‹ Mercadet comedie en trois actes, en proseChapitre 9 sur 40 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

M- MEUCADET, MERCADET, JÜL1E.

mercadet. Est-cc vrai, ce que vous venez de lui apprendre lh? car je ne sais plus démêler le sens do ce que voua leur dites.

mercadet. 11 est dans l’intérêt de mon ami Verdelin d’organiser une panique sur les actionsdela Basse-Indre ; entreprise longtemps douteuse, et devenue excellente tout à coup, par les gisements de minorai qu’on vient de découvrir. . . Ah ! si je pouvais acheter pour cent mille écus. . . ma fortune serait. . . mais c’est du mariage de Julio qu’il s’agit.

m“* mercadet Vous connaissez bien ce M. de la Brive, n’est-co pas, mon ami?

mercadet. J'ai dtné chez luil... charmant appartement, belle argenterie, un dessert en vermeil à ses armes 1 donc ce n’était pas emprunté... Oh! notre fille fuit un beau mariage. Et lui. .. bahl quand sur doux époux,

11 y en a un d'heureux, c’eat déjb gentil 1 [Julie entre à droite.)

«■* mercadet. Voici ma fille, monsieur. Julio, votre père et moi, nous avons à vous parler sur on sujet toujours agréable h une fille.

jolie. Monsieur Minard vous a donc parlé, mon père?

mercadet. Monsieur Minard ! Vousallcndiczvous, madame, h trouver un monsieur .Minard établi dans le cœur de votre fille I... Monsieur Minard, serait-cc par hasard ce petit employé. . •

jolie. Oui, papa.

■rrcadet. Vous l’aimez?

jolie. Oui, papa.

mercadet. Il s agit bien d’aimer 1 il faut êtro aimee.

m** MF.ncADET. Vous aime-t-il ?

jolie. Oui, maman !

mercadet. Oui,pap3, oui, maman, pourquoi pas nanon et dada?... Quand les filles sont ultra-majeures, elles parlent comme si elles sortaient de nourrice... Faites à votre mère la politesse do l'appeler madame, afin qu’elle ait les bénéfice» de sa fraîcheur et de sa beauté. jolie. Oui, monsieur...

mercadet. Oh! moi... appelez-moi : mon père, je ne m’en fâcherai pas... Quelles preuves avez-vous d’être aimée ?

jolie. Mais la meilleure preuve, c’est qu’il veut m'épouser.

mercadet. C’est vrai, ces filles ont, comme les petits enfanta, des réponses h vous casser les bras... Apprenez, mademoiselle, qu’un employé h dix-huit cents francs no sait pas aimer... Il n’en a pas le temps, il se doit au travail. ..

m»» mercadet. Mais, malhourouse enfant. .. mercadet. Ah! quel bonheur! Lalnex-moi lui parler... Ecoute, Julie, je te marie h ton Minard... Attends... tu n’as pas le premier sou, tu lo sais, que devenez-vous la lendemain de votre mariage ? y as-tu songe ?

julik. Oui, mon père...

m”* mercadet. Elle est folle.

mercadet. Elle aime, la pauvre fille!... Parle, Julie, je ne suis plus ton père; mais ton confident, je t’écoule.

jolie. Nous nous aimerons.

m rrcadet. Mais l’amour vous enverra-t-il des coupons de rentes au bout de ses flèches? jolie. Mon pèro, nous logerons dans un petit

Srtement, au fond d’un faubourg, au qua- 10 étage, s'il lo faut!., au besoin je serai sa servante. Oh! je m’occuperai des soins du ménage avec un plaisir infini, en songeant qu’on toute chose il s’agira de lui. Je travaillerai pour lui pendant qu’il travaillera pour moi, je lui épargnerai bien des ennuis, il ne s’apercevra jamais do notre gêne., notro ménage sera propre, élégant môme. Mon Dieu ! l’élégance tient k si peu de chose; elle vient de l’Ame, et le bonheur en est h la fois, la cause et l’effet. Jo puis gagner assez avec nia peinture pour ne rien lui coûter, et mémo contribuer aui charges de la vie. D'ailleurs l’amour nous aidera h passer les joute difficiles. Adolphe a de l’ambition comme tous les gens qui ont une âme élevée, et il est de ceux qui arrivent.

mercadet. On arrive garçon ; mais marié l’on sc tue b solder un livre de dépense, h courir après mille francs comme les chiens après uno voiture.

jolie. Mon père, Adolpho a tant de volonté, unie à tant do moyens, que je suis sûre do lo voir un jour... ministre peut-êlro.

mercadet. Aujourd’hui qui est-ce qui ne se voit plus ou moins ministre?... en sortant du collège, on se croit un grand poète, un grand orateur l... Sais-tu oe qu’il serait, ton Adolphe? père do plusieurs enfants qui dérangeront tes plans de travail et d’économie, qui logeront son excellence rue de Clichy et qui to plongeront dans uue affreuse misère... te m’as fait le roman et non l’histoire de la vie.

m“* mercadet. Ma fille, cet amour n’a rien de sérieux.

joue. C’est un amour auquel, de part cl d’autre, nous sacrifierons tout.

mercadet. J’y pense... ton Adolphe nous croit riches?

jolie. Il ne m’a jamais parlé d’argent. mercadet. C’est cela... J’y suis... [A Julie.) Julie, vous allez lui écrire à l’instant do venir me parler.

jour- Ah! mon père !...

mercadet. El tu épouieras monsieur delà Brive... Au lieu d’un quatrième étage dans un faubourg, vous habiterez une belle maison dans la chaussée d’Anlin, et si voiu u’ùles pas 2a femme d’un ministre, vous sorez peut-être ta femme d’un pair de France. Je suis fâché, ma fille, do n’avoir pas mieux à vous offrir... D’ailleurs vous u’aurez paslechoix, monsieur Minard renoncera de lui môme à vous.

jolie. Oh! jamais, mon péri', il vous gagnora le cœur...

m** mercadet. Mon ami, si elle était aimée?... v

mercadet. Elle est trompée...

jolie. Jo demanderais b Vôtre toujours ainsi. f(?r» entend sonner au dehon.)

m*c mercadet. On sonne, et nous n'avons personne pour aller ouvrir.

mf.rcadet. Eh bien! laissez sonner.

m** mercadet. Je m’imagino toujours que Godcau peut revenir.

mercadet. Après huit sans nouvelles, vous espérez encore GoJeaul.., Vous me faites IVfTet de ccs vieux sol Jais qui attendent toujour Napoléon.

mercadet. On sonne encore.

mercadet. Va voir, Julie, dis que ta mère et moi sommes sortis... Si l’on n’a pas la pudeur de croire une jeune fille... ce sera un créancier... laisse entrer.

«*• mercadet. Cet amour, vrai, chez elle du moins, m’a émue.

mercadet. Vous ôtes toutes romanesques.

jolie. Mon père, c’est monsieur Pierquin. mercadet. Un créancier usurier... Ame vile et rampante, qui me ménage parce qu’il mo croit dos ressources; bôto féroce b demi domptée que mon audace rend soumise... Si j’avais Vair de le craindre, il mo dévorerait... Allant à la porte.) Entrez, vous pouvez entrer, Pierquin.

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