‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 29 sur 127 · LA LITTÉRATURE « MALDOROR · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE « MALDOROR

Remettre à une autre fois les notes critiques — et pathologiques — qui surgissent, comme une volée d'oiseaux noirs, d'entre les pages de ce livre : Les Chants de Maldoror (i) ? leUr nombre et l'incohérence dç leur groupement l'exige* C'est une originalité furieuse et inattendue tellement qu'un peu d'espace est nécessaire pour se recootdonner soi-même en suite de lectures. Il est évident, d'abord, que l'auteur, écrivain de dix-sept ans (point vérifié et peu contestable}, dépassait en folie, de très loin, cette sorte de déséquilibre que lès sots de l'aliénation mentale qualifient de ce même mot : folie, et attribuent à de glorieuses intelligences, telles que sainte Thérèse, Edgar Poë, à des artistes d une sensivité suprême, tel Schumann. Partage à faire entre le génie' et la maladie cérébrale qui intéresse, sujçt que n'a . même pas effleuré, en réalité, le professeur Lom-* broso, occupé àli vomir sans relâche, sur tout ce qui est intellectuel ou mystique, les abjects blasphèmes de sa porcine ignorance- Cet auteur, sèn information est sûre au point qu'il appelle Verlaine M. Verlain, qu'il attribue à M, Mallarmé le Traité du) Verbe , qu'il cite comme une autbrité r littéraire et critique M* Jules Lemaître! Voilà qui me donne une certaine confiance dans les assertions du même volume {Le Génie et la { FoIie) que je ne puis vérifier.

Les Chants de Maldoror^ long poème en prose, dont les six premiers ^ chants seulement furent

^1) Comte de Lautréamont :

eau-forte, lettre autograpîiiée Genonceaux, 1890, in-ia. Po treint, entreprise avec le dés:

sonnel.

<> 8 MERCVRE IÏE FRANCE

écrits II est probable que Lautréamont (pseudo-' nyme de Isidore Ducasse), même vivant, ne l'eût pas continue. On sent, à mesure que s'achève la lecture du volume, que la conscience s'en va s en va, -et quand.elle lui est revenue, quelques •

r^î'H^t dG m °? TiT > U rédi 8* ^s Poitou, A^lrî> S cu " eu ? P assa g*s, se révèle l'état d esprit d un moribond qui répète, en les défigurant dans la fièvre, ses plus, lointains souvenirs,

s C e r P To'fï S e eu P rï? r °* enfant les —%-ments dé -

Motif de plus que ces chants surprennent. Ce fut un magmtique coup de génie, presque inexplicable. Unique, ce livre le demeurera, et dès maintenant : il reste acquis à la liste des œuvres qui, a 1 exclusion de tout classicisme, forment la brève bibliothèque et la seule littérature admissibles pour ceux dont l'esprit, mal fait, se refuse aux joies, moins rares, du lieu commun et de la morale conventionnelle.

■ La valeur des Chants de Maldoror, ce n'est pas ' 1 imagination pure qui la donne : féroce, démoniaque, desordonnée ou exaspérée dWueil en des visions démentes, elle effare plutôt qu'elle ne sedmt; puis, même dans l'inconscience, il y a des influences possibles à déterminer : « O Nuits de Y oung, s exclame l'auteur en ses Poésies, aue de sommeil vous m'avez coûté! » Aussi le dominent ça et la les extravagances romantiques de tels romanciers anglais encore de son temps lus, Anne Radcliffe et Mathurin (que Balzac estimait), Bvron puis |es rapports médicaux sur des cas d'érotisme! puis la Bible. Il avait certainement de la lecture et le seul auteur qu'il n'allègue jamais, Flaubert! ne devait jamais être loin de sa main . Cette valeur que je voudrais qualifier, elle est, je crois, donnée par la nouveauté et l'originalité des images' et des métaphores, par leur abondance, leur suite logiquement arrangée en poème, comme dans la magnifique description d'un nau' trage : toutes les strophes (encore que nul artifice

