‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 61 sur 168 · L'ISOLÉ · texte numérisé non relu

L'ISOLÉ

Sous 1 averse, et vers le rond-point où l'on cent ™V Dn kiosque criard écailler d'or le noir P ™

L avenue épaissir ses. ténèpres, trouées -

Par les clartés parallèles, sous les buées,

.Des becs de gaz, plantés . debout sur lé trottoir,

LesfeS?^ ^ *? Sa tor P ettr immense ; t-es marronniers, dont le haut sexe est mis à nu

Laissent traîner dans l'air une odeur de «menée.

ET Snn?,- ^ fra ? pe U J° l a *611i d'avoir, tu,

; Et 1 ennui dissolvant de cette eau d'indolence

■ Lui. tire de tout, l'être un' soupir éperdu. .

Srtn^ il . mkr . che s f us averse envahissante, ' ■ Torture du -besoin qu'a l'eau de féconder, '

Luiï q ai nV rien ^'affectueux où se poser

BriSnrJ V eure -? ve > à l'âme, une cuisante . Brûlure ou ne vient pas. la rosée apaisante lies dons sommeils à deux attendris de. baisers.

Du Si 2?l A ?■■ mettant au Kt - & »* 1« ménages Uu naut ed bas de ces maisons à six étatres age5

Lui vient et l'arrête à, sous dés déW^aux

Dans le blanc cadre . illuminé des courte MtS '

Des ombres comme on dit, chinoises de Snx'

Ou des tendresses conjugales se propagent '..

Puis, toutes les carcels aux. globes dépolis S éteignent,- on croirait des éclipses de lune l

Leau glouglpnte en se dégorgeant des plombs salis r Et c est à chaque étage, entre fes draps de U? Les battements égaux sans peine et peur Jeûne : ■■■■ De deux chairs que l'amour lie à n'en foîre quW. .'

S2£i^ &™i™*e '«x longs frissons ' '

Si danV S ™ * ^J** C0 ? me ane " fleur de* ondes ! . Mdans la me, au-dessus de ses frondaisons ' "

La 4 sTenne a mme à " 8 *?^' éta « eant Ses £&«., çL^ tf Myeux de cie l empoussièré de mondes Surgisssait! comme il l'a rêvé?,, aux taïe! Tolondes,

MAÏ 1S90 ." . xnt

Celle vers qui .le porte un, milliard d'élans; Celle qui relira, viril! et qui,; scellant Dans son cœur généreux gonflé comme une voile Un double orgueil de père et d'amant se. mêlant, .

Saura bien, le faisant tressaillir jusqu'aux : moelles, * Arracher toute vive une âme de ses flancs.

Oui! celle dont avec une âpre volupté

Il enguirlandera son cœur aux pierres noires

D'un feuillage de fleurs tendres de tiède Eté,

Et qui d.oit transparaître au fond de sa mémoire

Ainsi que, s6us les fûts d T un bosquet enchanté,

■Le vif-argent d*une eau. de lune aux blanches moires:

Mais nulle n'apparaît d'un visage assez pur, Tout ce noir garde en\ lui, comme derrière un mur, CéÛe ,c[U*il a rêvée en façon de poème ■..'" Et qu'il cherché^ poussé par un espoir suprême; Loin de sa chambre" nue où sans un. coin d'azur . Il suffoque de solitude entre les .murs ! .

Il marche en l'avenue où de Teâu persévère,

Il marché!, et plus il va dans tout ce îioîr vainqueur,

Qù nagent de très longs reflets de réverbères,

Quelque chose de plus en plus se désespère,

Aux sources même (ô solitude dont on meurt)

De Son Être, à Tendroit le plus cher de son coeur. \

Et comme un gueux qui tend la main pour qu'on lui donne Souffre à ne recevoir d'aumône de personne, II s'en va,- l'âme en peine, avec, sur le trottoir, Sa longue ombre allongée ainsi qu'en un miroir, Et son pas, dans là nuit boueuse où Teau frissonne, Son pas désert, dans l'avenue, au loin, résonne l

Ernest Raynaud.

