II* ACTE
Le Cirque d'Eté. Les frères Zemganno vont entrer en scène. Leur nouveau tour est un saut perpendiculaire à travers un tonneau de toile. Ce tonneau, on rapporte; La Tompkins, muette, vire autour. A la flamme noire de ses yeux, on devine qu'elle médite de lui substituer un tonncau de bois. Elle sort. A peine les frères Zemganno se sont-ils élancés en scène (la représentation se passe à la cantonade), qu'on entend un grand cri, puis les clameurs d'une foule surprise. Par suite de la substitution de tonneau, Nello a manqué son tour, et, en retombant lourdement, s'est cassé les deux jambes. On l'apporte en scène sur une civière. La toile tombe. ■' ■ [
III e ACTE.
Convalescence de Nello. Gianni se désole, et quand il a compris <jue son frère ne pourrait phts faire de la gymnastique, il l'assure qu'il y renoncera lui-même et qu'il se résoudra à jouer avec lui, du violon, le derrière sur une chaise.
On le voit, c'est la simplicité, c'est le nu du roman avec, autant que possible, les phrases mêmes de M. de Concourt, çà et là, plaquées; c'est le roman, mais sans plus tes délicatesses d'analyse, les richesses descriptives ; et dans cette transposition, des nuances subtiles se*sont évanouies, tout un parfum d'intimité s'est évaporé. Il y manque, à cette pièce ! la vie. Ouif il y manque, à cette pièce I Tâme du roman.
Toutefois, pour qui a savouré Pelixir rare des pages du maître et qui s'en est grisé, cette représentation laisse un charme. Elle fut pour moi, qui l'ai considérée comme la mise en images de l'œuvre, captivante. D'autant que MM. Grand (Nello) et Antoine (Gianni) ont eu d'heureux gestes, des inflexions inspirées, et, par instants, la vivacité captieuse du livre. Quant à M 1U Sylviac, elle a silhouetté la Tompkins avec l'énergie farouche, le piquant exotique qui convenait.
De là deux courants bien distincts dans la salle. La sympathie des lettrés, suivant en eux-mêmes les péripéties du roman rappelées par des équivalents scé niques, et l'ennui des autres, cherchant è saisir le sens d'une chose dont ils n'avaient sous les yeux que le symbole.
Sarcey lui-même n'a pas vu que l'intérêt de la pièce
AVRIL 1890 tyf
gisait non dans la traîtrise de la Tompkins (ah! oui* la grande scène d'amour à la Sardou, la courtisant froueée qui, après avoir supplié, se révolte... tu connais çà ami, toi, Dumas 1) mais dans la. touchante amitié des deux frères.
Peut-être faut-il chercher aussi dans les raison» qui ont fait que la pièce a étt mal accueillie, ce bruit ftcheu* suscité autour d'elle par des reporters malavisés.
Avec des soins minutieux, on nous avait narré la gestation du drame, les nuits blanches, les cigarettes, lea démarches de MM. Alexis et Méténier, les lectures émouvantes, faites, là nappe ôtée, chez MM. Daudet et de Goncourt. On assurait que dans le grenier d'Auteuil, des habitués avaient macule d'une effusion lacrymale lasoie de leur gilet, et Y Evénement s'était, le matin même de la représentation, imbibé, comme eux, de pleurs ineffables. Tout cela avait inutilement surexcité les nerfs des spectateurs. ' - jl
Et puis, on nous avait promis une mise en scène somptueuse, des décorations uniques, des cavalcades, quoi encore?... des maillots I Hélas t nous n'avons eijt, en fait de maillots, que celui d'Antoine, et cela n'a pis même fait braquer les lorgnettes. Pourtant cet acte du cirque a paru le meilleur (A éternel cabotinisme !). La représentation en sourdine, les fanfares à la cantonade, les applaudissements lointains, ont intéressé. La galopée des spectateurs effarés accourant sur la scène, après la chute de Nello, a fait haleter la salle. C'était d'un réalisme saisis-, sant. Mais ce n'était là qu'un effet de gros mélodrame.
En somme, cette représentation a été curieuse. Si elle n'est pas appelée à faire date dans notre histoire littéraire, elle aura eu ce résultat heureux d'accaparer quelques jours l'attention publique au profit du premier (sans conteste!) de nos romanciers contemporains et; de deux jeunes dignes d'estime, laborieux et sincères, pour qui sont tous nos voeux. > !
Ernest Raynauj>.
