‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 107 sur 127 · TRIPTYQUE · texte numérisé non relu

TRIPTYQUE

t'ORANGER

• ' '• A Madame Henri cTEtyillc

La victoire des çîeux et les pleurs dé la" terre,

Cloches et coeurs tintant leurs sanglots prolongés >

Peuplent d'azurs riants et d'esprits affligés

L'habituel désert tombal du monastère:

La, sous Ponibrage en fleurs des, chastes orangers,

Vierge veuve d'un fol amour qu'elle dut taire,

Mais éloquemment pâle, une mondaine enterre

Par victime respect d'ancestraux préjugés

Ses radieux vingt ans voués au cloître austère.

Symbole de son âme, en vols blancs et légers,

Parmi tant de deuils chers prosternant leurs dangers,

Son voile nuptial, tel un rêve, s'éthère, /

Et, ses Voeux qui, muets, montent d'elle, imagés,

Vers le dieu de Retûge et la croix Salutaire,

Retombent sur la foule en douloureux mystère

Comme des voix d'en haut qui lui diraient: « Songez! s

Seigneur ! que vers toi l'ingénue Passion de mon cœur dompté Jaillisse avec la pureté .

Des fraîches sources vers la nue !

Toi qui donnas ton sang divin pour nous, Etends, lés mains : vers mon âme à genoux I

Seigneur! jusqu'à la meurtrière Douleur dont se larme ton flanc ; Qu'arrive, baume consolant, ,,."■■

Le miel de ma lèvre en prière !

Toi près de qui rien ne me sera plus, J Guide ma Foi vers le seuil des Élus !

Seigneur l «\ toi tout ce que j'aime !

De ma beauté qui s'admirait

Que croule ainsi que d'un coffret

Chaque charme, comme une gemme ï !

Toi qui vidas le calice d'affront.

De mes cheveux dëcbûronne mon front !

Seigneur ! flagelle ta servante !

De ses viles humilités

Tresse à tes pieds ensanglantés

Un tapis de douceur fervente ! i

Toi qui souffris de notre orgueil mortel, . Marché sur moi pour venir à l'autel !

Sous la croix de criants ciseaux s'est dégarni

Son front doux comme un bois que l'automne caresse -

Et marque d'une Loi que nulle ne transgresse,

Sur ce renoncement à jamais désuni

De ce monde, un linceul a jeté sa détresse.

Aux regrets qu'il suggère un glas de mort s'unit;

Un rideau tombe ! Mie esta Dieu ! tout est fini !>>.

La bure. a remplacé la robe pécheresse ;

Sous la coiffe de neige où son teint s'embrunit

Il semble que sa chair plus fine transparaisse,

Que rayonnent ses traits plus beaux de sainte ivresse,

Et que son œil brûlant d'un éclat plus béni

Se mire en le Tj^ès-Haut dont le triomphe dresse

Vers le. lucide émail qui voûte l'infini,

Son soleil, globe d or et de règne, aplani

En ostensoir d'amour sous son dais d'allégresse !

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