‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 141 sur 168 · SUR « ALBERT · texte numérisé non relu

SUR « ALBERT

^^ e - liVre eS * V° e svnthès e du 7^™/ contemporain et tend a personnifier une époque comme »*„„♦ „•' 1 *

i?^, les ^^i^ et les ^i/lr > T) *™ 1|tt > Voila le but, /

. Que, Vaut-il? ' :

Qu'en vaut la réalisation foncière . et formelle ?

,Ji -^ ^' eS P r ^ et »oble d'intention comme est à c6ui>' sur Louas. Dumur, nous lui devons d'autres témoi^re? que ceux- d'une vaine complaisance. «uioignages.

avoir pour .t^^d^é^ond'ùu^^J^^Sni r^^ te n ° UV f IIe ' 4anS > a liste des « hC^^S W m *S$ n *> C est -«o-mmétt»- une double erteur^ sur les conditions naturelles de la conception aSLie et sur le domaine légitime de l'art. Car un tel prolet s in cèrement exécuté, se réclamerait de la psycEïie £ "

S^ H à e nrfe ngère " lal ^^,etc P oSSa!tl'e3 : t?,£ a P^eder e « vue d'une immédiate irénéralisà- Uon système dangereux à l'originalité. Au lifu de del cendre en soi et de se demander: qu'est-ce qui constiSe la y^e propre dé mon. esprit ? que dirai-jè qufne SSt fffi" au îf es *>"*««* i? l'écrivain a cherchée mï enlmmere celles de ses. qualités qu'il partase^vefl*

cSnTdïl^ ft™^. du Ilvre <»» * le sentiment qu'un

, XI est aussi désastreux d'inscrire d 'avance un livre dans j^^Ca^d^Saiute.Croix dans un xécentarticle de .

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une certaine catégorie que de le dédiera un certain public. L'un et l'autre désirs révèlent yne pensée assujettie, une préoccupation extralittérajre. Il y a un souci d'éti-r ^ quette inconciliable avec ïa liberté essentielle a l'action • poétique. '■■'.■■:"

Et puis, la catégorie en question est tout à fait chimérique si on se l'assigne comme point d'arrivée*' Les romans et les poèmes qui ont personnifié une époque n'ont point du tout été écrits dans la pensée de. personnifier une époque, ni d'exprimer aucun état d "a me collectif quelconque. Ils ont été conçus — '- tous -^—- sous l'intluence de certains accidents très personnels ; ils ont été écrits — tous — dans un but très personnel de.délivrançe, ou de satisfaction. La douleur d'être constitué de telle sorte qu'il était incapable d'atteindre aux réalisations heureuses dès qu'il en avait constaté la possibilité, une passion sans harmonies spirituelles,, les idées nouvelles (amour de l'humanité, amour de la nature, amour de la liberté) dont il avait pris le goût dans La Nouvelle.Hélo'z'sèj . enfin le suicide d^un ami, — voilà les « accidents » où Gœthé a trouvé le sujet de Werther, En récrivant il ne pensait à aucune généralisation, il ne faisait profession ni de moralistej ni de critiqué : homme, il cherchait son repos, il se « débarrassait > d'un fardeau spirituel : poète, il accomplissait sa fonction. René, et Obermann, et . Adolphe, et Volupté, et Les Lettres cTEverard, etc., ont été écrits et conçus comme Werther. Un seul, parmi les grands livres de cet ordre, semble faire exception, Ce que nous savons des partis-pris d'objectivisme de Flaubert et les nuances mêmes du titré nous incitent à croire que VEducation sentimentale était classée d'avance, qu'on y voulut fixer, les traits communs d'une génération. Il suffit pourtant de se souvenir des autres, ouvrages de l'auteur pour reconnaître dans - V Education comme dans Madame Bovary, comme dans Bouvard et Pécuchet, une tendance primordiale chez Flaubert à la généralisation dans l'exception secondaire : c'était l'inférieure moitié de sa nature orientée d'autre, part a la splendeur. De plus, outre les traces évidentes d y < accidents, personnels, » V Education .nous donne un éclatant exemple - d'œuvre d'art- réalisée eh des vues d'art pur, d'art unique ; la thèse du titre s'efface dans les intensités vitales des êtres faibles", bons, méchants j qui font là leurs gestes courts, sans intentions. Flaubert a beaucoup moins voulu personnifier une époque que dou'ner une forme belle au sentiment de .mépris apitoyé qu'excitaient en lui

