‹ Mercure de France, tome 1Chapitre 9 sur 168 · ME · texte numérisé non relu

ME

. Peut-être ne messied-il| point dJ redire, alore que la Piéiade devient Mercure de Irance, ce qui a été répondu naguère aux imputations d'une Presse mal avertie, .et {de 1 défendre par avancé notre, oeuvre contre les appréciations erronées ou maladroites. Il est- d'açeoutumée, en effet, parmi nos confrères des grands quotidiens, d'infliger l'ironique épithète de décadente à. toute publication

, où s'essaient de jeunes écrivains aimant l'art curieux,, certes, de formules inédites; mais surtout consciencieux, >yant horreur de lai phrase toute faite et du . mot banal, du cliché, quel qu'il soit Nullement, d'ailleurs, nous ne nous! rebellerions

..si par décadent nos chroniqueurs cotés n'entendaient charabia, : pathos, incohérence, pour avoir étudié le cas en de petites feuilles 6ù, àppâVein-

; ment, l'incohérence, le pathos et le charabia tenaient lieu d'esthétique et de pensée. Mais ces

. éphémères gazettes furent stériles, et il importe de distinguer entre les humanistes de dix-sept ans qni les rédigeaient, Chariots de lettres vite exténués et les jeunes laborieux en quête d'une vierge expression du beau et du vrai tels qu'ils les conçoi-

vent en ces temps complexés. Or, au sens que les quotidiens attribuent à cette étiquette, la Pléiade ne fut point décadente* et le Mercure de France ne le sera pas davantage.

Mais, pour ne point choir dans la puérile hérésie

de forme qu'on sait, il est cependant possiBle que sans jamais cesser .d'être clairs, nous n'écrivions pas absolument de ce style et sur ces idées qui s'imposent aux auteurs ambitieux accaparer tous . les suffrages, et qui partant se résignent à une banahté de bon ton. Ils ont évidemment raison au point de vue pratique, et le nombre de ceux qui ont ainsi raison fut toujours de beaucoup le plus côrisidérable; mais à Vautre point de vue — celui de nos maîtres, sans les nommer — il n'apparaît pas que nous ayons , si grand tort, U y eut bien, voici quelque trente ans, des écrivains réputés maîtres . dont, l'outil fut la langue bonne fille, lâchée, musarde, que de charitables", critiqués ^ne se lassent, point de nous offrir comme modèle de la langue classique de France; encore ceux-là. vécurent-ils à une époque autrement bénévole au littérateur que ne l'est ce dernier quart du siècle, en des jours où ■ il était admis qu'on « écrit comme on parle » et où l'on croyait à la «vieille gaî'të gauloise »., Mais, depuis cet âge d'or, combien d'illusions mortes ! Outre ^il faille aujourd'hui, pour être classé* .' quelquun, mettre au moins une pensée dans un livre, le nihilisme scientifique et le positivisme: de la vie moderne, excessivement dure à l'individu pensant, ont fait de nous des êtres trop peu semblables aux hommes de ces générations pour que nous nous intéressions aux choses où ils se. complurent, et que nous les disions aussi vèrbeusement et avec ■-'

'.ïi— *-

,1e même bon garçonnfebie.. Il semble que rious Sommes nés trop réfléchis, et nous avons dû, en venant au monde, tourner sept fois notre langue avant de pousser ce premier , cri qui était comme I acquiescement à l'existence égoïste, étroite, affairée, vide dé foute foi.réçonfortante, qu'on nous léguait. Si nous portons - dans le monde, par ins-

tinctdesociabilité,Unvisageso L u.ryntetunecettainebonhomie; il est.avéirë —presque toutes les productions littéraires, et artistiques des hommes nouveaux en témoignent ^-.que notre moi intellectuel sourit bien rarement, dit juste ce qu'il doit dire, sans digressions inutiles, sans flânes ni promenades, si tentantes soient-elles, parmi lés idées, à

.. Et ce qu'il doit dire, pour peu qu'il soit sincère ne semble pas précisément conforme aux rabâchages dé cqnventipn dont on nous satureTintellect.' Un journaliste écouté, point suspect de pessimisme a pourtant osé cette récente affirmation que « le. monde va vers une morale nouvelle ». Il est pertinent qu'en tout, partout, à tous les étages sociaux, d y Révolution rapide; et qu'on ne voit plus aujourd'hui : comme on voyait il n'y a pas vingt ans, Mais, soit respect de la tradition, soit flagornerie auprès d'un public inconsciemment hypocrite, la Presse se tait, volontiers sur lé fond .dès; questions brûlantes. Or, ce que chacun pense " et que personne ne formule, ces idées paradoxale s et subversives en 1890, codifiées en 1900, il nous serait agréable d'en écrire . Œuvre de démolisseurs, soit; mais quand l'écroulement final; de là maison n'est plus qu'une affaire d'heures, n^y point aider prouverait qu'où n'en désire point k.reconstruction prochaine. -