172 MERCVRE DE ERANCÈ

LES. LIVRES

i™ avril 1890.

Monsieur le Rédacteur en cief,

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S ° ne dôît^,4 r r à - Hçge1 ' ^P^^ophiquement à £t memeur* * *** *** **>'«*"« .* *» ^enir évoluitvJé.f qn^renî e?sl'nt n ^ M, 4^» * 1* Collectivité en ce

est libre de déclarer cela,<c fastidieux »♦ ce IW m rt ^ ?

cace rdèïoete^f T ^? le î s mplement des articles et déni! caces ae poètes qui portaient latente en eux cette idée nW

de rcLî,ï ffi"^™ fa ™ I <W>P»i. évotaSv. et h portée

ne snnt .n,* L „^„ ? ers, que nous ne reconnaissons pas, Se même? ^ « fonmstes » «**««>, la plupart pensent

«J'apportai et nous voulons une Poésie humaine, rationnelle

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utile : selon le principe inattaquable rationnellement d'une philosophie 'évolutive, en mouvement,, elliptique. Pour un Avenir meilleur sans cesse, logique, et de devoir* .; « Je vous remercie, Monsieur le Rédacteur en chef, — et mes empressées salutations. » R»x£ Gan«.

Poèmes anciens et romanesques* par Hekkibe R£g*ib£ (Librairie de l'Art Indépendant). —En ces vers qui évoquent de prestigieux décors de rêve et de légende, Henri de Régnier, pins . absolument qu'en ses précédents recueils, subit, immédiate, la noble influence de Gustave Moreau. Un luxe inouï de -pierreries paré les êtres, les choses; même leS abstractions T au milieu desquels se co copiait la chevaleresque mélancolie du poète; c'est ainsi qu'en dix vers on trouve des papillons d*kyacinike y des escaliers d'onyx des gloires de sa~: phyr* A coup sur, ces strophes sont serties parla, main d'un maître lapidaire, et il 7 a dans les motifs de légende et de mélancolie une Belle au Bois dormant d^uue extraordinaire beauté*. Cependant, je reprocherai; à M. Henri de Régnier des bizarreries de syntaxe ,— ■ tel Remploi de l'infinitif pour le participe présent — qui ne servent vraiment qu*à dérouter e lecteur :

... Ou le cri né des clairons sacrés se prolonge Promulguer son sommeil jus (pi* h Vaubc des Temps!*.**

Des phrases ainsi. construites déconcertent d'autant plus Ocelles sont presque toujours ponctuées suivant la formule chère à. ML René GhïL Mais ceci n'est que chicane de pion, et je n'en aurais certes point parlé si je n'avais, entendu soûventes fois assimiler le très puissant poète qu'est Henri de Régnier, aux désastreux ,- écrivains . dont, la seule originalité consiste à démolir bêtement la langue. Les inconscientes imitations qui de ci de là se. révèlent ' en quelques vers libres des Poèmes anciens- et romanesques constituent mi grief plus .. grave, à formuler contre ce. nouveau livre :

„■„ En leur conque de nacre- torse ils font chanté . , * ^ Là clianson endormie. en la concavité £>es spires Meuâtres et profondes ..

' -La chanson de~ïa mer maternelle aux vieux mondes .-„*

Il y a là plus qu'une réminiscence des Funérailles de Jean Moréas. — Comment un poète aussi personnel que Henri de Régni er a-t-îl pu abdiquer à ce point sa personnalité ? J . C * .

Xes Romanciers d'anjouxfflittl, par Charles Le GoTtoc (x vol., Léon Vanier).— Le capital défaut de ce livre est l'insuffisance, et ce. précisément pour avoir visé à être trop com- . pletv Comme M;. Jules Teîliera fait naguère pour les poètes, M. Lé GojEfic a divisé les romanciers en catégories, et chacune nés dix catégories offre un pèle-mèle de noms dont beaucoup ne méritaient pas seulement d'ètie cités. « Je me suis xompïu, dit l'auteur dans une introduction, sur ces noms Sn peu trop,, sans doute, et au détriment de noms plus cou-

relent -ê-^i^^TlS^âï^'f r

grand /ombre de note qu'ilïonsaci à /^ 1 ^*' et dans ^ -ent ou se. perdent,*^ jS^^cS^ 5 Tt