ces pauvres êtres 4 , C'est, la critique historique, après coup;-r- comme toujours— r, qui assigne une place à ce roman parmi les œuvres <c symptomatiquës. »

^ 7 a plus. Les seuls livres ont un tel rang qui ne Tout pas ambitionné, parce que le désir xt et, raisonné, de faire la synthèse d'une époque dans; la vie ou le- fragment de vie d'un personnage,: est 'simplement irréalisable en tout temps — et, au nôtre, dé si claire sorte que cette évidence est de celles qui rendraient la vue à des aveugles I

">■: m ' Pournbuâdônner en un Werthçr de n'importe quelle date' . le hérosdu temps, il faudrait procéder par des voies écleo-

. tiques où L'art et la passion trouveraient peu leur compte. Quelle est, en i8xx, là dose moyenne dé la" sensibilité, de rintelléctuàlité,-de la sociabilité, etc.., ? Sur un certainnombre d'individus d'âge, d'éducation, de facultés, de. vertus et "de vices sensiblement égaux, combien, ô statistique, .en comptons-nous, chez lesquels les mêmes causes produisent les mêmesrésultats? Quelle est^ en i.Sxx, laplus . hoxmàle.pratique, par exemple, de l'amour ? — „. et ces mots : «normal, moyen,» caractériseront nécessairement le factice personnage fondé sur ces données d'expérience générale, — quand l'art ne vécut jamais que d'excès! Que si , l'écrivain ■ artiste et sentant le besoin de spécialiser sa création pour lui donner des couleurs, prend -la peine de jeter cette entité — constituée pièce à pièce de documents humains.: — dans quelque complication d'événe-

. ments, dans quelque crise sincère, autobiographique peut-être, tout l'art du monde n'empêchera. personne de distinguer le point où Albert cesse de ^ personnifier son époque » pour n'être plus que l'incarnation d'un homme véritable : et ce seront, dans le roman malencontreusement conçu, deux œuvres parallèles, plus éloignées l'une de l'autre que lé mensonge plein dé. vérités îd'ùn beau tableau et l'exactitude pleine d'erreurs d'une bonne pho-

'.' tographie. .■ / '

Je me doute, bien .qu'il y .a mille autres moyens de traiter ce genre d'écrire; quel que soit te': tour choisi, toujours nous y démêlerons l'artifice qui n'est pas Fart, la perpétuelle poursuite d'un type factice où tous les types se rencontreraient comme en un carrefour, la dé- . fiance ides enthousiasmes qui pourraient exciter à créer quand, on ne veut qu'imiter, l'indigent empru nt fait, dans cette défiance, aux suggestions, de la vraie vie.

.■ A certaines époques, toutefois, de large impulsion générale, supposons qu'il soit possible d'enclore les siècles simultanés de quelques millious de destinées dans la

