‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 19 sur 168 · OBSESSION · texte numérisé non relu

OBSESSION

Çuand vogue le Désir au lent fil de mes veines, Variant,, sur mes nerfs, ses thèmes émouvants, ' En artiste blasé des barcarolles vaines. , Qui sut approfondir l'art dés rythmes . savants ; \ ■ '

Quand le- Magicien, hôte' de' mes nuits, blanches, Ressuscite ton corps disparu dans mes draps ' ■ Imprégnés, des. moiteurs' lascives de tes hanches . . Et des parfums troublants dont tu frottes tes bras ; "

Que mon- esprit et ma raison, mis en déroute, S'égarent brusquement en un songe anormal, \ Où tout mon être aspire à te, posséder toute^ Au milieu de frissons qui feraient "un doux mal : '

J -ai parfois évoqué", des alcôves funèbres^ " - '

Qu'éclaire, .par mom'ent, un feu follet lutin, Surgi de l'éternel empire des- ténèbres :

Comme, un rayon" monté d'un vieux monde incertain.

Or, aux heures de paix et d'analyse calme,. . — lorsque rame, descend sur lés sens endormis, Tel qu'un veilleur pensif agitant une* palme, "'

Pour répandre l'air frais sur le Sommeil d'amis, -

En songeant, sans luxure, au charme de tes poses, A ton oeil orageux traversé d'un éclair, Bien souvent, loin de toi, je médite ces choses, ' ■ Attentif aux conseils que m'a criés la chair.

Et je pressens alors quelles fortes empreintes . Nos baisers laisseraient dans nos seins exaltés. Si nos spasmes d'amour s'interrompaient de craintes Où l'âme aurait sa part de larges voluptés*

FÉVRIER r« 9 o

— Notre. soif d'infini, Maîtresse énigmatique ï". ,. En nous n'a pas. éteint le bûcher des tourments, Et n'a pu nous ravir au supplice mystique Qu'ont souffert, ici-bas, les plus heureux amants L.

Qu'importe que ce sôit une action profane De s'étreindre couchés sur un gazon tombal, Et, P ar ™ vent où l'Ange inexorable plane, D'oser tel entretien comme au retour d'un bal !

Sous l'hypocrite Azur, complice du mystère Qu'il nous taira toujours dans son- sourire bïeu, Nous faut-il, en croyants d'une puissance austère, Endurer sans espoir le martyre du feu,

lorsque lès exilésjde noirs, caveaux infâmes

Où la nuit est rebelle aux clartés des flambeaux,

Détenant les secrets 'de la chair et des âmes r

Dorment sans qu'on les trouble au fond de leurs tombeaux?

Et qui reculerait même devant l'outragé, Si, lassé par les chocs de deux corps inàomptés, Quelque .mort, soulevant son couvercle avec rage, Jetait le mot magique à des cœurs révoltés!

.« Mais, passant à l'automne auprès dé mausolées, Et pénétrant un soir dans la ville des morts,

— Derrière les cyprès épars dans lés allées, Saùrais-tu me livrer ta bouche sans remords ?" „

Julien Lèclercq

Novembre x88g m

PXOSBS MOROSES

a. — LA CLOISON

Un mois à là campagne.

Ce n'est pas dans la montagne, —

Ni an bord de. la mer, .— '

Oh l'air est amer. ."

Un. mois à la campagne dans un château tout neuf (des vieilles verdures, très bien rapiécées, y font tapisserie).

Par la fenêtre, la petite Madame Doucin vâgabonde : là-bas les bœufs dormants attroupés sous la lune. Pas un ne beugle à£a lune, mais quelquesuns ruminent.

« Vraiment très satisfaite d'une telle villégiature : son Primary en est; son. cher amour de Primary que^ depuis, trois mois elle adore, . oh ! un vrai Amour, — sans compter qu'on écrit à ses amies.de de l'ex-Rue-aux-Ours sous cet en-tête : Château de la Corbeille, parla Clôture-sur-Prime (petite rivière aux sables dorés, qui sait,, peut-être auri-

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