BIRIB1 ' " t
Bravo 1 Encore tin coup d'épée dans le ventre de cette vieille sacro-sainte idole r I* Armée !... — Mais, l'Armée, Monsieur, c'est la Patrie I et puis, vous ne le nierez pas, l 1 Armée est nécessaire t — Le choléra aussi est nécessaire. Est-il pour cela défendu de le blaguer ou vilipender ? fie
tj8 MERCVRE DE FRANCE
vaudrait-il point mieux froidement discuter telles assertions, étudier les documents présentés ? Quant à moi, ô candides bourgeois, que vous anathématisassiez ou que vous n'anathématisa&siez point les sacrilèges mangeurs de guerriers y et M. Georges Darien en particulier \ je constate seulement ceci : <jue l'Armée me semble un peu trop redouter critique et discussion, pour avoir la cous* cience aussi nette quelle le clame". Quoi qu'il en soit, si les épouvantables faits racontés par M. Darien, dans Biribi t sont exacts — et j'ai cru reconnaître dans son livre l'indubitable accent de la vérité, — il est dès maintenant démontré qu'il existe, en plein xix° siècle, des tortionnaires plus cruels, plus raffinés, plus atrocement lâches que les moines de l'Inquisition, et que ces répugnants torquemadâs, à la fois juges, gardes-chiourmes et bourreaux» sont des officiers, de ces courageux et nobles officiers français dont les culottes vermillon sont si chères à M. Prudhomme ! Oui, M, Prudhomme, lisez ce roman, et si, à cette tragique évocation des martyres compliqués et barbares, des féroces assassinements à coups d'épingles qu'on fait subir, là-bas, dans cette fournaise du Sud Algérien , aux pauvres Camtsûrds, vous ne sentez pas vos moelles bouleversées d'un frisson, et si vous ne crachez point quelque injure indignée vers l'Armée et vers ceux qui vivent de l'Armée, c'est quevous êtes, ainsi queje l'ai toujours pensé, incurable. Birtbi est un livre superbe, angoissant, terrifiant. L'écriture, certes, en est bizarre et, pour tout dire, souvent mauvaise. On y trouve à profusion des locutions — je cherche un mot cruel pour M. Darien — des locutions superlativement militaires : c Je me suis piqué le nez quelquefois >; «pas plus adroit de mes mains qu'un cochon de sa queue» ; < la fleur des pois des Chaouchs » ; « j'essaye de piquer un roupillon >* D'autres fois, au milieu de phrases très oratoires, on voit surgir des termes d*argot qui donnent l'idée d'un Bossuet retouché par M. Méténier, et souvent enfin on se heurte à de truculentes métaphores romantiques qui ont du faire tressaillir les squelettes de Théo ou de Petrus Borel : < Jeter à
* pleines poignées, sur les éraflures que fait la pointe *. froide de la menace, le sel cuisant de l'ironie.,. >, «Elle « a osé fourrer la Révolution dans lasabretache des gêné-
. * raux à plumets et jusque dans le chapeau de Bonaparte, « comme elle a fait bouillir le grand mouvement des « Communes dans le chaudron où les marmitons de
* Philippe-Auguste ont écume une soupe au vin», « La
* Société, vieille gueuse imbécile qui creuse elle-même,
Avm 1890 m
c avec des boniment» macabre*, la fosse dans laquelle c elle tombera, moribonde sandwich qui se balade, in- « consciente, portait sur les écriieaux qui pendent à son c cou et (ont sonner *es tibias, un grand peint d'inter- « rogation, tout rouge ». Mais ces tares de style, je n'ai point le courage de les blâmer. Je les aime presque* Eût* il été logique de vêtir d'élégante brocarts le pana affamé de pain et de vengeance, rénergumène, fou de misère et de douleur et de rage qui, le corps et le coeur saiynant sous ses loques, va hurlant ses malédictions et vomissant 9a haine vers ses bourreaux ? Donc, ne faisons point l'inepte pédagogue, et constatons que Biribi est une bar* bare et vibrante épopée qui nous révèle des cercles de supplices plus nombreux et aussi effroyables que ceux qu'inventa le Dante, ■ ,
G* Albert Aurier
LES LIVRES
L'Absente, par Anam Bbmaclh (Savine). — L'idée de ce livre, si j'ai bien saisi, est l'insoluble dualité de l'homme et de la femme dans l'amour, quelques efforts qu'ils fassent pour s'identifier. Seulement, ici, la thèse est traitée subjectivement au seul point de vue de l'homme, principe actif, qui iteud de tout son être à cette identification, tandis que la femme, terme 'passif, ne rappelle ni ne la repousse, sorte de sphinx impénétrable. L'homme, donc, aux premières «cristallisations », commence par voir la femme non telle qu'elle est, mais qu'il la voudrait ; puis, peu à peu, la dotant de tous les éléments qui composent sa propre essence, il a d'autant plus l'illusion d'approcher le but. Mais il souffre, car la femme est enigmatique et muette, et les rares parole» qu'elle prononce le jettent en d'épouvantables doutes. Et l'illusion et le doute gran-
voyait en elle, et que là où il cherchait une âme il n'y avait rien : d'où V Absente, — Est-ce cela ? Si oui, pourquoi ces considérations d-atavisme qui compliquent inutilement les Situations? Un autre défaut encore ces « morceaux » en dehors du sujet, fort beaux isolément mais c^ui nuisent; à l'économie de l'œuvre et en obscurcissent l'idée. Néanmoins, le roman de M. Adrien Remacle est un livre d'artiste et, de penseur, dont la lecture est intéressante. A. v .
