‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 127 sur 168 · SAUF VOTRE RESPECT · texte numérisé non relu

SAUF VOTRE RESPECT

Peut-on, doit-oa le dire ? Poil-de -Carotte, à l'â<re où les autres communient, blancs de cœuret de: corps? était encore malpropre. Une nuit, il avait trop attendu n'osant « demander ». Il espérait, au moyen de tortillements gradues, calmer le malaise. — Quelle folie!-- Une autre nuit, f ] a était rêvé commodément installé près d'une borne, a I écart, puis il avait fait dans ses draps, tout innocent, bien endormi. Il s'éveillait. ' Pas plusse borne près de lui qu a son étonnement ! .

Madame Lepic se gardait de s'emporter. Elle nettoyait, calme, indulgente, maternelle. Et même, le lendemain matin,- comme un enfant gâté, Poil-de-Carotte déjeunait avant de se lever. Oui, on lui apportait la soupe au ht, une soupe soignée, où madame Lepic, avec une palette de bois, en avait délayé un peu, bh ! très peu '

Au chevet, grand frère, Félix et sœur Ernestine observaient leur frère d'une manière sournoise, prêts à éclater de rire au premier signal. Madame Lepic, petite cuillerée par petite cuillerée, donnait, la becquée à son enfant. Du coin de l'œil, elle semblait dire à grand frère relut et a sœur Ernestine :. •'".'.

— Attention ! préparez-vous ! . ••'".••■■''

— Oui,' maman.

Par anticipation, ils s'amusaient des grimaces futures On aurait dû inviter quelques amis. Enfin, madame Lepic, avec un dernier regard aux aînés comme pour leur demander : « Y êtes-vous? > levait lentement, lentement la dernière cuillerée, l'enfonçait jusqu'à la irorge dans la bouche grande ouverte de Poil-de-Carotte, le . bourrait, le gavait, et lui disait, à la fois goguenarde et dégoûtée : ■. . ,

— Ah! ma petite salissure, tu en as mangé, tu en as mange, et de la tienne encore, de celle d'hier. -

— Je m'en doutais presque, répondait simplement Poilde-Carotte,sans faire ta figure réjouissante qu'on espérait

II s y habituait, et quand on s'habitue à une chose elle Mit par n'être plus drôle du tout.

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