THÉÂTRE -LIBRE
Myrane, d'EiniE Bergerat. — Les Chapons, de Lucira
Descaves et Georges Darien.
M. Emile Bergerat (qui ne le sait?) est le Shakespeare de cette hn de siècle, un Shakespeare méconnu, un. Shakespeare bafoue, persécuté par les directeurs de toutes les scènes françaises, subventionnées ou non. Il est un hardi novateur — oui n aime guère à parler de soi. Il a du génie et, très souvent, du talent. Lui-même l'a insinué, voire proclamé, dans d'innombrables préfaces et chroniques, —qu'on souhaiterait moins modestes! Il n'eWre certes pas. foin de là! Mais, pourquoi diable s obstine-jt-il à garder toutes ces belles qualités pour lui, pour lui tout seul, l'égoïste î et à n'en jamais rien faire paraître en aucune de ses pièces ? Car, enfin, pour incontestablenient génial, talentueux et novateur que soit M. Bergerat « Myrane »,- qu'hier il nous conviait d'entendre, n'en est pas moins indiscutablement dépourvue de tout génie de toute nouveauté et quasiment detôut talent. Le thème en est vieux comme la lune : Un jeune monsieur qui aime et qu'aiment deux femmes, la femme légitime et l'autre; embêtements fort ', plausibles du jeune monsieur; belle-mère moderniste, mais a tirades; diplomate persan parisien, fataliste, polygamiste ; esclandre dans un théâtre; duel ; le jeune monsieuF, très perforé est transporté chez sa maîtresse; sa femme vient IV cherche et réussit à 1 emmener: atroce crise de désespoir de l'amant
délaissée et vaincue, qui se décide enfin à prendre un consolateur, le diplomate persan — ce qui prouve très clairement (car la pièce est à thèse) que la polygamie, la monogamie, le mariage, le foyer conjugal et l'art de frire un bon drame sont des problèmes aussi redoutables que mystérieux. Par dessus le marché, des ficelles, presque des cordages, des enfantillages, * dessituations de mêlo t des hors-dœuvrês, des tirades pérsiques, et autres, sur la femme, Famour, l'adultère, des mots de chroniqueurs. Un acte d'exposition figé, gris, maladroit (mairies ces épithètes!); un deuxième, dans nnfoyer d'artistes, avetdu brio, de l'observation, des digressions amusantes, de la verve cahbanesque ; un troisième j>lein d'un adorable pathos d'ambigu* ,
J'aime mieux « Les Chapons 9, de MM. L Descaves et G. Darien. C'est plus intéressant, plus original, plus neuf et plus de l'art. Cette piécette a d ailleurs sou le- é une véritable tempête d'applaudissements, de hurlements, de sifflements et de cris d'animaux divers: Ah ! c'est que lés auteurs ont frappé juste ! Et qu'ils ont été cruels, cyniquement cruels l JÉt que M* Prudhomme n'aime pas que d'indiscrets chirurgiens lui révèlent aussi brutalement le mal honteux qui couve sous sa solennelle et patriotique bedaine ! « Les Chapons » sont tirés de « Bas ïes Caurs », lé remarquable roman de M. Georges Darien. Pendant l'invasion prussienne, des bourgeois de Ver^ sailles, les Barbier, obligés de loger trois soldats allemands, passent par toutes les transes possibles, par toutes les terreurs imaginables, parce que leur vieille bonne; dont le frère a été tué pendant la guerre, a iuré de le venger. Les représailles si pareil fait arrivait, seraient terribles. Les Barbier le savent bien. Ils n'en dorment plus ; ils n'en vivent plus ; ils en meurent d'angoisses, malgré toutes les ridicules précautions , qu'ils imagment. Les grotesques turpitudes de leurs âmes lâches et égoïstes de bourgeois se révèlent à chaque mot, à chaque gestes. Ils flattent bassement leurs trois hôtes teutons, le* comblent de vins vieux et de prévenances, et, à la fin, fous de peur, ils jettent à la porte la vielle bonne qui les a soignés pendant vingt ans, malgré le temps * à ne pas mettre un chien dehors ». Des Prussiens, à cet instant, passent dans la rue, se rendant à l'exercice, sous la pluie — « Les pauvres gens ! » gémissent en choeur M. et Mme Barbier. Et c?est tout .Beaucoup de nos déroulédiques contemporains se sont reconnus dans les bourgeois de M M. Descaves et D a ri en. Le nombre des sifïieurs l'a prouvé. Les auteurs, qu'on savait déjà romanciers de talent, ont su montrer qu'ils pourront être s'ils le, veulent, des dramaturges de premier ordre. *
Les interprètes des deux ouvrages ont tenu leur rôle avec beaucoup de talent et d'intelligence. M m es Régine Martial Aubry, Sylviaç, France, Barny, MM, Antoine, Uon Christian, sont dignes de tous les éloges,
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BE AUX-A RTS
JUILLET 1890 * w
ctitfarorarc du Champ-de-Mars. Sx cela continue, tous les artistes dont nous nous honorons de goûter le talent feront, chacun à son tour, leur exposition particulière. A quoi tout le nionde gagnera, même les deux Sociétés rivales enfin recollées, comme elles le méritent, en un seul et imposant salon annuel qu'on pourra qualifier Champ-de- Navets. Raffeelli - pour en revenir à lui — s'attache à représenter le* misères suburbaines, les idylle s de boulevards extérieurs. Da us les milieux qui leur sont propres, avec lesquels Us font corps, pour ainsi dire, surgissent ses chiffonniers, ses casseurs de pierres, ses gueniUeux gagne-petit, fixés, rudement dans leur fatale attitude, avec lWéiébiie empreinte de leur spécial opprobre Bien loin pourtant daffliger son art d'un humani-
pousse le fc iux confins d
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sins de «c Zurae Borgia* et de la * Kk <fi*j* Joueur.* Et ■? #*!??**» ^î 11 "^ ^e que les procédés matériels de M. Kaffaelh, ces bizarres mélanges de fusain et de peinture. ;j me tressent un peu comme un truquage ? A quoi non, si l'effet est atteint? Je cite donc le 1 Btchcron» et le portrait du
£™ P i eil £ ^Ï?/P°ï r avoir le P laisir d'ajouter- qw la sculpture de Raffaelh vaut sa peinture, à laquelle ëlîe ressembla d une curieuse manière; . j j>» t
■ ■ P. S. — Vu à la vente: May trois lumineux pastels de * Degas. A quand l'Exposition Degas ? -V - • ' .
Echos dirers et communications