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minute d'un seul vivant qui. leur prêterait le masque de son nom. Qu'en faut-il dire, s r il s'agit du moment qui est le nôtre? S'il s'agit deréparpillement,deFécharpillëment qui nous caractérise par un défaut absolu de caractères communs? Dans le Jadis qui s'évoque aux livres . de Gœthe et de Chateaubriand, nous sentons bien, que ces grands esprits pouvaient — sans, bien entendu, aucun, vœu de le fixer objectivement et résolument en, leurs œuvres — reconnaître au fond de leurs propres émotions "le frisson d'un monde qui s'écroulait, d'un monde qui se levait. Les noms mêmes de Sainte-Beuve et de Lanfrey, au lendemain, au surlendemain des grands changements, retiennent quelques traits assemblés du visage de leur" instant, fait d'épuisement et de déception. Mais aujour-. d*hui, cherchez : c'est Tépôque où l'Exception prend les prérogatives de toutes règles. Toute entreprisé qui nécessite un concours de plusieurs personnes, de plus de trois, apparaît puérile ou fossile, à moins, comme lien, qu'elle ait r Argent, devenu le seul terme, commun, le seul point de contact, (i) dans cette dispersion infinie.

En passant,et comme on pourrait objecter certaine communauté de scepticisme, je. ne Veux. répondre que par le nom de l'un de nous, de qui l'on dit, çàet là : le Jeune Homme Moderne. C'est le rôle que semble assumer M. Maurice Barres.. Qu'il s'y plaise ou qu'il y condescende, je crois qu'il a tous les torts de préméditation d'un Albert. Factices, Fun et l'autre. Et c'est, tandis que de plus en plus s'écartent de la poussière ceux qui "gardent une foi ou qui viennent de la trouver, un sceptique assuré, un dilettante même qui jque ce personnage de conviction...

(Ce n'est pas trop le lieu ■ — et il y faudrait trop de mots — d'indiquer les origines de cette dispersion. Elles sont dans le grand fait scientifique et moral qui a substitué l'idée de l'Humanité à l'idée de la Nationalité, dans la Révolution ef dans l'Electricité. Depuis que les unités nationales s'effacent devant d'énormes intérêts communs, les centres provinciaux ont tôt disparu; les centres nationaux sont en train de disparaître. Les langues s'échangent; entre elles et tendent à se fondre en quelque sténographie parlée oùlasciehce et l'argent feront de plus en plus

(i)«,„ Encore qu'à chacun suffirait peut-être, pour échanger toute pensée humaine, de prendre ou de mettre dans la main d'autrai, en silence, une pièce de monnaie,...» . .

Stéphane Mallarmé J

tous lès frais d'effort. Les mêmes causes ont produit cette fièvre de déplacement qui favorise et qu'exalte; l'industrie du transport, si bien que le mot actuel du monde, c'est : VITE. — ^ Or, ce qui se produit sous nos yeux à son départ dans nos âmes.)

Les temps soçtt sans doute passés où les grandes ™,~™ «f rt * 11 ...^ f orma j en t lentement, par de

'imagination et dans la me grands poètes n'avaient qu' donner une forme définitive au profond et informe désir qui chantait vaguement dans toutes les pensées; Depuis que lès hommes se parlent des deux bouts de la terreilsiie s'entendent plus au fond de rame, parce qu'on ne se peut rien dire dû fond de Tâmë dans le style du télégraphe ou dans le glapissement caricatural du téléphone. Depuis que . lès peuples sont des frères, il n'y a plus de famille; de- . puis que le monde est notre patrie, nous sommes tous exilés. Cette façon de tant nous répandre dans- la vie extérieure, toujours davantage emmure notre vie intime, et -comme le? ressemblances morales s'acquièrent surtout par l'imitation — ; consciente ou non r-^ l'écart s'accentue à Pinfini entré des étirés réduits, quant au moral^ chacun à ses propres. ressources, puisque tout à' l'heure personne ne fera-, plus à personne des -confidences qui resteraient . incomprises. Les hommes vont, viennent pour des •intérêts -matériellement comniuijs: mais cette communauté comporte des réserves qui ne pourront que grandir à cause de la distance immense des âmes actuelles: en : sorte que la Chine est aux portes de Paris, mais que nous sommes séparés les uns des autres par de plus hautes et .plus solides clôturés.; que les vieilles murailles historiques de la. Chine,

Personnifier, .incarner en un personnage de roman - . cette époque?

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