‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 11 sur 127 · LE GARDIEN DU SQUARE · texte numérisé non relu

LE GARDIEN DU SQUARE

Cest, entre une caserne haute et l'échafaudage d'une maison qu'on ne finit pas de construire, un square pauvre* "

Si on osait en comparer la verdure a quelque tapis, ce serait à une carpette usée et souillée par âes chaussures sales. Les Giseaux ne s'y posent plus. On ne leur a jamais jeté de mie de pain, et peut-être qu'elle leur serait volée 1 Aucun industriel n'a jugé commercial d'y installer une bascule automatique.

Sur les bancs aux dossiers durs, les pauvres bâillent, dorment la bouche ouverte aux feuilles, tombantes, ou bien ôtent leurs souliers et font prendre l'air à des pieds impurs et malades qu'une mère ne reconnaîtrait pas. Quelques-uns liseùt des bouts de journaux sans date,-' qui ont enveloppé du fromage. Ils y cherchent des chiens à retrouver.

Sorti de son kiosque, le gardien du square se promène en uniforme vert, tenant ferme la poignée de sonépée afin d'éviter ses fcrôcs-en-jambe. Il dévisage ces déguenillés^ toujours les mêmes et toujours là, qui lui font honte. Volontiers, il les provoquerait. Sournoisement, chaque matin, il croiserait des baguettes sur les bancs sans cesse enduits de peinture fraîche.

Mais ces meurt-de-faim, y prendraient-ils garde? Ils sont assez las pour dormir sur des culs dé bouteille.

Puisqu il n a que de pareils êtres à surveiller. ses fonctions lui semblent basses et la supériorité , en ce monde une chose vaine.

; Soudain, il reprend tous les- pouces qu'il avait perdusde sa taille, et sourit: un couple lui arrive d'un monsieur et d'une dame bien mis, qui marchent lentement, hanche contré hanche. :

Le gardien se cambre, avec une mimique^ gracieuse et discrète, comme s'il voulait faireles honneurs et inviter Madame et Monsieur à s'asseoir... oh! cinq minutes seulement!

.Mais le couple passe, laissant derrière soi une odeur fine que tous les nez respirent pour la porter à tous les cœurs. Le parfum d'une femme ne donne-t-il pas l'envie de s'attabler à son corps?

Le gardien se penche sous un peu plus d'humiliation .

^ — « C'est ( ma déception quotidienne, sô .dii^T Comment d'honnêtes gens proprement vêtus s'ar-, reteraient-ils au milieu de cette gùensaille ? ( »! ' Il rentre à son kiosque, etj découragé, parles vitres, d un œil méchant \ surveillé (il le faut bîen'i cette troupe infâme et saris étage qu'il ne peut pas : mettre à la porte de chez lui. ■■. :

'■•"■' '-.■■'•.... Jules Renard.

3° - M ERCVRE DE FRANCE

Pour Adolphe. Retié.

cî n ?ZV èVe > OÙ ré « nait une Magicienne/ YtoVSÎ m" m 'e noils > d '™e grâce ancienne,

S« ml™* l"' de rose ' e * de ûoir P 1 ™ souvent, Se mirent à jouer — il semblait pour le vent

Des musiques de la couleur de leur costume. ' * Ou? l?£r niCt £ de folles notes d'amertume, :

J& r^t ? 0? t emeat Se P™longer en moi, ' ^t dont j ai transmué l'écho, pour lui comblai™ En ces joyaux voilés d'ombre P crépu£ufc£e '

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