Au Maroc, par Piebkb Loti (Calmann Lévy). — loti nous prévient dans sa préface : * Que ceux-là seuls me] suivent, dit-il, qui sont mes pareils et mes frères. Pour ce qrçiest des autres, qu'ils s'épargnent l'ennui de commencer à mélire: ils
i4o MERCVRE DE FRANCE
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ne me comprendraient pas. » L'avis est un peu inutile* Fraternellement, donc , nous partons avec lai* Il est évident que Fauteur ne t'est pas proposé un but littéraire. Son livre est comparable à une sorte de Guide Conti au Maroc, artistement rédigé par un homme de lettres. Loti enseigne , avec Part de ne pas perdre sa tète en route , le plus court moyen et le plus sûr pour se rendre a Fer, la ville du sultan, où, grâce aux portes étroites et basses, « on a l'impression d'arriver, chez des lapins très pauvres ». Le soir, on campe n'importe ou , parfois dans un cimetière. Le matin, on plie les tentes. Le lendemain on recommence ; tout va bien. Souvent, et peut-être malgré lui, Loti se rappelle qu'il a écrit : Pécheur et Islande , et parle, en poète impressionnable et délicat, < des neiges mortes, des chameaux qui allongent, de droite et de gauche, avec des ondulations de chenille, leur long con chauve ». Il lit Huysmans aux heures perdues. Il décrit une espèce de cauchemar de guerre, une vision rapide de fantasias arabes, on les cavaliers trouvent le moyen., sans se culbuter ni ralentir, d'échanger leurs fusils et de se donner un baiser; de fantasias qui passent avec des cris stridents,, comme en- ont les martinets, les soirs d'été, lorsqu'ils tourbillonnent dans le ciel. Il note une grande montagne toute rebroussée de lumière, la musique nocturne des grenouilles, qui est de tous les pays et qui a dû être de tous Tes âges du monde, des brochettes d'enfants juchés sur des ànons, l'atroce, l'exquis supplice du sel (recommandé), des ascensions lentes! de femmes qui montent sur les terrasses et, après avoir regardé les mains gantées , les mains à deux peaux de Loti, disparaissent* Coucou! c'est fini. A remarquer que cette fois l'auteur ne semble pas avoir souffert d'ampur par une belle marocaine. En somme, ce n'est pas encore de la géographie pure, et, à ce point de vue, le livre est manqué.
La Jeunesse contemporaine, par Loararto Vero (Vanier). — La valeur d'un homme c se reconnaît à ces trois manifestations de son être : la religion à laquelle il obéit, la philosophie qu'il professe t la poésie qu'il porte en lui. » Ces principes posés* l'auteur annonce — sans jamais entrer dans la discussion — quelles seront la religion, la philosophie et la poésie des jeunes hommes de notre temps. Mais M. Lorenzo Vero paraît avoir plutôt exprimé ses idées propres qu'induit les réelles et complètes tendances de la jeunesse contemporaine, d'ailleurs si insaisissables encore. Toutefois, il en a certainement noté quelques-unes, et sa brochure, qui décèle un esprit élevé autant qu'original, est intéressante et vaut qu'on la lise. A. V.