typographique ne les désigne) finissent ainsi : « Le navire en détresse tire des coups de canon d'alarme; mais il sombre avec lenteur.,, avec majesté ». Pareillement les litanies du Vieil Océan : « Vieil Océan, tes eaux sont anières.,* je te salue, Vieil Océan* - — , Vieil Océan, ô grand célibataire, quand tu parcours la solitude solennelle de tes royaumes flegmatiques... je te salue, Vieil Océan »>. Voici d'autres images ; «c Comme un angle à perte dé vue de grues frileuses méditant beaucoup, qui, pendant l'hiver, vole puissamment à travers le silence ^. Pour ualifier les hommes, ce sont des expressions une suggestivité homérique : «c Les hommes aux épaules étroites. — Les hommes à la tête laide* — L'homme à la chevelure pouilleuse. — L'homme à la prunelle de jaspe. — Humains à la verge rouge ^. D'autres d'une violence magnifiquement obscène : « Il se replace dans son attitude farouche et continue de regarder, avec un tremblement nerveux, la chasse à l'homme, et les grandes lèvres du vagin d'ombre, d'où découlent, sans cesse, comme un fleuve, d'immenses spermatozoïdes ténébreux qui prennent leur essor dans Téther lugubre, en cachant, avec le vaste déploiement de leurs ailes de chauve-souris, la nature entière, et les légions solitaires de poulpes,. devenues mornes à l'aspect de ces fulgurations sourdes et inexprimables, » (1868 : çju'on ne croie donc pas à des phrases imaginées sur quelque estampe d'Odilon Redon), Mais quelle légende, au contraire, quel thème pour le maître, des formes rétrogrades, de la peur, des amorphes grouillements des êtres qui sont presque, — et quel livre, écrit, on l'affirmerait, pour le (tenter !

Voici, maintenant, des annotations bibliographiques, et dont le seul système est l'exactitude, sur les Poésies et la toute première édition des Chants de Maldoror 'chant I**). Des Poésies, brochures rares et inconnues, on a copié (*.p. 103), pour illustration et preuve > quelques pages, en les signant du pseudonyme de l'auteur, désormais admis, Lautréamont.

c „ulT P VCksst ' P ° é «"- I" II • « Je remplace la mélan-

Sï l-Sf„«- e ï°™« e { U do ^ P« la certitude, le déSîpSr Car 1 espoir, la méchanceté par le bien les nlainte. ».Vi. devo.r, le scepticisme par lafroideiir dû cal^e et Po?^ par la modestie, a - Paris , journaux politique? et litSe?

10 pages in-8o un peu grand sous couverture saumon très clair — La couverture porte sur le titre : Prix • un francet à la quatrième page :% Avis. Cette puoKon p«ma-'

souscriptiorifnfTn Cha , qne T SCt &™ fixe ^«oCSt souscription, 11 ne donne du reste que ce qu'il veut Les tW

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Le fasdcule nïïï^ O- "* 10 ?, et , Cie > 7, rue Baillif .

E»raTSS%™X riB 3U 7 e ™? de H eouverto» imprimée :

Mo7tmà P rtre' , T T* ■' V S érant ' L D "' rue du Faubourg-

'rintérteSfd^nl'l- fasc . lcuI f I » été déposé au ministère le

i intérieur dans la semaine du 16 au 23 avril, et le fascicule

11 dans la semaine du 18 au 35 juin 1870. tasc,cule mzrïn'IZà " A Georges Dàzet, Henri Mue, Pedro Zu- A ZZ' S P«cour, Joseph Bleumsteim, Joseph Durand' A m« condisciples Lespès, Georges Minvielle, Auguste Dell nias, Aux directeurs de revues Alfred Sircos, Frédéric Damé - Aux amis passés, présents et futurs ; A Monsieur Hînstin

p°our s r?s r t ? étorique ' ~*«ss' «-lois

ii,Jr, 1 1 -I î antres, les prosaïques morceaux oue l'écrirai

tn, îi,« "*? " dCS âge f '• Ct dont le ^ emier coWnleVvoirTe jour d hui, typographiquement parlant ».

im^?**/*. d \ M A ldoror - Cliaût premier. Par «**. - Paris ■

n & un ïeu ^ST"* * Cie ' *• rue Baillif - Août ™*'> fer* "^^^ de ? 2 * a S es s °" s couverture vert clair

Cette première édition diffère en quelques points de l'édi

tîon ^cène^ 7S? T la / lBS ^ ^ «J^

soyeur * ° Wme dU dial ^ e entre Maldoror et le Fos-

quï^urltr^com^ et' ^ P ^ d > tfc ^ °* D ' e * P-* ?Hi>.-S„ it cona P let et arriver à ceci : dans la première

pî able' de £\& 13 ' « M! D ^ ei! < oi entraîne STÏÏE

quitte..* Mais ce n'était malheureuse méat qu'une maladie passagère et je me sens avec dégoût renaître a la vie, » Oa lit maintenant, p. 36 : « Oui, disparaissons,., complètement sa* tisfait... Je te remercie t Ô rhinolophe^de m* avoir réveillé met lé mouvement de tes ailes, toi, dont te ne\ est surmonté d'une crête en forme de fer à cheval : Je m'aperçois, en effet, que ce n'était» malheureusement, qu'une maladie passagère, et je me sens avec dégoût renattre à la vie. Les uns disent qtta tU| *trivais vers moi pour me sucer le peu de sang qui se trouve dans mon corps : pourquoi cette hypothèse n'est *elle pas la réalité î »

Première édition, p. 28 :

« Maldoror. — iXrçrf/tu disais vrai un jour; je ne t'ai point aimé, puisque je ne me sens même pas de la reconnaissance pour celui-ci [Le fossoyeur qui lui oÉfre l'hospitalité]. Fanal de Maldoror, où guides- tu ses pas ? » .

