‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 28 sur 168 · LES GRENOUILLES DANS L'AME · texte numérisé non relu

LES GRENOUILLES DANS L'AME

Sanglots d'or, que rhythma l'Arpège essentiel, Vous qui choyez l'oubli des banales rancunes, Sonores Fleurs, aux fins cheveux, couleur de lunes Vierges douces qui vous exhalâtes du ciel,

O mes Rimes, je vous ai dit : Un Avril rose .Eparpille en mon Cœur, un sourire vainqueur.-. Venez donc vous baigner au golfe de mon Cœur I...

— r Des rires bondissaient par la forêt morose;

Des pans d'azur flottaient aux branches dés cyprès; Une odeur de baiser s'envolait. des corolles Vers Tonde. chuchotant des odes bénévoles Et les Edens fuyeuES nous paraissaient plus près!..-.

— Dans la sainte impudeur des filles ingénues Méprisant, Faune roux, tes yeux et tes brocards, Vous quittâtes alors vos robes de brocarts

Et les langues d'azur léchèrent vos chairs nues...

Mais la mer hypocrite aux clins d'oeil captieux, La mer d'opale aux Flots menteurs comme des lèvres, Celait sous ses splendeurs les vases, et les fièvres D'un Marais affamé de Fidylle des cieux!..*.

Et vos corps purs, vos corps pétris de neiges roses, Sombrèrent doucement en ces bourbiers puants Où les poulpes grouillaient et les baisers gluants Des larves implorant l'éveil des Couperosés!

— Et voilà maintenant, chastes fîlleç du ciel, Sonores Fleurs, aux fins cheveux couleur de lunes; Qui distillez l'oubli des banales rancunes, Sanglots d'or que rhythma FArpègë essentiel,

O mes Rimes, voilà que vos .gorges, issues S'enflent au chaud contact des limons onctueux Et que vos corps, pris de tressauts voluptueux, Se pâment aux suçons yôraces des Sangsues!..; .

Septembre z88f+

G- Albert Aurier

MARS ttyô 75 #

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