Blrfbl, par Geohges Dauen (Savine\ — Ce livre apporte à qui l'ouvre d'effroyables sensations, et encore après lecture faite on garde un peu de l'effarement qui suit un très mauvais rêve. C'est, en certains épisodes, d'une intensité de noirceur incroyable. Oui, sous un ciel bleu, ce livre est noir, car le patient, tout à ses haines, l'oeil fixé sur les gardes-chiour-
mes, est aussi un peu hébété, ne s*itpms même #* tfU/ #V» s* *#«# eonaoentmre. — Bien que dan* cette oftytUWtam * «« pas égarer un seul instant les impressions du ucte^S-T * du talent ; il y a aussi de la monomanie : le livre a» Éiajii**reusement, çà et la, de trop pamphlé*i«t ^f^}*^J^ vendications sociales bien gênantes). Je nt suis m* 0» W oui sont mécontents de récriture de ce livre : P**^**Wr e ' AU aurait peut-être adouci, par des bigarrures «*Mf» *!*~ females violacités qui luisent au-dessus de c* cimetj*r». Ur c'est un charnier — du moins moral — que Btnbt. p J*** 11 qu'on a dû eduper telles pages attentatoire» à notre candeur : il en reste assea pour offrir un aperçu de vices qu oà ne voit que là — et dans la Bible. < r *
— I. Le Meilleur Devenir ; 'i- H. L* iït Ghïl. — * Et si, se plwfj et plus Lont elle est l'équivalente transformauon, « «*,«* yy- m— ellipse : plus et plus, va à ^uivaloir en droite l'elliptique périphérie. » Tel est le PWPJlJih « Philosophie évolutive » sur quoi M. René Ghu ^nous annonce des volumes de poésie. Cette représentation géométrique de la Matière en perpétuel devenir, selon le prantformisme Hégélien, n'eût rien perdu, ce semble, a être cxpTiméc plus clairement. Mais où l'ombre d*une poésie a extraire de là? Je ne parle, bien entendu, que d'après' le concept ce l'oeuvre, car l'œuvre elle-même 1 m'échappe : si l« W"» parfaitement le « vouloir » du poète, j'avoue mon pluli*inw«ie devant son expression. Toutefois, même mteUmble aijx lettres, la poésie philosophique que rêve M. René Ghïl ne saurait être qu'un long et fastidieux ressassement des origines de l'homme, de 1 ses transformations accomplies et «^varit sliccomplir. Quant à Y instrumentation, l'auteur connaît] mon avis sur ce point : nier les correspondances de Vidée, du àenttment % de la sensation ou de la chose même au son, ^™* * ussi puéril et vain que de tenter en fixer les lois. j 1 A, V.
Les Vrais Sous-OfTs, par Gbo*g*s Dambm et Edouam Dubus (Savine). — La conscience nationale s'est émue, ce» derniers temps, d'un livre ou l'armée était odieusement traînée dans la boue. En réponse aux accusations infimes portées contre nos soldats et en particulier nos soup-offioers, MM: Georges Darien et Edouard Cubus viennent de frire paraître chez l'éditeur Savine, ia, rue des Pyramides,^ une fcrte brochure patriotique, qui réduit à néant toute* les inventions dont M. Descave* a tenté de flétrir les défenseurs du drapeau français. Dans un style énergique, tantôt vibrant d'indignation,! tantôt débordant d'enthousiasme, les auteurs des Vrats Sous-Offs (envoi franco au reçu de 7* centimes, ambres), après avoir donné le sentiment de tous les orgOe* de 1 opinion publique sur la question, démontrent par des rudement* militaires, et de nombreux récits, inédits pour la rdupart, que les cadres de notre armée ne sont et ne sauraient êtnr «un» école de désintéressement, de moralité et de courage AX*r
Vrais Sout-Offs ont leur place marquée d'avance dans la bibliothèque de tout bon Français. D.-D*
Pierres d'ïrla, par Alvsjlt Laktohh (Lemerre)* — ta notation, en protêt et poésie» alternées, de sensations guère originales» d'idées un peu 1830 et de tableautins fugaces. Nul souci, d'ailleurs, d'un lien synthétique entre les différentes pièces du livre, dont le stnl poème en prose intitulé X« Paysan laisse quelque impression. C'est jeune et déjà I* plutôt que mauvais, bien qu'on y trouve ce vers : « Esprit ! O sens divin qui mes douleurs exprime », et deux ou trois; fois, dans son sens vieux jeu, le mot « lyre .». A. V,
I#a Clergé sous la troisième République, par M. François Bourhamd (A. Savine). — L'auteur raconte avec indif nation (et beaucoup de documents à l'appui) les misères que rent aux prêtres, moines et nonnes, un tas de minuscules persécuteurs, moins spirituels que Néron; R # G,
Apres le Punch, parHBwxv dh Bhaisnb (J. B. Ferreyrol). — Un volume de nouvelles que Fauteur a publiées dans le supplément littéraire des journaux quotidiens. A.. V* .
