‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 150 sur 168 · L'INEXORABLE · texte numérisé non relu

L'INEXORABLE

.. A Jean Lorrain,

D»s le paxs lW e soir peuplé de guêpes ÎV, La Tour qu entoure un charme funèbre de mort

î> érige en long fuseau sur la ColUne Saiute.

Un monstre fabuleux de flammes Iampassé En garde, nuit et jour la porte verrouillée... Mais la Divine Prisonnière, agenouillée, • Sur la terrasse attend pourtant son Fiancé.

Elle l'attend, le Chevalier des Rêveries Celui qui doit de son glaive libérateur '" Fracasser le vantail et chevaucher sans peur Le monstre fabuleux aux yeux de pierreries;

Le Chevalier qui doit, dans «s bras d'Epousé L emporter toute nue au Pays des Chimères,

Loin de 1 encens et loin des cultes éphémères Des momes pèlerins au cœur martyrisé» .

Dans la nuit où s'exalte un faste de Mystère "

De fiévreux vagabonds épuisés de Désir ' Conclament dolemment qu'Us vont bientôt mourir Pour avoir contemplé la Vierge solitaire.

Et levant leurs bras las vers l'Apparition ; Dans le. cratères d'or que burina leur Rêve, Um offrent à Fenvi le sang pur qui sans trêve ■ Eclabousse l'orgueil vain de leur Passion

Mais la Vierge insensible au tragique Offertoire, Sans un regard pour eux, cueille les Heurs du Ciel*.. Les Vagabonds dans un élan démentiel

Alors heurtent leur front à la porte d'ivoire*

Et lorsqu'ils sont enfin férus mortellement, Ils exhalent leur Ame en un dernier cantique '

D'espérance et d*aniouiy que le vent prophétique Change en. un long sanglot de désenchantement.

L'Aube blonde.. a noyé le cauchemar nocturne; , Le Ciel s'est refleuri des Roses an Matin, 1 Et le vent traîne des traînes de blanc satin Par-dessus les créneaux de la Tour taciturne-

Des javelines d'or massacrent le vitrail, Le grand vitrail qui semble une Patène en flammes Exposée aux baisers religieux des Ames \-

Qui doivent; expirer sur le seuil du Portail.

Et voici que déjà lés naïves Hosties Promises au sanglant sacrifice du soir ' (Gravissent la colline avec le fol Espoir . t De maîtriser le Monstre taux y eux de pierreries.

Mais, présidant au Rêve où sombra le Passé, Du plus haut de sa Tour, de sa Tour verrouillé*, L'inexorable Prisonnière, agenouillée, Attend toujours et pour jamais son Fiancé .

Jean Court

SONNET

Le siècle d'or 5e gâte ainsi qu'un fruit meurtri* Le cœur est solitaire, et nul sauveur n'enseigne Ces gouttes dans fa nuit? '— C'est ton âme qui saigne... Qui de nous le premier jettera le grand cri ?

Un mal ronge le monde au cœur comme une teigne, La chair, servante infâme, a suborné l'esprit . Et. nul ne voit le mur où la main chaste écrit : : « Que le feu de la fête impudique s'éteigne !»

L'œil morne a parjuré la lumière bénie;

Et la lampe, soleil fiévreux de Finsomnie, ;

Luit, seule eh nos tombeaux <L'or sombre et de* velours,

Où, pâle et las du poids de ses joyaux trop lourds, Aux sons plus torturés de- l'archet plus acide, L'Art, languide énervé, suprême! se suicide. ..

Albert Sàmàin.

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