Deuxième, p. 54 :

« — O pou vénérable, toi dont le corps est dépourvu d*éljrtrès, un jour tu me reprochas avec aigreur de ne pas aimer suffisamment ta sublime intelligence, qui ne se laisse pas lire ; peut-être avais-tu raison, puisque je ne me sens même pas de la reconnaissance..* Fanal.,, y

Dans la citation suivante, le nom de Dazet figure» a la première édition, à la place des passages imprimés en italique i • . ;

« Le ; frère de la sangsue [Maldoror] marchait à pas lents dans la forêt... Enfin il s'écrie ; « Homme, lorsque tu ren* contres un chien mort retourné, appuyé contre une écluse qui l'empêche de partir, n'aille pas, comme les autres, prendre avec ta main les vers qui sortent de sod ventre gonflé, les considérer avec étonnenient, ouvrir un couteau, puis en dépecer un grand nombre, en te disant que toi aussi tu tu ne seras pas plus que ce chien. Quel mystère cherches-tu? Ni moi y m les quatre pattes nageoires de Vours marin de J * Océan Boréal^ n avons pu trouver le problème de la vie..* Quel est cet être, là-bas, à l'horizon, et qui ose approcher de moi, sans peur, a sauts obliques et tourmentés? et quelle . majesté mêlée d'une douceur sereine ! Son regard» quoique doux, est profond. Ses paupières énormes jouent avec la brise et paraissent vivre. Il m'est inconnu. En fixant »es yeux monstrueux, mon corps tremble.*. Il y a comme une auréole de lumière éblouissante . autour de lui... Qu'il est beau.** Tu dois être puissant, car tu as une figure plus qu'humaine, triste comme l'univers, belle comme le suicide,.. Comment!., c'est toi, crapaud !„+ gros crapaud!.., infortuné crapaud!.. Pardonne!... Que viens-tu faire sur cette terre où, sont les maudits? Mais qu'as-tu donc fait de tes pustules visqueuses et fétides] pour avoir l'air si doux? Quand tu descendis d'eu haut... je te visi Pauvre crapaud! Comme alors je pensais a l'infini, I en même temps qu'à ma faiblesse*.. Depuis que tu m'es apparu, monarque des étangs et des mare* cages! couvert d'une! gloire qui n appartient qu'à Dieu, tu

"garde p as en &?%£•&?$£& "»g£ «M. et ne fand s'assit sur les cuisse* Hp a~j£< r * n H m «es--« » X<r «mâ celles de l'hommeUt lit "T ( ^ U1 """"Meut tant et les limaço^nkvafent à ] a q "n ^ 1 1 maCeS ' les <*»P°rtes prit la parole en les termes -VmIi h/ 6 1 f Uf ennemi morteI >

simple habitant des roseaux r>*±î J: ■ " J ? ne s ™s qu'un

raison s'est agrandie et je puis t e narifr ^J*™?- «.,*«*«» avoir les paupières collée* m««,J" Mo1 1e P ré «rerals et des bras, fvoir assaS^™ 1 * man< ï™*t des jambts . Parce que je te hais' A £»T a T>, * n , e ne P as être toi ! le craJaJsiï to E Cassate Tn T4? \ eSpkre P lns . retrouver Moi, je pars pour l'étemfté" afin ^ *i Ia Cai i se de ma m °*- Enfile p««^1ffi' M 1 ï 1 SlS 1 i?- P ^-.»--

f" aWas feux ^is^'Ta ffi?™* ï C ° mptant D ^ '

sur L Ve°^ s r t?*Vl Ubita - le '^ près ^ û ****** ' «ri™ J de corr ections : elle s'aeerave

même : — cependant, il faut conclure à cl ?S

Sw5I » relativement conscience, qui ne

}* apprenez, dit 1 auteur, dans ses Poésies an* 1 «ne se compose d'une vingtaine de facultés ^ - et pour l'ensemble des âkants de MaldTror i une fohe qui côtoie les frontières du génie et parfois, insolemment et carrément, les Sait *

san ^^stro^ 16 <*? jugé lui ^m? en 7e fat ^Z^^ s^Tta ê to£S

Rehy de Gourmont.

FÉVRIER 1891 : io ? '

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