THÉÂTRES
TgiATax des VAaiiTis, . — Monsieur Beî^y y Comédie en
auatre actes, de MM. Oscax Mixérns* et Paui. Alexis. — Le lème exploité : Un ménage à trois, sans plus. MM. Méténier * . et Alexis n'ont pas cru devoir, et en cela je les approuve complètement, introduire dans leur comédie ce que Ion est convenu d'appeler une « action ». Ces quatre actes se coni- .
risent donc purement d'une succession de scènes découpées .'* l'einporte-pièce, *n des situations d'une ironie constante et / toujours poussée au paroxysme ; inde. le côté comique de l'a chose, qui, sufond, est d'un féroce pessimisme. On comprend . qu'une cauvre ainsi conçue tranche violemment au milieu de la navrante stupidité des vaudevilles auxquels nous ont habitués de consciencieux manœuvres. Mais pourquoi les auteurs, qui se targuent bien haut d'introduire le réalisme au théâtre, . pratiquent-ils encore, abusent-ils même du monologue, cette ennuyeuse absurdité ? Le premier acte et la seconde moitié du troisième sont enlevés de main de maître et frisent dé . près la haute comédie. Par contre, le deuxième acte est trop conventionnel : il est d'ailleurs çâté par l'entrée grotesque du : père Lu dinar. Cet incident, serait à supprimer ainsi que tout, le quatrième acte, qui est franchement mauvais. d'un bout à l'autre, et de plus inutile.. Finir après la gigantesque scène du parapluie eût d'ailleurs été adroit, car en soiqme ne constituet-il pas toute la moralité de la pièce, ce symbolique en-touscas pour deux ? — Ceci dit, il convient ; de féliciter sans réserve M. Dupuis, vraiment extraordinaire dans son Marneffe nouveau genre, ainsi que MM. Baron, Roche et Mlle Réjanc*
BEAUX— ARTS ; t -
Expositions de Wèrtimr lU£*w— Et d'abord, cher Petit, ut» Aquauixisths. Une impossible collection de truculente» hi* deurs : d'abominables -prototype» de chromos à trente sou», signés: Maurice Leloir, Loustaunau, Adrien Morcau, Bota*gain t Escalier, Adrien Marie, Delort, Worms> Détaille, Meissonier fils, Vibert ; d'assez piteux essai» de plein-mir de MM. Courant, R. Jourdain, V. Gilbert, Zubert Yony Priant, JBrowa ; une ridicule ituyère de Flameng,dcs ckiemsdè de Penne et des chats de Lambert; des Clairin» des Ducs, des Boutet de Montvel ; de plus intéressants paysages de Béthune et d^Harpignies ; des fantaisies de Besnard (femmes et paons) assez Terreuses.
