‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 142 sur 168 · II · texte numérisé non relu

II

Aussi Louis Dumur a-t-il un peu trahi les exigences naturelles- de son plan. ïl atout à. fait négligé les clauses scientifiques de l'affaire où il demeure l'indifférent avocat d'un singulier quelconque du total pluriel : .

c II n'avait rien d'extraordinaire qui le distinguât du commun des nouveaux-nés;„ > . . ->

Rien d'extraordinaire non plus né le distingue à la dernière heure. Le suicide n'est pas une originalité. Albert est — (quelque notion d' « atavisme >)"— de fa-

mille provinciale et bourgeoise ; c'est tout. Précoce il souffre de son entourage, il souffre de ne rien comprehm C v Cet * ' ambitieux I aux rouages de là grosse machine et de son impuissance conçoit quelque pessi-

vSnint P t, nS ' fl . a - biCDtÔt VU k fiD de -14ital P et le î£ i £ " ex P e " me nte, entre temps, l'amour, le jeu,

cW h" T *ïi " ^ ïe "*/«"»■ rien ne peut le satisfa re . 1?W "f"!. 6 ,l de . la naïveté.. Moins jeune, quand Albert aura franco l'heure sotte où l'on se tue en songeant que le monde est indigne de nous, il saura que les S™ 8 ^ 8 exte " eure! ? ont *a nous-mêmes leur suprême nuson d être, qu il ne faut rien chercher hors de nous, ■ que 1 amour— ainsi que toute autre «occupation» dé la vie- n a son sens qu'en l'état d'âme où il nous jette. ■ far ces erreurs, ce livre ~ d'un projet si difficile iè disais impossibe- reste- au-dessousV ce.qu'on de^ft attendre du talent de Dumur - de qui nous savons dï beaux vers. — Ce sont des .généralités vagues et d'heure peu moderne, malgré, le désir. Albert est déçu partout?

*™ T' Cn - tOUt - ^ biea ,a na * ure mê ™ e ie le?S SHp. « maine 3 l l méco ' 1 tentent 4 Non que la nature ou les œuvres des hommes brusquent et froissent eh lui quelque pensée précieuse, une idée à Ipi-du monde, un . grand désir. Non : tout uniment, il n'avait pas rêve le

Mais rA.°W " Ça ? f*"*? Cl?a « rift de sa ^convenue. Mais 1 Albert qui s'est survécu sait, aussi bien, que personne, que ce monde, où nous aurions tort de chercher un idéal, tout fait, n'est que lassemblage vague et vaste ou, tous,. corn me dansiune inépuisable carrière, nous devons pmser les matériaux de notre beau Palais. Il n'existe

ÏSl^°v e ' entat i t . q ^ et de nos. désirs :. mais ■ quehe vie , anime aussitôt a nos yeux si, comme il faut,

nous y voulons voir, avec un reflet du, désir- universel dont nous prenons notre part, de quoi donneriine direc- Ve^lLZ? P erSO " neI désir et àe quoi le nourrir et « ft a ^ r -- dir , ea nous maudissant en lui 1 C'est ' cela P S1F ' m onde, rieh de. plus et tout-

Jene m'arrête pas à; reprocher à Dumùr.Iè dandysme des « gros mots, » retentissement de cette Ecole du Brù- Fr. 1Sm !f i 7 a ^ uel 5 ues àn nées et de piteuse mémoire. En particulier, ce n'est pas pour le lui enseigner qu'il faut faire observer à Louis Du mur que « baiser » n'a quun sens .-voyez Littré ou l'Académie, et que ce sensla mais il faut s'y tenir, n'est pas le bon. '

Ces brutalités sont d'autant plus dissonantes, que le

NOVEMBRE 1890 . 4 n

livre, toutes faifes les réserves qui précèdent, abonde en jolies pages, Maggie^ — comme. une nouvelle à part, cet épisode dans le roman, — est une chose singulière et plaisante. V Evolution Sun Pessimiste est bien, dans les. données courtes, *

