LE NÉNUPHAR
' A» Edouard Dubus*
Sous le blasphème en feu qu'un ciel grondant profère
Souillant d'écume la Lune qu'il dépolit, "
La recluse répose. Un rayon furtif erre
Et plane sur ce pur sommeil enseveli
Dans l'ombreuse lourdeur de l'ardente atmosphère
Et soufflant les parfums de l'Eté vers son lit
La bouche d'un judas, traîtresse et thurifère
Comme un baiser d'amour, brûle son corps décent.
L'assiège, le dénude et l'induit à méfaire.
Son rêve hostile au mal que sa fièvre consent
354 MERCVÏtE DE FRANCE
Invoque des bras et des pleurs le Christ de plâtre Qui s'arrache du mur et, lumineux, descend.
Elle oint des yeux PEpoux que son cœur idolâtre, Mais Lui montre d'un doigt hautain son flanc puissant Dont, rouverte douleur, la lèvre violâtre I
Semble taire un reproche en sa bave. de sang! 1
Mon Dieu! que ce doigt qui me blâme
M'absolve du crime évité!
A voir saigner votre coté .
Je me sens et vois saigner Pâme! '
Fidèle Epoux que mes Vœux ont éluj Tissez de feu ma haire de salut!
Mon Dieu! que l'ombre haïssable V .
De traits admirés trop, sou vent Parte de mes yeux comme au vent D'oubli, l'aveuglement du sable! :
Royal Epoux des neuf Règnes ailés, De pleurs lavez ma vue et la voilez !
Mon Dieu! brisez l'urne fragile, L'urne fangeuse qu'est mon sein, , Ou tirez un vase aussi saint . ".
" 4 '. Qu'un ciboire de cet argile!
Suave Epoux du cœur qui meurt béni, Parlez en moi, j tel qu'un chant dans un nid !
Mon Dieu ! que, jaloux des charnelles Fautes qui hantent mon tourment, Veille votre regara, clément - Au seuil pécheur de mes prunelles !
Céleste Epoux mystiquement viril, Murez d'amour votre esclave en péril!
D'EUe s'est retiré le Christ inèxauceur
Dont la forme affinant sa stature éclatante
Renaît sous les contours prosternés d'une sœur.
Et ce spectre dolent de belle pénitente
La baigne d'un regard^ où, mourante douceur,
Pleure un ciel incompris et mauvais qui la tente ;
Mais dessous sa chair faible au charme ravisseur*
Elle sent s insurger tme froideur hautaine' Ainsi, vaguante neigé en la chaude noirceur
De lesuvale nuit, tantôt proche ou lointaine, , ^a j.une, comme un gros nénuphar brimbalant Au ras des noirs frissons ridés d'une fontaine bfcmble vers la sombreur de ce songe troublait Parfois tendre et parfois reprendre à rincerttine
cS?* ^ rd dB péché ' le di ™ P«rdon bUnc '>■ Qu offre,, d'un cœur en croix, la florale patène !
LA PASSl*I,OltK :
A Albert Girault.
Couleur cierge, le front, couleur cendre, les veux ' ■ P^T' V^ S îf S le ? ts et P as sUencieux, 5 ^ SSWiï? 'étangtueï ^a^^ ?*"•
. £t quand la nuit, Satané au masque adamantin Prête aux profanateurs ses ailes de vampire ' Labbesse allume et fond la cire de son teint Ou l'oal edié d'or s'effleurit, clandestin.
KH^^V-?| hOS f h ° reSÇe ? t ' ^ ous "«*• le lampyre Elle débride alors son limoneux, instinct. P7
Srt' ficoL ^ t . I *«-™» « sueurs du couvent, Et chaque soir quêteurs d'une luxure pire
Du frr Sa I d? ?* i dor ^««Uement mouvant
Du fer, «pu dans, la mort cherche un fourreau vivant!
Grâce ! pour l'horreur que je souffre ' - ' Au seuil qui m'attire et ïn'attend ! ' IJans mes veines rampe Satan
flans mon cerveau flambe du soufre !
Jésus Sauveur, que ma prière en toi
Unvre mon. eoips, de nei^e, comme un toik !
Grâce ! la fièvre me martèle Me rompt les jarrets et les bras JJes coups sanglants dont tu vibras Cœur divin, sur ta croix mortelle !
Jésus. Sauveur, exorcise ce fer
Que cloue en moi Je sardonique Enfer ! .
Grâce ! en mon sein lacéré, brise L'âpre lance du Repentir Au bec rouge et qu'à se sentir , Ronger, cette chair se méprise î
\ Jésus Sauveur, que, des murs, les poings morts
Des Saints croulants lapident mes remords l
Grâce ! qu'au feu qui l'environne * Saigne mon crâne incandescent, Et, que le front lavé d'un sang Qui perla de pieurs ta couronne,
Jésus Sauveur, ma M.ort fume, en encens, '
Des cinq bûchers de mon Ame : mes sens!
Mais d'en gémir renaît le péché qu'elle èxpîe !
Soudain, ses yeux cerclés d'une fièvre assoupie
Fulgurent, faux brillants dans leurs chatons de plomb,
Et pétale Jané de Passiflore impie,
Sa langue fleurissant d'un houleux goufalon
Le férial appel des dents qu'elle pavoise,
Sur l'orage automnal d'un âge encore blond
Tord l'éclair violet de sa flamme grivoise....
Sous ce rire, un baiser de nonnain s'apprivoise
Qui novice et vermeil en son délire long
Ecume ainsi^qu'un flot de grisante cervoise*
C'est l'extase de chair, le paradis félon!
Mais, parfois, dans ce ciel d'impureté que nue
La gamme des langueurs, leurs âmes, en surplomb
Voient le Serpent du mal qui flamboie et sinue
Comme un ^glaive damnant leur perversion nue!
P.-N. RoiNAED»