Ensuite, les expositions de cercles : le Vomtm*, l'Unioir,, etc* À rUwtOH, Deux Bretonnes de Dagnan, un horrible portrait de Mlle WilsoHet de sa poupée par Bonnat; Le cul d'une dame rousse , par Carolùs Duran ;des tentatives pleinairistes d'Aublet et de Montcnard ; deux tètes de Jean Gtgottx; une Lionne vautrée dans un paysage où il neige des pains à cacheter rouges, par Gérôme; àetCoins de Rivtire&Q Pelouse; une Famille de Besnard ; un portrait bien fadasse, j» Plein eng ; une infamante confiserie de M. Bouguewatt. Puis c'est
TÉXPOSITlOïf DBS FEMJIÎS-PElNTaES 1T MÊME ScULFlUCKB. Un
portrait de jeune fille de Mlle Loire, assez Carolusdurandique; des choses diverses, autant qu'ondoyantes, de MM *^Ittuinpî», Espenan, Mariette Cott, Dunean, Buchet, de Turnejr, HnitiTard, Deschamps, Tynard, Blanc, etc. Jj
.'* Enfin, pour -terminer, une chose un peu plusuitéressante : TExposition Pissjuto, chez Boussod et Valadon. Voilà de Part d'un meilleur aloi. M* Pissaro, on le sait, est un chercheur, un consciencieux et infatigable chercheur qui, ;à Pige ou d'autres se reposent sur leur travail accompli, a Voulu, jetant les formules qui lui avaient servi à créer déjà tant de magistrales œuvres, se remettre au pourchas d'un autrement ,d'un plus . loin et d'un mUux* Le s toiles exposées appartiennent toutes a cette dernière manière. La couleur y- est divisée infiniment. Les éléments constitutifs de chaque ton sont juxtaposés et non point mixtures ; leur combinaison s'opère dans ta rétine et non sur La toile. Quels que soient les inconvénients de ce procédé, un peu compliqué, il est incontestable que M. ~ Pissaro en a obtenu de5 effets de rutilements et de vibrations prodigieux. Un beau jour d'hiver à Eragny ; les Faneuses^ d'un style et d'une couleur tant exquis ; les Glaneuses , d'une ligne si noble et si harmonieusement baignées de conchant ; les mélancoliques, les idylliques Prairies à «S 1 Charles ; les Femmes " causant ; la délicieuse Gardeuse dotes, le Verger, tant éblouissant de soleil ; enfin la Cntittette des Pommes, cet indubitable chef-d'œuvre, d'une simplicité et d'une hauteur de style qui fait songer aux primitiô florentins, tout cela Je témoigne ir ré eu sable ment* Les peintures à la détrempe de . . M. Pissaro sont d'ailleurs aussi remarquables que ses peintures à l'huile, et elles ont sur celles-ci davantage d*être d'une facture moins compliquée, ce qui les fait apparaître plu»
amples, plot larges, pins profondes. La Fenaison à Pantoise, les deux Marchés, la Gardense dt chèvres, les Faneuses, 1*4. Bergers pendant F averse t sont des merveilles. A regarder aussi, dans les mêmes salles, d'un autre très grand artiste, Paul Oauguin, de merveilleux grès-émaillés et un troublant basrelief en bois sculpté dans lequel je lia le plu* farouche hymne à la luxure et à la bestialité qu'aient écrit nuls doigts humains. Au reste , le Mercure de France parlera sans doute un jour plus longuement de ces deux grands poètes : MM. Pissaro et Paul Gauguin. G. Alb. A.
Echos divers et communications
En librairie prochainement : Sur Je "Lotus, de Mitrophan* Crapoussin, recueil de poésies dont notre collaborateur Laurent Tailhade fut naguère autorisé a extraire la ballade qu'il nous a donnée (n- a. Chronique, in fine). Et puisque nous parlons de Laurent Tailhade, annonçons qu'il achève un roman de mœurs contemporaines ; Le Péché, et qu'il publiera sous peu un livre de poésies : Les Escarboucles*
Nous recevons le premier fascicule des Entretiens politiques et littéraires (A. Savine, éditeur)» signés de trois noms estimés parmi les jeunes gens de lettres : M. Francis Vielé- Griffîn, qui expose d'une façon très précise une théorie de la Liberté du vers ; M. Paul Adam, bien ennuyeux avec ses Politiciens devant la question juive; et M. Henri de Régnier» qui, toujours clair pourtant dans les plus hermétiques de ses poésies, atteint du premier coup au comble du charabia dans cette prose : Souvenirs d'un camarade de collège sur le duc (T Orléans.
La librairie Ge nonce aux mettra en vente, ce printemps, un livre de Rachilde intitulé: Cjmismes, avec une préface de Laurent Tailhade. — Ne pas confondre ce livre avec la Sanglante ironie, roman annoncé dans nos échos et qui jparaîtra en septembre.
- En présence d'une note publiée par une Revue littéraire et visant dans son honneur notre collaborateur L.*P de Brïnh*gaubast, résidant à l'étranger aujourd'hui et n'ayant pu encore relever l'attaque, nous croyons opportune cette déclaration que nous n'avons point lieu de douter de l'honorabilité de notre confrère, qui, nous en sommes convaincus, détruira sans peine tonte imputation flétrissante. — N. D. L. R.
Au moment de mettre sous presse, nous recevons de M. L.-P* de Brinn'ijaubast copie d'une lettre qu'il adresse au directeur du périodique littéraire dont il est ci-dessus question, et de laquelle il résulte que notre collaborateur saisit les tribunaux de l'affaire. — N. D* L. R.
Mercvrb . .
Le Gérant: A.-VALixrre.
Imp. R0CG1ER, H ****** du Regard, Paris.