‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 149 sur 168 · A PROPOS DE « SOURIRES PINCES V · texte numérisé non relu

A PROPOS DE « SOURIRES PINCES V

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fait venu, le moindre rien, et en édifie quelque, chose avec ses seules facultés d'observateur aigu et <Tanaïyste précis. Son observation, elle non phis, ne porte sur aucun ensemble : elle s'agglutine peu à 'peu, morçellée, concassée, menue, brésillée; jamais elle ne recherche le caractère de l'objet : elle le tourne, le retourne, ne né-; glige et n'omet nulle de ses circonstances, s>ttarde autant et point davantage à celle-ci . qu'à cèlle-}à. Ce procédé, fastidieux chez tant de bêtas qui s'étiquettent analystes, est ici intéressant et produit un résultat inatr tendu, parce que l'auteur voit avec son esprit foncière^ ment paradoxal et exprime avec humour. J'entends, par humour, car îlsied de définir chaque fois qu'il sert. ce vocable élastique, naïveté dans le pittoresque et le .'spirituel; '* " ■.

■ M, Jules Renard est au premier chef un esprit paradoxal. Or, là où beaucoup d'écrivains, qui n*ont point la patiente clairvoyance de Flaubert, le génie deVilliers de l'Isle-Adam, estropient la vérité pour atteindre à l?irome, M, Jules Renard rencontre naturellement, nécessairement, toute rironïe tapie à Feja vers des choses ; et c'est là le principal g\te 9 sinon le meilleur. Mais il n'est pas un ironique* Tandis que paradoxal, il l'est dans presque toutes ses pensées, dans sa conversation , dans ses mots, ses qualificatifs, — dans la division de son livre! Maladie, en somme, guère plus difficile à acquérir que. celle dû calembour; aussi n'aurais-je, qu'à l'en blâmer si chez lui c'était une acquisition, et. non une disposition naturelle qui s'amalgame le mieux du. monde avec ses qualités pour lui, constituer un talent original.

Cependant, cette disposition naturelle, il devra la surveiller, car elle r induit en des excessivités qui donnent . de ci de là — notamment dans ses nouvelles — une . ■„ étrange sensation de déraillement, ou de chute au fond d'un trou noir. On le suit en ses observations exactes, méticuleuses, associées r en sa minutieuse et précise ana- . lyse; ses bonshommes se révèlent /petit coin à petit coin, la situation peu à peu se dessine; et puis soudain le tableau — caricatural — s^efface, se. brouille pour le moins et s'embue comme font parfois les ombres chinoises, pour ne reparaître dans sa netteté qu'au bout d*un moment. le ne parle pas des morceaux, Baucis et Phi îêmon par ,. exemple, qui sont tout entiers dans cette note excessive : cela devient alors, conscient ou non, un. procédé, analogue à celui des idéalistes ou des grands, fantaisistes, qui ne s'embarrasent point de Inexactitude des êtres et dés

agissements, mais au contraire les déforment selon le mode le plus favorable à l'exposition de la vérité fondamentale qu'ils sertissent. Toutefois, ce procédé de synthèse étonne et détonne chez trn écrivain presque uniquement curieux du détail. .

En résuma M, Jules Renard ne ressemble % personne : il présente ce phénomène rare de n-être pas influencé parles maîtres. Ii, est visiblement à l'aise dans son champ d'action : — espace un peu étroit sans doute et à l'écart des jardins où écl osent les fleurs à Târne très subtile — et produit sans effort, je dirai : naïvement, des pages d'une saveur particulière Assurément, oii aimerait qu'il discernât davantage, et que tel fragment, tel morceau même, fût retranché de son oeuvre ; mais plus de sens critique ne lui ôterait-il point de son originalité? Il est alors préférable ainsi. De même, pour sa langue^ si plus de raffinement dans l'expression devait nuire à son hu-

mour.

Alfred Vaixette.

Novembre xSpo.

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