ACTE II, SCÈNE II
quand vous vous enferriez devant ma fille avec vos belles protestations!... Car épouser une fille pauvre quand, comme vous, on n’a que dix-huitcenls francs d’appointements, c’est marier le protêt avec la saisie.
MINARD, absorbé.
Ruiné, ruiné sans ressource !
MBRCADET, à part.
J’en étais sûr 1 (Haut.) Eh bien 1 jeune homme ?
MINARD
Je vous remercie, monsieur, de la franchise de cet aveu ..
MBRCADET*
Bon 1... et... l’idéal... et votre amour pour ma fille.
MINARD
Julie... Vous m’avez ouvert les yeux, monsieur.
MERCADET, à paru
Allons donc.
MINARD
Je croyais l’aimtr d’un amour sans égal, et voilà que je 1 l’aime cent fois plus!
Hein! ... Comment?... Plaît-il?...
* MINARD
. Ne venez-vous pas do m’apprendre qu’elle aura besoin de tout mon courage, de tout mon dévouement l Je la rendrai heureuse autrement que par ma tendresse, elle mesura reconnaissante de tous mes efforts, elle m’aimera pour mes veilles, pour mon travail. *
Vous voulez donc toujours l’épouser?
MiNARD.
Si je le veux! mais quand je vous croyais riche, je ne vous la demandais qu’en tremblant et presque honteux de ma pauvreté, maintenant, monsieur, c’est avec assurance, c’est avec bonheur que je yous la demande !
MERCADET, à lui-mêm*.
Allons ! c’est un amour bien vrai, bien sincère, bien noble ! et comme je ne croyais pas qu’il y en eût dans le monde l (AMmard.) Pardonnez-moi, jeune homme, l'opinion que j’ai eue de vous... pardonnez-moi surtout le chagrin que je vais vous faire...
MINARD
Comment?
Monsieur Minard... Julie... ne peut pas être votre femme...
MINARD
Eh quoi ! monsieur... malgré noire amour, malgré ce que Vous m’avez confié !
A cause de ce que je vous ai confié ; j'ai dépouillé pour vous Mercadet le richard, je vais dépouiller aussi l’homme 4’affaires sceptique I je vous ai franchement ouvert mes livres, je vais vous ouvrir franchement mon cœur.
MINARD
Parlez, monsieur, mais rappelez-vous à quel point j’adore mademoiselle Julie... Rappelez-vous que mon dévouement pourra seul égaler mon amour.
•«Soit!... A force de veilles et de travail vous ferez vivre lu* lie !... eyjuinous fera vivre, sa mère et moi?
MINARD
Ah!... croyez, monsieur...
Vous travaillerez pour quatre au lieu de travailler pour deux!... et vous succomberez à la tâche!... et le pain que vous nous donnerez, vous l’arracherez un jour des mains de vos enfants...
MINARD
Que dites-vous? . •