HEURES D'ÉTÉ
Apporte les cristaux dorés Et les verres couleur de songe :
Et que notre amour se prolongé Dans les parfums exaspérés 1
Des roses ! Des roses encôr !
Je les adore à la souffrance.
Elles ont la sombre attirance Des choses qui donnent la mort.
L'été d'or croule dans les coupes.
Le sang des pêches que tu coupes Eclabousse ton sein neigeux, '■/'.
Le parc est sombre, comme un gouffre ; ■■ Et c'est dans mon cceur orageux Comme un mal de douceur qui souffre.
Grêle comme un harmonica, L'eau pure des vasques soupire.
Là même étoile en feu se mire En nos verres de vieux muscat..
Ton col superbe, et délicat De Clorinde ou de Lindamire Sort, tout entier, pour qu'on l'admire D'un brocart de pontificat.
Dans le soir de magnificence Les richesses de ta présence Evoquent l'âge florentin ;
Vers le soir de sombre turquoise . .
Monte des coupes du festin, Suave, un songe de framboise.
Lune de cuivre — Parfums lourds.
Comme des lampes sous un dôme Les astres brûlent; l'heure embaume.
Les fleurs dorment dans le velours.
L'âme en langueur des Jardins sourds exhale un vertige d'arômes ; L'eau des porphyres polychromes Dans les bassins pleure — toujours.
Nulle ombre de feuille qui bouge...
Seule, ta bouche éclate, rouge A la flamme du haut flambeau ;
Et tu semblés, dans l'air nocturne, Dure et fatale comme l'urne Impénétrable d'un tombeau.
Les'grands Jasmins épanouis Vibrent dans les chaudes ténèbres.
Seuls, les parfums régnent, funèbres, Sur les jardins évanouis.
La phalène en silence vers .-..'-' \ .?
La flamme d'or se précipité.
Dans l'obscurité qui palpite,
Tes yeux verts rêvent — grands ouverts. ...
Tes yeux verts, ô. ma bién-aimee,
Revent dans l'ombre parfumée < ■■
D'affreux supplices pour les cœurs;
Et ton nez irrité respire .
En PétoufEement des odeurs Des fêtes sanglantes d'empire.
Ton menton pose dans ta. main.
Tes lèvres s'ouvrent; évasives; Tes prunelles dorment pensives Sur une branche de jasmin.
i8s MERCVRE DE FRANCE
La bouche brûlant de carmin, Sous tes parures excessives .
Tu prends dans les ombres massives L'air fabuleux et surhumain.
Et mon Désir qui s'exacerbe, Devant ton silence superbe J ~
Cherche en vain, sans trouver la paix,
Ce je ne sais quoi de. ton âme,
De ton cœur, de tes sens, 6 femme,
Qu'il ne possédera jamais. j
Il pleut des pétales de fleurs. „ La flamme se courbe au vent tiède.
De mes deux yeux je te possède, ; Et mes yeux ont besoin de pleurs.
Vieille argile faite. aux doùiéurs, Quel goût de souffrir sans remède:
Harcèle ainsi ton coeur qui cède...
Il pleut des pétales de Ûeurs.
Les Roses meurent, chaque et toutes...
Je ne dis rien, et tu m'écoutes Sous tes immobiles cheveux*
L*Âmour est lourd; mon âme est lasse! .
QueUe est donc, chère, sur nous deux Cette aile en silence qui passé?.,.
Albert Sam ain:
ÀOUf 1890 *8 5