‹ Mercadet comedie en trois actes et en proseChapitre 38 sur 80 · ACTE n, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE IV

sa femme m’a dit de ses affaires, je crois qu’il est enchanté de mettre une portion de sa fortune sous le nom de sa fille, et d’avoir un gendre capable de l’aider dans ses conceptions.

DE LA BRIVE

C’est une idée l elle me va; mais s’il voulait prendre trop de renseignements?

, MÉR1COIIRT.

J’en ai donné d’excellents à monsieur Mercadet.

DE LA BRIVE

Ce qui m’arrive est tellement heureux!...

MÉRICOURT

Yas-tu perdre ton aplomb de dandy ? Je comprends bien tout ce que ta situation a de périlleux. Il faut être arrivé au dernier degré de désespoir pour se marier. Le mariage est le suicide des daudys , après en avoir été la plus belle gloire. ( B “ ) Voyons, peux-tu tenir encore?

Si je n’avais pas deux noms, un pour les huissiers, un autre pour le monde élégant, je serais banni du boulevard. Les femmes et moi, tu le sais, nous nous sommes ruinés réciproquement, et par les mœurs qui courent, rencontrer une Anglaise*, une aimable douairière, un Potose amoureux 1 c’est comme les carlins, une espèce perdue !

méricourt. »

’ Le jeu?

DE LA BRIVE

Oh ! le jeu n’est une ressource infaillible que pour certains chevaliers, et je ne suis pas assez fou pour risquer le déshonneur coutre quelques gains, qui toujours ont leur terme. La publicité, mon cher, a perdu toutes les mauvaises carrières où jadis on faisait fortune. Donc, sur cent jnille francs d’acceptations, l’usure ne me donnerait pas dix mille francs! Pierquin m’a renvoyé à un sous-Pierquin, un petit père Violette, qui a dit à mon courtier que ce serait acheter des timbres trop cher. . . Mon tailleur se refuse à comprendre mon avenir. Mon cheval

vit à crédit. Quant à ce petit malheureux, si bien vêtu, mon tigre, je ne sais pas comment il respire, ni où il se nourrit. Je n’ose pénétrer ce mystère. Or, comme nous ne sommes pas assez avancés en civilisation pour qu'ou fasse une loi semblable à celle des Juifs qui supprimait toutes les dettes à chaque demi-siècle, il faut payer de sa personne. On dira de moi des horreurs .. Un jeune homme très-compté parmi les élégants, assez heureux au jeu, de figure passable, qui n’a pas vingt-huit ans, se marier avec la fille d’un riche spéculateur.

MÉRICOURT

Qu’importe I

DE LA BRIVE

C’est un peu leste! mais je me lasse de la vie fainéante. Je le vois, le plus court chemin pour amasser du bien, c’est encore de travailler! mais... notre malheur, à nous autres, est de nous sentir aptes à tout, et de n’ôtre, en définitive, bons à rien t Un homme comme moi, capable d’inspirer des passions et de les justifier, ne peut être ni commis ni soldat ! La société n'a pas créé d’emploi pour nous. Eh bien ! je ferai des affaires avec Mercadet ; c’est un des plus faiseurs. Tu es bien sûr qu’il ne peut pas donner moins de cent cinquante mille francs à sa fille?

MÉRICOURT

Mon cher, d’après la tenue de madame Mercadet; enfin, tu la vois à toutes les premières représentations : aux Bouffes, à l’Opéra, elle est d’une élégance...

DE LA BRIVE

Mais je suis assez élégant, moi, et...

MÉRICOURT

Vois... tout annonee ici l’opulence... Oh!... ils sont trèsbien!

DE LA BRIVE

C’est la splendeur bourgeoise... du cossu, ça promet.

Page 1