On pourrait dire, au résumé, de ce livre : Ecrit trop tôt quant à l'auteur, trop tard quant à nous. Il y a des insignifiances que, dix ans ensuite, l' auteur d 9 A Iberi eût raturées. Mais, même parfait au possible, il serait toujours, pour nous, à l'imitation d'anciens livres et terriblement destitué d'actualité. — C'est peut-être. M. Edouard Rod qui aura fait le dernier René. Sentimental et froid, tout .ensemble, il paraît dédié à une certaine classe^ de lecteurs en retard,- et c r est le René des médiocres.. Je parle de la Course à la mort. M; Dumur a choisi ses personnages parmi les intellectuels: voila ce qui le date d'un

temps où :1e Mercure de France — première .manière

était plein de vie. La souffrance n'a pas diminué depuis

; les grandes plaintes harmonieuses des anciens poètes. Pour les répéter, sans les copier vous avez eu la ressource de dire au trivial ce qu'ils disaient au lyrique. Quand on pense que vous eussiez eu moins de peine à

-parler le. premier— d'autre cïiose, de précisément vous seul pouvez savoir quoi! "'

- • Moralité V

C'est un bruit commun qu'il y a des livres qu'on peut refaire tous les vin et ans ; C est un faux bruit,

Charles MoRicE/ LES LIVRES »); ■'".'"■"'

Sixtlne, par Remy db Gourmoxt (Albert Savihe). — Voir page 403-

Albert, par Louis D cm ttbl (Bibliothèque artistique et littéraire, 36, boulevard Arago). — Voir page 405.

La Princesse Maleine, par Maurice M aetebxiwck (Paul Lacomblez, Bruxelles, 53, rue des Paroissiens). — Même les.

. (1) Nous sommes obligés de remettre à notre prochain fascicule les bibliographies de : — Cœur en peine y de M. Jo- : sép/hin Pelàdan ; — V Appel des Voix, de M. Charles Sluyts ; — Rythmes, pittoresques ^ de ML™* Marie Krysinslca. '. : ■

pins fervents admirateurs de M. Maurice Maeterlinck croient devoir, en parlant de ce drame, faire quelques réseraf-Sr avouent-,ls, l'imitation de Shakespeare y eTIviS Te n i crois point quSl y ait Heu à de telles réserves, et U ne faidr'a*

Se Dan" de ÎLT* P ° Ur *??** *" invitation d'Homère} oe liante, de Shakespeare est de droit commun: -leur esnrit

derneTes ^T C "* ^"«rnable élément de reprit Moderne. Ces poètes, que nous lisons avant la vie par les veux de nos pères et qni ont produit les pensées desquelles non»

S' "£* conrs^df 1 f ° rCeS d<S la ^^ £TÏS cX qu'fls ;xprimS ils «T CS a , DnéeS ' ' àvec les sentiment,

maîrnnn c ff f? eS d0nt Jl ? bnse > da ^s nu but visible

Maleiwe.™ > suis la princesse Maleine.

WJALMAR --- Vous êtes la princesse Maleine ' Vous "êtes la frtncesse Maleine ! Mais elle est morte t ' :

Maleine. — J e suis la princesse Maleine. - '

ci njaimar ne sont pas seuls à les usiter Anne Up n ; i«

gr^d^roùble^ »**?*• m °^ ^^ Ke'ae fn »ffi ? •* iî ~ et "î ne se W pas fondé d'affirmer que telle en effet soit 1 expression de tons les humains à toutes les

se «Lent S™? ^^ 7* plUs£eUrS bé « aient ain ^ ^beaucoup

cLrche daSs dW n ^ ard + ent > Tefc - *™ fébrile solubilité q£ cnercne dans d incohérentes imaginations de choses ou de

mots un refuge rapide contre la douleur ou l'effroi T?^

ae la nature parmi les événements. Cela est beau en soi *t dr a n^ ? *"** E 1 **^^** exaspérée comme celle de ce

racite avec le mystère, un fou ne peut faire un «reste nui „... prenne un sens profond, dans le drame, non seuCent nbnr ceux des personnages qui sont au vlul nlTi ' F T

v^T ma"" 113 " 1 q / y ^?^™t£&£&£Ï2ï SS^^SSC* 1 même ^ c -P-«. " etlVffe?^ .

