PÉRÈS
« ... Primary, quel amant! Ce qu'elle aime audessus de tout, c'est des mots passionnés, spirituels et indécents,. susurrés dans l'oreille : cela caresse en. même temps l'âme, le cœur et l'autre. Eh bien, pour déverser une pareille jouissance en. son petit . corps nerveux comme un jet d'épine et ployable
comme une branche de saule/ Primary est unique : Primary trouve^ Ainsi, tenez, hier soir, pendant que minuit sonnait au beffroi, blanc et propret de l'église voisine (genre XII e siècle, au moins), Primary disait ; « Où vais- je baiser ma petite amie pour la ■réveiller ? Sur tes cheveux ? Sont dorés y mais doiment pas:. Sur tes yeux?. Sont dores, mais Morfîient pas. S«ur ta toison ? Oui, petite amie sur ta toison, car ta toison dort y>.
"5 Ç a ? ce n'est pas des choses qui s'oublient* « Cette nuit, la toison d'or, la toison dormira seulette, et tout le monde dort, même la petite madame Crocpeur, une autre blondinette qui s'ennuie et donne: des coups de tête dans la cloison pour se distraire.
« Aucun bruit : adieu les bœufs qui ruminent sous la lune. Je ferme la fenêtre, me couche, souffle.;. Hé ! on parlé chez la petite Madame - L Crocœur.../ Ah! cette voix. .. non... lui!., lui! Primary, mon amour? Il me trahit et j'entends, et il faut que j'entende... Ah! Don Juan, je sais bien que tu me trompes, mais fais-le plus loin..; C'est bien lui, c'est sa voix... Il dit... que dit-il?.. Il dît:
« Où vdis-je baiser ma petite amie pour la réveiller? Sur tes cheveux? Sont dorés, mais dorment pas. Sur tes yeux? Sont dorés* mais dorment pas. Sur ta toison ? Oui f petite amie y sur ta toison* car ta toison dort. »
ta petite Madame Doucin crût qu'elle allait pleurer, elle n'en fît, que la grimace : les nèrfe de sa face révolutionnée se contractaient, elle voulait pleurer, elle n'en faisait que la grimace. ...
Premier déjeuner. On descend en toute petite
toilette, un à un: deis bonjours ensommeillés. Primary est là, qui guette :
«Pourvu qu'elle ait entendu! Petite, pâlotte, petite langoureuse, petite fondante, tu avais besoin d'un coup de fouet... Hé! elle aura été cinglée... Quelques zébrures, oh! qu'un seul baiser effacera ! Je ne suis pas si méchant qu'on le dit, oh! non, puisque je me contente de . les faire saigner par métaphore, pauvres anges!»
Tout le monde est descendu : on attend la petite Madame Doucin. ;
.«Elle est si paresseuse, la chère £nignonne! » dit la petite Madame Çrocœur.
Elle vient, la petite Madame Doucin'j elle vient, en songeant : « Je voudrais pleurer et je n'en fais que la grimace... Et toute la nuit, cette grimace! En dormant, je là sentais qui revenait toujours, toujours... Pourvu que cela se passé! Il va me trouver si laide! Oh! monstre, c'est toi! Et je t'adore... »
Elle vient, elle entre, Primary s'avance et la salue.
Elle va pleurer? non, elle n'en feit que la griinace... (« Mais, elle a un tic! »)... une si vilaine grimace que tout le monde éclate de rire
ReKY.DE GpCJRMONT J Janvier 1889
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