ACTE, II, SCÈNE IV
MÉRICOURT
Puis, la mère a des principes... mœurs irréprochables. Astu le temps de conclure?
DK LA BRIVB.
Je me suis mis en mesure. J’ai gagné hier, au club, de quoi faire les choses très-bien ; pour la corbeille, je donnerai quelque chose, et je devrai le reste.
MÉRICOURT
Sans me compter, à quoi montent tes dettes?
DK LA BRIVB.
Une bagatelle ! cent cinquante mille francs, que mon beaupère fera réduire à cinquante mille ; il me restera donc cent mille francs, et c’est de quoi lancer une première affaire. Je l’ai toujours dit, je ne deviendrai riche que lorsque je n’aurai plus le sou.
MÉRICOURT
Mercadet est uu homme fin ; il te questionnera sur la fortune : es-tu préparé ?
DK LA BRIVB.
N’ai-je pas la terre de la Brive? trois mille arpents dans les landes, qui valent trente mille francs, hypothéquée de quarante-cinq mille francs, et qui peut se mettre en actions , pour en extraire n’importe quoi; au chiffre de cent mille écus? tu ne te figures pas ce qu’elle m’a rapporté cette terre t...
MÉRICOURT
Ton nom, ta terre et ton cheval sont à deux fins.
DB LA BRIVB.
Pas si haut!...
MÉRICOURT
Ainsi, tu es bien décidé?
DB LA BRIVB.
D’autant plus que je veux être un homme politique.
MÉRICOURT
Au fait... tu es bien assez habile pour ça I
DE LA BRIVB.
Je serai d’abord journaliste!
MERICOURT.
Toi, qui n’as pas écrit deux lignes I
DE LA BRIVE
Il y a les journalistes qui écrivent et ceux qui n’écrivent point. Les uns, les rédacteurs, sont les chevaux qui traînent la voiture; les autres, les propriétaires, sont les entrepreneurs : ils donnent aux uns de l’avoine et gardent les capitaux. Je serai propriétaire. On se pose fièrement... on dit : La question d’Oriont... question très-grave, question qui nous mènera loin, et dont on ne se doute pas!... On résume une discussion en s’écriant : L’Angleterre, monsieur, nous jouera toujours; ou bien on répond à un monsieur qui a parlé longtemps et qu’on n’a pas écouté : Nous marchons à un abîme, nousn’avons pas encore accompli toutes les évolutions de la phase révolutionnaire ! A un industriel ; Monsieur, je pense que sur cette question il y a quelque chose à faire. On parle fort peu, on court, on se rend utile, on fait les démarches qu’un homme au pouvoir ne peut pas faire lui-même... On passe pour donner le sens à des articles... remarqués! et puis, s’il le faut absolument, eh bien, on trouve à publier un volume jaune sur une utopie quelconque, si bien écrit, si fort, que personne ne l’ouvre, et que tout le monde dit l’avoir lu ! On devient alors un homme sérieux, et l’on finit par se trouver quelqu’un au lieu de se trouver quelque chose.
MÉRICOURT
Hélas! ton programme a souvent raison de notre temps.
DE LA BRIVE
Mais nous en voyons d’éclatantes preuves! Pour vous appeler au partage du pouvoir, on ne vous demande pas aujourd’hui ce que vous pouvez faire de bien , mais ce que vous pouvez faire de mal. 11 ne s’agit pas seulement d’avoir des talents, mais d’inspirer la peur. On est très-craintif et politique. Aussi, W lendemain de mon mariage, aurai-je un air grave, profond, et des principes ! Je puis choisir, nous avons en France une carte de principes aussi variée que celle d’un restaurateur. Je