**?m™"* ' j 1 ? Ut lo,ler " ce rètonr comme violent au véritable esprit de la nature, aux correspondances par lesquelles

ges^raelan^e 1 " t r andMnX des ^vention^ocISief^ -Tu' .^ « Les P^res ne savent jamais rien... » V

vent S , i l^ a tuée , . r / ,aUVrfi flUand ° a CSt m ° rt ! » ~ « C ' estl -

Blessantes, en définitive, certaines récherchés dans, la «m-

-plicité. Je h'admïre pas — dans cette dernière scène autrement toute admirable — le, « Y aura-t-il de la salade ? »

Cçtte pièce», et plus qu'elle, encore V Intruse et Les Aveugles {yaura* 1 occasion prochaine d'en parler avec quelque détail) font dé l'air dans l'atmosphère lourde des tentatives naturalistes et des simples turpitudes tous les soirs applaudies sur nos « grandes scènes ».: f

Shakespeare, les Rosses, notre Villiers et notre Verlaine, un senti tuent personnel et profond des rapports, à l'ordinaire cachés, mais qui se révèlent dans les grandes convulsions passionnelles comme les convulsions terrestres racontent X ^ lst <»re- des époques géologiques, certaine un peu trouble pénétration de la forme convenable pour un tel théâtre, etc, : — **• Maeterlinck se maintient mal 4ans les bornes d'une note bibliographique. /.'■'. . Ch* M"

A Trépas, par Dauphin Mïukim (Léon Vanier)./— Si près de nous, le Naturalisme apparaît fossile- Peut-être le fut-il toujours. lia ses procédés, qui sont des clichés, sa langue, qui est une langue morte, A faire du naturalisme au lendemain du bachot, les nouveaux, écrivains doivent se souvenir du pensum naguère familier. —ML Dauphin Meunier à laborieusement écrit dans ce genre tasfidieùx une nouvelle où il ne faut considérer, dit la préface, <« que l'effort consciencieux verslfe sayoir-ecrire. » y fallait-il choisir ce thème ? Et c'est moins de la rïl/ a i ^ :qUe de ^^quetterie : pour le style, Hùysmans, Cladel, Concourt, Verlaine, (le Verlaine de la prose), Poictevin sont assez adroitement imites, assez adroitement joints, — ie crois, sans profits. ~ L'intérêt serait dans ce soin que prend un jeune homme qui n'y était pas condamné et que semblent séduire d'autres désirs, d'exhaler le dernier soupir d'une Ecole agonisante Et c'est du: naturalisme recherché; P récïeux,un souci de choisir des syllabes aimables pour nous montrer des malades

r^ti Un& \ Mlk Je l ln , er " e ^ léuti « eflorts d'expectoration et reniflement, quand les mucosités érugineuses venaient s'éti- !

Ï^LJÏF* P olIï \, des moustaches. » -^ fe -considère cet eflort consciencieux d'expectoration littéraire, maïs je préfère ceci : « ...des dormeurs,., qu'on dirait ne pas vouloir effrayer les K^.^ -mêmes, tant ils s'immob ilisent ehdes sem- . blants dune vie persistant au-delà, avec un clin d'œit qui reluquev un sourire complaisamment figé... » 11 y a un poète, peut-être, dans cette petite phrase. On regrette qu'il se soit ïS.* g?C ' P rest l ue Partout ailleurs dans cette nouvelle d'une centaine de pages, et réduit aux règles d'un genre où son plaisir ne lappelait, non plus que leTnôtre. ;

tox (The Cornell Magasine, oçU 1880; Ithaque .(JE Mi —

weulTù 1* r de T^ ?° Ur P rotes?er contre ceffe u£nZ et^wiaut 2 ^^ 187^1, manifesté, tout bas

et tout haut, de haineux sentiments à; l'égard de la France

leur, les propos, dépêches- et messages du président delà .

République américaine n'ont pas dépassé les formules ordi^ naires^et nécessaires dé la diplomatie : fable que ses félicitations télégraphiques a chaque victoire du roi Guillaume* légende que cette sympathie exhubérante pour Pempïie allemand restaure: : « Grant, dit M, S.tanton avec beaucoup de bon sens, était Américain, rien qu'Américain». Nous avons voulu, bien quelle soit de) a ancienne, signaler cette notice, qui grâce a de nombreux et authentiques documents cités, a la valeur d nue définitive page d'histoire. M, Stanton proteste contre les yers de V. Hugo intitulés : «Le Message de Cxrant ^11101 aussi : on proteste toujours avec joie contre les vers démocratiques du< vieux rhéteur. R. G.

Les Enfants, poésies, par Hugues Lapaise (Savine). — Vous vous en repentirez un jour, M. Lapaire !