BEAUX-ARTS

S^t^Té^

qui ont l'afr ^àToTr ïé P ^n Cne ^^ <*« fines choses l\eure des libres rêveries l^^" SUr de | Coins de **««, à jectiver. Tous ces rilns-L vousSf nS ^J^ 5 timides à *'&limité et, par leur débrJinl £ - * ?? P* rfum *r*» spécial d'in-

«ari^ÏÏ-^^^^^

Lice, de Jacques, de Rivière dS» ïiJ? Cer ?. étude? de vers les mille, recherche* Vnîtl •* t *? eat .. 8 ^ dé « a S« *-tià- Lunois, très intéressant avJ^« Spnt ""P"* ' d>art - et de intense acuité dTcMori^t P a 7 s ?g« marocains d'une si « **S J flJm£j£T < 8- enco™" eUSe ^^paphie des. cela intéresse n'v sont-iïs p1TaîU s volr^ M ^ ^ f ^

tapissées d'incolore coûtes Jf^f-^ 015 J»*» 1 ***" «ailes, dite: Sane^s SSS^.fôS^.^»'^. *»**»

lisme! Gomme partout en°e Heu 1? \?*£ g ?+* e dn V*™™- ■ dépit, mais sa/s doute à cauï'di ^ édl0cnt 1 e Prospère,.én . M. Ch. Henrv ouï »y™'„* !+ m-' §. éme vul garisateur de

des pires élèves des Beaux?ArtTTt '■?£?+ p l^ ble a la P ortée

Au concert. Son. prétendu effet d'harmonie, cherché dans . l'unité de lignes, apparaît vulgairement symétrique, rien de plus. La couleur est absente. Nous ai nions peu la Femme à sa-, toilette ^ maïs beaucoup une marine. (7 3a), dont les tons sont merveilleux. En somme, Se u rat est un chercheur .plus intelligent qu'artiste. — : la marque de Ch, Ad grand se reconnaît à l'originalité d'un te m péta ment subtil, plein de sensibilité délicate. La barque isolée et comme lointaine en la brume est une des meilleures choses de l'exposition*— Signa c nous ennuie bien* Aucune personnalité; Des 'points'; des points, etc'esttout. Estrce assez horrible, cette 'scène d'intérieur sans lumière (à quoi bon, alors, la division de là couleur?!, sans style r 'et dont les personnages n'offrent aucun caractère? Signac' appelle cela ,<c faire moderne ». Et. ses marines, sa

chez Signac, nous nous' le demandons; quelque pensum infligé par Seurat. — Le talent de Luce manque de finesse. sans, parvenir à se montrer brutal ; c'est lourd et presque maladroit. Ses effets de jour sont, sans vibra tion, ses effets de nuit sans mystère. Ses ; pastels sont, bien { supérieurs* — Dubois- Pillet est doué d'une estimable patience. Pourquoi ce- .travail laborieux} lorsqu*avec infiniment moins de mal il réussirait à merveille: dans Tart de bonne tenue, pour lequel il semble tout indiqué? *— Un grand portrait intéressant de Van Rysseîberghe. — Et c'est Pexrot, Finel, Daniel: rien qui sollicite lejugement* Les toiles de; Guillaumin sont de fort belle coloration- Nous regrettons le sommaire 'd'une facture un peu hési-

■ tante chez l'artiste qui nous .montre/ cette année d'aussi jolis coins d?intimiîé silencieuse que : là Femme aux codions y Ja\ Pêcheuse^ si solitaire, la Femme à T enfant. Sa Liseuse est irréprochable. — Comme: nous aimons le mysticisme de Fïliger ! 11 nous donn e sa note . dans quatre petits pa un eaux d'un art exquis* II- a le sentiment du religieux jusqu'à l'élévation la plus rare. Sa personnalité^ déjà -très marquée,, bien qu'il admiré Puvis de Chayannes et Ingres, transparaît surtout "dans sa Prière et

