( Regardant ce qu’a écrit Coutard.) Avez-vous mis les mille écus?
coolard. Et comment s’appelle-t-il?
mercapet. Il s'appelle? vous n avez pas mis...
coulaud. Son nom !
mercadet. Les mille écus !
cncLARD. Diable d'homme 1 [Il écrit.) Ça y est.
■khcadet. Il s’appelle Pierquin .
coolard, *e levant. Pierquin!
mercadrt. C’est lui du moins qu’on chargera oe l'achat. Rentrez chez vous... et je vous l'enverrai... il no faut pas courir après l’acheteur.
coolard. Jamais ! vous me sauvez la vie. . . Adieu, ami ! Madame, recevez mes vœux pour
10 bonheur do votre fille. (Il sort.) mercadet. Et d’un ! ils y passeront tous.