' ^«flcKtH

■.- ; THÉÂTRE

Le Théâtre-Mixte s'annonce peu original, et manque de modernisme. Il est au moins curieux, par exemple, de voir dans un théâtre de jeunes, c'est-à-dire d'oseurs, le Caïn de M. Grandmougmet la Kallisioàe M. Gayda : rien dans ces deux ouvrages; certes, n'eût choqué nos grand pères- Le premier interprète en vers fluents l'événement biblique : ce Caïn qui rachètera son crime*: par le travail est incontestablement un Jort honnête .résigné — qui nous est bien égal. Il estd'ailleurs fâcheux que M. Grandmôugin se soit chargé du rôle de Cam, et un acteur « pour de vrai » eût obtenu mieux du poème — Quant à la fantaisie héroïque de M, Gayda, c'est 1 éternel agenouillement de la puissance devant la beauté et . le sempiternel triomphe d'Eros. Ah! que ces raisonnements ---bien rimes du reste ^ du grand Zeus pour, cou vaincre Kalhsto sont peu émouvants! Et puis ce rouge cru, ce blanc cru ce bleu cru! Irrésistiblement les costumes de Mile Esquiiar et de M. La rochelle, celle-là meilleure Kallisto que Juillet 1 évoquaient une tricolore journée de i4

Si La Pttîfc Bcte est un vaudeville, elle manque de mots, et elle manque de psychologie si elle vise à la comédie! Elle repose d ailleurs, sur une exception infiniment rare : Jeanne une jeune épousée qui ne saurait être heureuse avec son mari que si sa more habite avec eux,, est une petite dinde — « petite betej», a dit mon confrère d'Art et. Critique j presque introuvable dans. le monde, Bien peu vraisemblable aussi la mère de Jeanne, M* de Barnye : avec le désir de vivre auprès de ses enfants, elle prend des allures de mondaine évaporée uniquement pour leur prouver que, s'amusant beaucoup loin deux, elle ne se résignerait point à la vie de famille — . et ce par crainte de déplaire à son gendre, lequel voudrait, comme Jeanne, que "M- de Barnye ne les quittât point! M. Paul Fort, dit-on, est très jeune : :c'est pourquoi, sans doute il

' ' ^^-ÎSiS?^-^^ ; S COnVÎent détendre un se- ■ , , cona essai avant de le lucre r. £a Petit* R£*+ -. a*a u- - ^

prêtée par MM, Clé.^Davg Îg^^^^^S • wT^h t^calement: avec la tradition : 'ewgfSn Seî . ,eux dephysmnom.e les déplacements intempestifs etcï M'" Esquilar.et Caruni, MM. Aruduld et de Turijjnv ■ -

1 ■' 4k u, *^*»*" 4m a oirvertia séance par une causerie «ni-

Thl^ U^° derae: *?* Sôrte de préface aux annales du Théâtre-Mixte, assez vaine en somme puisque le S™è

.y inclus ne sera point suivi M r n 5i« ■rt™^ ' ■

montre un. Frauçoi/villon "lâché » ^par^ MargS^^uï «n* '■' contrant .l'occasion du bien-vivre en fusant Aunette' une petite bourgeoise cossue, se décidé * à l'existence régulière .Mais Margot réparait, elle reparaît avec MautfriJ ^

xoui le. passe des voluptés et des joies qui ont ésravé les mi ' seres; Mantmct est la vie bohème, aventureuse 7 lihlt ^

!: 1 î -?î s G «"nain jouait Iw-même François Villon '

. et, à le considérer comme acteur-amateur, j* ne fe oue des complmtente à lui adresser,' amsi : qu'à M . Vaess-Mautinrt- SWl^* 115 la ^ édie *^ erne M. Sent Da«d (Catuçhe), tand.s que „M»«Camm , m'a paru meilleure ici dans Annette, que dans Jeanne de La Peïiu Bête M- ReV L' .

■Se par M- SW' *- «* «■!*«*• a^dS; , moment par M Bailly, un e énerg ique truande: A.. V. ' ' ■

CHOSES D'ART

■ m . Che ?i,^ OSSOD - 1 EI Valadon (Boulevard ■Montmartre) • un . ; merveilleux pastel de Degas : Femme nue. assise paTten-; £

■ vùfdrii Cr^T- rT^ S ^^«rerde^aroTûn: -

:^^C^^^ ua.portraitde. & mL d ?t Lr p a §!- . ^Au Luxembourg.: le Buste de Delacroix, récemment inau-

^t P*™^ DE *•* Vnxir *>e Paris : l'exposition de Blanc ■ et Notr (il faut tout voir, pour s'instruire.) ™ G^A. A? ' '

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