. un Paysage. Cette séiénité appartient à lui seul. Filiger est le poète Je, la Foi. — Roy est plein de. bonne volonté, nous

1 l'en félicitons, mais qu'il .travaille. '• — Lâutrec, qui a du talent, subit l'influence de Degas et Forain, dont il imite la manière sans se «l'approprier, t—.-Kôtre ami G, Albert. Aurier a, dans cette revue, trop bien défini la nature du talent de

. Vincent Van Gogh pour qu'après lui nous y revenions. Mais

. quel. grand artiste*! Instinctif, il est né peintre; en lui, pas d'hésitation. Comme Salvator Rosa t c ? est un -esprit tourmenté. Sa puissance d'expression est extraordinaire T et tout dans, son œuvre vit de sa propre vie- Peinture inanalysable, il ne

; faut pas y chercher, de technique. Tempérament exalté à * travers lequel la Nature apparaît comme dans les rêves, ou mieux: les cauchemars* Pondéré, puisque la ligne et la couleur s- T unifieiît dans une harmonieuse étrangeté. H entrevoit lès objets 1 dans là nature, mais ne les voit réellement qu'en

lui ; Ex ; ce cyprès quasi mythologique aux reflets de métal, comme un. dragon fabuleux. Des soleils, dans un pot,, sont magnifiques- Il y a de Van Gogh aux Indépendants dix tableaux qui attestent un génie rare, j". L.

Echos divers et communications

Au sommaire de la Jeune Belgique, MM. Henry Maubel : In memoriam; — J. "K- Huysmans : Les dessins de Victor Hugo ; — Iwan Gilkin : Lucifer ; — * Charles Buet ; Les Dimanches de la rue Roussel et ; - — Adolphe Frères ; Irène; — Jules Destrée '■■: Transpositions modernes — Cirque; — Albert Le une : La Synthèse ; — Georges Vanor: Floramye ; — Yalère Gille : Stéphane Mallarmé* .* — Puis une chronique littéraire de M. Yalère GîHe et une chronique musicale de M, Albert Giraud. Enfin une facétie décadente signée On; Cudoye : Vénerie esthétique, qui rappelle Pcauvre d'Adoré Flonpette; de joyeuse mémoire. »...

te Concert- Libre est une . intéressante tentâtjve de MM^ Yves-Plessis, Arnyot, Pianelli, Leruercîer et Ed. Tèulet, pour tirer la chanson du cloaque où elle s'est embrenée — ce qui n'est pais une. mince affaire ! Le public,, par ses bravos multipliés, a encouragé les efforts des jeunes rénovateurs. Le Çon-: cert-Libre tient ses assises chaque quinzaine, à la Salle des Capucines. .

M. P. Lac'o m blez annonce la publication dans sa revue (La Pléiftde) d'une série de poésies turques, et déjà le fascicule d'Avril donne quelques pièces de Tourian, traduites par M, Archag Tchobanian. — • * Au sommaire du même numéro, MM. Arthur Dupont, P. Marins André, Albert Arnayi Auguste Jenart, Stéphane Richelle, Jean Bôels, Fernand Roussel, Léon Hennebicq, Charles Sluyts, Joseph Schwartz, Maurice Dormais Auguste Souchez, Gohtran Deïrez, Frédéric Neyskens.

-Lire dans la Revue Indépendante une originale et consciencieuse étude sur Camille Pissaro, de notre collaborateur G. Albert Aurier, et le très curieux article d'un autre de nos collaborateurs, M. Reniy de Gourmont, qui traite d'une particularité peu connue , de la vie littéraire du maître. Stéphane Mallarmé*

Art et Critique (N° du ia Avril) puplieune humoristique page signée Léo Trézenilc sur la. #*©«,, de Louis Durnur, — et de M, Joseph Caraguel un article— politique* — Tous nos regrets à M. Jean Jullien de ne pouvoir dite notre mot sur sa comédie et ses intéressants essais de vérité a la scène, le Théâtre-Libre ne nous ayant poïnt fait le service. '

Mercvre.

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Le Gérant; -A» Vàulette, Irnpl ROTJOIER, 11> Rue dû Regard;. Paris.

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