' * fcF

Aussi> des trois buts que peut se proposer un périodique littéraire ^- ou gagner de l'argent, ou,; grouper des auteurs en communion d'esthétique, formant école et s'efforçant au prosélytisme, ou enfin publier des oeuvres purement artistiques- et des conceptions assez hétérodoxes pour n'être point accueillies des feuilles qui comptent avec ta clientèle — c'est ce dernier que nous avons choisi, nous connaissant du reste trop déplorables spéculateurs pour espérer la métamorphose de nos écrits en or, et sachant introuvables en cette transitoire période que nous traversons les éléments d/une école littéraire, . : .,

Au surplus, qu'on me permette dé le rappeler, cet article est une simplef précaution contre d'adventices erreurs de jugeaient, et n'a aucune ten- ' dance à s'ériger en programme: chacun est ici absolument libre, responsable dé. ses seuls dires et point solidaire du voisiki. Je ne veuille pas non plus avancer que ; nous ferons toujours origi- " naux, présomption juvénile dont nous sommes" tout à fait incapables. — Mais si dans notre collection, pourtant, se révèle çà et là une œuvre d'art originalement conçue et parfaitement eùryth- " miqùe, nous n'aurons pas été inutiles, ayant inté^ ressé non le public, indifférent en ces matières, dû moins les artistes; et si d'aventure, en morale, il se rencontrait dans nos pages une vérité neuve où quelque idée d'avant-garde, nous aurions justifié notre titre — un peu prétentieux sans doute, mais dont l'archaïsme nous plaît.

Alfred Vailette

Décembre r8Sp m

ht.

V ;; .. V;. ;' ; ^tÛïè ^AUTOMNE

v r e 1,J£té ^e et, de sa gloire ensoleillée, UÉtang,: où nagent les débris de la feuiïiée, Pas plus que l'horizon n'a gardé : de reflets, ' , Et, partout, c^èst-l'ennui tfune plaine souillée * Où -la pluie uniforme a tendu ses filets.

La Terre, dêponiJïëe.^iijonrd'liTii des verdures r . ^Q?'^ long ^moi^oiseaBï. éventait de frissons, Le cnir ridé d'avoir ^esté mille moissons.

Avec tout ce que l'Homme y fit de marques dures, Jïne et vide s>n va rejoindre l'horizon.

te ciel bas, vers qui fume un encens dé tristesse, . Où la pluie, uniforme a tendu ses réseaux, ' N> plus le vol eUiptîque de ses oiseaux \ . Quand des lueurs d'aurore y traînaient leur moÛesse Et qu'un soleil mirait sa gloire au tain des eaux.

Ce long bruit de la pluie uniforme qui tinte, . * Ce long bruit qui nous vient des lointains assoupis Et se propage autour de nous, semble la plainte Triste qu'exhalerait, d'une voix presque éteinte, la Terre à. qui l'on a ravi tous ses épis.,.

la Terre dépouiUée, et qui se remémore, Par ce tantôt dé pluie uniforme et sonore, De quels poings inlassés il ïui meurtrit le sein, De Faube jusqu'au soir et du soir à l'aurore, L'Homme qui tire d'Elle et son or et son psrin.

La Terre qui s'éplore à n'avoir rien pour elle, Mère-des-sept-douleurs que la Peur vient hanter. Des printemps/décrétant sa grossesse nouvelle, Et qui sait qu'à Teudroit de ses flancs, éternelle,. Jamais ne périra la douleur d*enfanter„ *

Nue, avec ses sillons creusés en longues rides, : La Terre, où s'exalta, naguère Messidor, S'end.olorit ainsi dans ce tantôt- languide, ■■': •■ . - Sous le ciel, qui s'étire, en longs brouillards arides, Sans jnème une éclaiicie où reluise un peu d'or,

fc ' ' " ' - - i

Et s\;ndeuille aux plis longs dé ses linges; sévères, Cependant qu'uniforme et lente pour le grain .". < ^ ie f 'Homme à pleine poigne y jettera demain . - A traders l'humus détrempe, jusqu'aux ovaires, La Pluie indolemment prépare le .chemin.

Vï-w

Ernest Raynaud

Page 1